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Entretien Ananda Covindassamy
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« Tant que le financement sera composé majoritairement de dons et d’aides, il y aura de l’abus et peu
de progrès dans l’efficacité de la gestion : une addiction aux aides se crée. Cela mène facilement à des effets
pervers. Exemple : les installations construites ne sont pas entretenues et une fois qu’il faut les remplacer les
pays redemandent des aides pour reconstruire des installations au lieu de pratiquer un entretien convenable
et d’utiliser les aides pour satisfaire (au moins en partie) les besoins de croissance ».
• Les compétences : existe-t-il un brain drain africain ?
La capacité à gérer les projets est un problème fondamental. Préparer et gérer des projets
d’infrastructure demande beaucoup de temps et de ressources. Les sociétés du secteur énergie, à commencer
par les sociétés nationales d’électricité, sont très hiérarchisées en Afrique. Une personne ne reste que deux ou
trois ans à un même poste, avant d’être mutée par un système qui privilégie parfois des critères politiques ou
l’âge sur la compétence. Du coup, nombre de personnes compétentes partent à l’étranger ou, si elles restent,
se plient à la volonté de la direction, quitte à agir de façon irrationnelle.
L’émigration vers l’Europe crée un vivier de gens formés, qui pourraient revenir si les conditions
s’amélioraient en Afrique, et cela s’est produit dans certains cas. De plus, ces gens peuvent créer des
associations ou des coopératives pour agir en Afrique (mais cela dépend de la culture du pays). « Actuellement
trop d’Africains éduqués à l’étranger et y ayant travaillé des années ne veulent pas retourner en Afrique car ils
seront rejetés par la pression du système socio-culturel des sociétés d’Etat africaines, où la compétence n’est
pas toujours reconnue », souligne Dr Covindassamy.
L’émigration de personnel qualifié de l’Afrique vers l’Europe va s’accélérer et créer un vivier de futurs
cadres du pays dont certains vont vouloir rentrer. Il faut favoriser la formation « sur le tas » hors d’Afrique et
le retour des cadres et techniciens compétents et formés, à qui il faut offrir des perspectives professionnelles
conformes à leurs aspirations à travailler dans une « méritocratie ».
• Les dynamiques en présence – un regard prospectif
Les technologies vont encore évoluer dans les décennies qui viennent : solaire, nucléaire, etc... mais le
solaire ou l’éolien resteront marginaux dans l’ensemble, pour des raisons techniques. La grande inconnue,
c’est le gaz qui présente des caractéristiques intéressantes du point de vue coût, disponibilité abondante,
impact environnemental limité et souplesse d’utilisation. En se basant sur l’étude Pida (même si la demande
est peut-être un peu surévaluée), on voit que la part d’hydroélectricité augmentera puis diminuera quand les
sites identifiés économiquement exploitables qui sont en nombre limité, malgré les sites « géants » présents
en Afrique, auront été presque tous équipés, et c’est le thermique (gaz ou charbon) qui nourrira la croissance,
même si la part des énergies renouvelables moderne est destinée à augmenter. »
Le problème du charbon, ce sont les déchets, sachant que le problème des émissions de CO 2 est ou
est en voie d’être, techniquement résolu. Que faire des déchets ? Il existe aussi une grosse résistance sociopolitique. Le gaz est quant à lui considéré comme une énergie « propre ». De plus, il y a eu des découvertes
récentes (Mozambique, Ghana…). Le gaz semble être une ressource d’avenir.
L’essentiel des besoins seront satisfaits par des sources traditionnelles, les énergies renouvelables
modernes ne représenteront vraisemblablement que moins de 10 % de la production. C’est déjà un objectif
ambitieux, considérant que leur part est actuellement négligeable en Afrique.
La biomasse traditionnelle (bois essentiellement) représente en Afrique subsaharienne plus de 80 %
de la consommation actuelle en énergie, avec un impact désastreux sur l’environnement et la santé. Si on veut
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