118 L’impact du Web 2.0 sur les organisations
et de règles en interaction. Weick est allé plus loin en proposant de
considérer que les organisations « promulguent » (enact) leur environnement. Si dans la littérature sur le 2.0 les communautés sont
organiques et les hiérarchies plus mécanistes, c’est parce que les
secondes sont présentées comme offi cielles, rigides et dysfonctionnelles et les premières comme offi cieuses, souples, et subversives par
rapport aux règles établies. Mais il existe des communautés extrêmement rigides et contraignantes, ainsi que des hiérarchies ouvertes
et qui savent favoriser les initiatives.
Il s’ensuit logiquement que les communautés ne sauraient
être l’alpha et l’oméga de l’organisation 2.0. L’identité communautaire a été depuis longtemps répertoriée par Sainsaulieu (1977, 1995) dans ses études sur l’identité au travail. Orr
(1987) a, nous l’avons dit, étudié la formation et la dynamique
des communautés de réparateurs de photocopieuses chez Rank
Xerox, communautés qui se sont formées relativement spontanément, en opposition ou, tout au moins, en complément
de ce que prévoyaient les procédures en vigueur. L’accent mis
aujourd’hui sur les communautés s’explique par une dynamique
à la fois dialectique (contraste par rapport à un existant – les
structures hiérarchiques – dont on pointe les limites), mimétique (on applique aux organisations un certain nombre d’évolutions de la société, on suit les entreprises pionnières dont on
promeut les exploits) et métaphysique (on réduit l’action collective et sa performance à un acteur unique ou un principe totalisant – ici la communauté et le collaboratif)
33
. Une rhétorique
classique – et simpliste – apparaît alors : « (1) les technologies
du Web 2.0 permettent de faire un certain nombre de choses
nouvelles et d’appliquer certains schémas d’organisation d’essence communautaire à grande échelle, (2) donc il faut passer
33 Sur les métaphysiques de l’action, voir Hatchuel (2001).
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