adea
L’Énergie en Afrique à l’horizon 2050
• 154 •
• Entretien avec Ananda Covindassamy
Dr Ananda Covindassamy est expert international en développement de l’énergie et spécialiste des
questions d’infrastructures énergétiques en Afrique. Il a été Secteur Manager Energie Afrique à la Banque
Mondiale et auparavant Directeur du Département Energie à la BERD. Il est aujourd’hui directeur exécutif de
Sequoia Emerging Markets Finance. Il nous livre ici son point de vue sur les problématiques auxquelles doit
faire face l’Afrique subsaharienne pour se doter en énergies accessibles et durables.
• Choisir des objectifs réalistes et soutenables
Vouloir 100 % d’ électrification, 100 % de distribution d’ eau, 100 % de routes, ce sont des supra-objectifs
absolus, mais il faut aussi faire attention aux niveaux soutenables tant du point de vue des coûts d’entretien
des installations qu’impliquent ces objectifs que du point de vue de la capacité à payer des ménages à bas
revenus, sachant que des subventions d’état ne sont pas soutenables budgétairement et que les subventions
croisées pénaliseraient lourdement des industries locales déjà en mal de compétitivité, souligne Ananda
Covindassamy. Combien de déclarations d’aide internationale sont restées sans lendemain, combien de
programmes se sont arrêtés subitement ? On déploie ici ou là quelques milliers de foyers améliorés puis tout
s’arrête avec « l’argent cadeau ». On ne peut réaliser que moins de 20 % des projets économiquement justifiés
(sans parler d’accès universel) sur la base de dons et aides prévisibles à moyen et long terme. Et cette aide
s’applique trop souvent à des projets qui ne fonctionnent qu’à coups de subventions et qui ne sont pas
reproductibles.
S’agissant des perspectives de développement énergétique à l’horizon 2050, si l’on regarde d’abord
30 ans en arrière, on s’aperçoit que les choses n’ont malheureusement pas beaucoup changé en Afrique
subsaharienne. L’accès a peu progressé, sauf dans quelques cas particuliers et en tout cas, pas plus rapidement
que le revenu par habitant. Il faut donc réfléchir sur les points de blocage, ou les impasses et fixer des objectifs
plus réalistes.
• Quel modèle énergétique ? L’énergie de qualité ne peut être gratuite
Pour Ananda Covindassamy, le modèle économique est clé. Un secteur qui ne génère pas de cashflow ne peut pas se développer. Il n’y aura pas d’investissements privés tant que les cash-flow du secteur de
l’électricité seront négatifs car sans cash-flow l’investisseur ou le prêteur privés potentiels sont alors sûrs de
ne pas être payés. Et lorsque les cash-flow existent, il faudrait aussi s’assurer que l’Etat ne les confisque pas
après. « Un investissement privé c’est fondamentalement l’achat d’un cash-flow futur », souligne Dr
Covindassamy.
L’objectif numéro un pour assurer des financements énergétiques notamment dans l’électricité serait
de rétablir un cash-flow fiable par une tarification raisonnable, un programme de raccordement intègre fondé
sur une demande solvable, un bon système administratif et de recouvrements. Il est évident que les dons ne
sont pas à la hauteur des besoins, de très loin, et les initiatives internationales trompetées à grand bruit
n’apportent en fait aucune ressource supplémentaire.
• L ’Aide au développement : au coeur du problème énergétique ?
« L’aide au développement pour l’énergie en Afrique est-elle bonne pour le développement ou fait-elle partie
du problème ? » s’interroge Dr Covindassamy. Elle n’incite pas à l’efficacité et à la rigueur dans la gestion pour
commencer ».
L’Énergie en Afrique à l’horizon 2050
• 154 •
• Entretien avec Ananda Covindassamy
Dr Ananda Covindassamy est expert international en développement de l’énergie et spécialiste des
questions d’infrastructures énergétiques en Afrique. Il a été Secteur Manager Energie Afrique à la Banque
Mondiale et auparavant Directeur du Département Energie à la BERD. Il est aujourd’hui directeur exécutif de
Sequoia Emerging Markets Finance. Il nous livre ici son point de vue sur les problématiques auxquelles doit
faire face l’Afrique subsaharienne pour se doter en énergies accessibles et durables.
• Choisir des objectifs réalistes et soutenables
Vouloir 100 % d’ électrification, 100 % de distribution d’ eau, 100 % de routes, ce sont des supra-objectifs
absolus, mais il faut aussi faire attention aux niveaux soutenables tant du point de vue des coûts d’entretien
des installations qu’impliquent ces objectifs que du point de vue de la capacité à payer des ménages à bas
revenus, sachant que des subventions d’état ne sont pas soutenables budgétairement et que les subventions
croisées pénaliseraient lourdement des industries locales déjà en mal de compétitivité, souligne Ananda
Covindassamy. Combien de déclarations d’aide internationale sont restées sans lendemain, combien de
programmes se sont arrêtés subitement ? On déploie ici ou là quelques milliers de foyers améliorés puis tout
s’arrête avec « l’argent cadeau ». On ne peut réaliser que moins de 20 % des projets économiquement justifiés
(sans parler d’accès universel) sur la base de dons et aides prévisibles à moyen et long terme. Et cette aide
s’applique trop souvent à des projets qui ne fonctionnent qu’à coups de subventions et qui ne sont pas
reproductibles.
S’agissant des perspectives de développement énergétique à l’horizon 2050, si l’on regarde d’abord
30 ans en arrière, on s’aperçoit que les choses n’ont malheureusement pas beaucoup changé en Afrique
subsaharienne. L’accès a peu progressé, sauf dans quelques cas particuliers et en tout cas, pas plus rapidement
que le revenu par habitant. Il faut donc réfléchir sur les points de blocage, ou les impasses et fixer des objectifs
plus réalistes.
• Quel modèle énergétique ? L’énergie de qualité ne peut être gratuite
Pour Ananda Covindassamy, le modèle économique est clé. Un secteur qui ne génère pas de cashflow ne peut pas se développer. Il n’y aura pas d’investissements privés tant que les cash-flow du secteur de
l’électricité seront négatifs car sans cash-flow l’investisseur ou le prêteur privés potentiels sont alors sûrs de
ne pas être payés. Et lorsque les cash-flow existent, il faudrait aussi s’assurer que l’Etat ne les confisque pas
après. « Un investissement privé c’est fondamentalement l’achat d’un cash-flow futur », souligne Dr
Covindassamy.
L’objectif numéro un pour assurer des financements énergétiques notamment dans l’électricité serait
de rétablir un cash-flow fiable par une tarification raisonnable, un programme de raccordement intègre fondé
sur une demande solvable, un bon système administratif et de recouvrements. Il est évident que les dons ne
sont pas à la hauteur des besoins, de très loin, et les initiatives internationales trompetées à grand bruit
n’apportent en fait aucune ressource supplémentaire.
• L ’Aide au développement : au coeur du problème énergétique ?
« L’aide au développement pour l’énergie en Afrique est-elle bonne pour le développement ou fait-elle partie
du problème ? » s’interroge Dr Covindassamy. Elle n’incite pas à l’efficacité et à la rigueur dans la gestion pour
commencer ».
