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L’Énergie en Afrique à l’horizon 2050
• 132 •
2. Des conséquences néfastes et des effets pervers
Le chemin de l’enfer étant pavé de bonnes intentions, les politiques de subventions, généreuses dans
leur principe, engendrent de fait des effets néfastes et pervers dans de nombreux domaines d’activités : finances
publiques, développement économique, environnement, et même sur le plan social, y compris celui de l’accès
à l’énergie – pour ne citer que les plus affectés.
Finances publiques
L’une des conséquences les plus évidentes (et connues) est que les subventions aggravent les
déséquilibres budgétaires dans des proportions qui peuvent devenir intenables pour les gouvernements. En
Egypte, le montant des subventions aux produits énergétiques a atteint 120 milliards de livres égyptiennes (EGP)
pour l’année fiscale 2013 (environ 17 milliards USD), soit 7 % du PIB et 22 % du budget national. Au Cameroun,
les subventions ont coûté 944 milliards CFA (1,44 milliard EUR) entre 2009 et 2012. De plus, les conséquences
dommageables sont aggravées par le fait que le système des subventions s’accompagne dans la plupart des pays
d’un gel des prix intérieurs à la consommation sur de très nombreuses années
1
, ce qui accélère mécaniquement
le déficit budgétaire à proportion que (i) les cours internationaux (notamment des hydrocarbures) augmentent,
et (ii) la consommation intérieure s’accroit en volume. Ainsi, la subvention aux produits pétroliers au Cameroun
est passée de 145 milliards CFA en 2010 à 300 milliards en 2012 et 420 milliards en 2013. Elle était attendue à
450 milliards pour 2014, n’ eût-ce été l’ effondrement du baril lors du second semestre de l’année
2 .
Développement économique
Les subventions à l'énergie plombent la croissance pour diverses raisons. Les effets des subventions
sur la croissance vont au-delà de leur impact négatif sur les soldes budgétaires et la dette publique. Les
subventions découragent les investissements dans le secteur énergétique. Les prix peu élevés de l'énergie
se traduisent par des bénéfices moindres ou, le plus souvent, par des pertes pures et simples pour les
opérateurs, ce qui rend l'expansion de la production énergétique difficile, voire impossible, pour les
entreprises d'état. Au Cameroun les dettes cumulées du Trésor envers la raffinerie SONARA atteignaient 210
milliards CFA fin 2012 (335 millions EUR). Pour faire face à d’incessantes tensions de trésorerie, la SONARA
a massivement emprunté auprès des banques, au point que les difficultés financières de la raffinerie
handicapent tout le système bancaire et la relance de la croissance
3 . En Egypte, le non paiement par l’Etat
des compensations dûes aux entreprises pétrolières et gazières nationales au titre du remboursement des
subventions a empêché jusqu’en 2014 ces entreprises de payer aux producteurs internationaux une part
considérable du pétrole et du gaz qui leur était livré (les arriérés dûs aux producteurs sont montés jusqu’à
6,4 milliards USD en 2014). L’absence de recettes s’est traduite par un gel, par les opérateurs, des opérations
d’exploration et de production, voire de maintenance, qui a entraîné à son tour une baisse significative de la
production, notamment gazière.
Le secteur public n’est pas le seul touché. Le secteur privé, tant national qu’international, ne peut guère
être attiré par des investissements à la fois à court et long terme dans des activités où les incertitudes sur les
modalités et la réalité même des paiements peuvent être considérées au-delà du risque acceptable, y compris
dans les activités de l’aval pétrolier. Ainsi les ‘structures de prix’ qui régissent, entre autres, les marges des
opérateurs aval (stockage, distribution, commercialisation des produits pétroliers et du gaz), qui sont fixées
par les ministères de tutelle, ne reflètent généralement pas (ou plus) les coûts réels d’exploitation des
opérateurs, afin de réduire – artificiellement – le coût final des produits et réduire d’autant le montant de la
1 Le prix public de la bouteille standard de butane est resté inchangé pendant six ans Egypte, et huit au Cameroun.
2 Jeune Afrique, 13 juin 2013.
3 Jeune Afrique, 14 mai 2013.
L’Énergie en Afrique à l’horizon 2050
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2. Des conséquences néfastes et des effets pervers
Le chemin de l’enfer étant pavé de bonnes intentions, les politiques de subventions, généreuses dans
leur principe, engendrent de fait des effets néfastes et pervers dans de nombreux domaines d’activités : finances
publiques, développement économique, environnement, et même sur le plan social, y compris celui de l’accès
à l’énergie – pour ne citer que les plus affectés.
Finances publiques
L’une des conséquences les plus évidentes (et connues) est que les subventions aggravent les
déséquilibres budgétaires dans des proportions qui peuvent devenir intenables pour les gouvernements. En
Egypte, le montant des subventions aux produits énergétiques a atteint 120 milliards de livres égyptiennes (EGP)
pour l’année fiscale 2013 (environ 17 milliards USD), soit 7 % du PIB et 22 % du budget national. Au Cameroun,
les subventions ont coûté 944 milliards CFA (1,44 milliard EUR) entre 2009 et 2012. De plus, les conséquences
dommageables sont aggravées par le fait que le système des subventions s’accompagne dans la plupart des pays
d’un gel des prix intérieurs à la consommation sur de très nombreuses années
1
, ce qui accélère mécaniquement
le déficit budgétaire à proportion que (i) les cours internationaux (notamment des hydrocarbures) augmentent,
et (ii) la consommation intérieure s’accroit en volume. Ainsi, la subvention aux produits pétroliers au Cameroun
est passée de 145 milliards CFA en 2010 à 300 milliards en 2012 et 420 milliards en 2013. Elle était attendue à
450 milliards pour 2014, n’ eût-ce été l’ effondrement du baril lors du second semestre de l’année
2 .
Développement économique
Les subventions à l'énergie plombent la croissance pour diverses raisons. Les effets des subventions
sur la croissance vont au-delà de leur impact négatif sur les soldes budgétaires et la dette publique. Les
subventions découragent les investissements dans le secteur énergétique. Les prix peu élevés de l'énergie
se traduisent par des bénéfices moindres ou, le plus souvent, par des pertes pures et simples pour les
opérateurs, ce qui rend l'expansion de la production énergétique difficile, voire impossible, pour les
entreprises d'état. Au Cameroun les dettes cumulées du Trésor envers la raffinerie SONARA atteignaient 210
milliards CFA fin 2012 (335 millions EUR). Pour faire face à d’incessantes tensions de trésorerie, la SONARA
a massivement emprunté auprès des banques, au point que les difficultés financières de la raffinerie
handicapent tout le système bancaire et la relance de la croissance
3 . En Egypte, le non paiement par l’Etat
des compensations dûes aux entreprises pétrolières et gazières nationales au titre du remboursement des
subventions a empêché jusqu’en 2014 ces entreprises de payer aux producteurs internationaux une part
considérable du pétrole et du gaz qui leur était livré (les arriérés dûs aux producteurs sont montés jusqu’à
6,4 milliards USD en 2014). L’absence de recettes s’est traduite par un gel, par les opérateurs, des opérations
d’exploration et de production, voire de maintenance, qui a entraîné à son tour une baisse significative de la
production, notamment gazière.
Le secteur public n’est pas le seul touché. Le secteur privé, tant national qu’international, ne peut guère
être attiré par des investissements à la fois à court et long terme dans des activités où les incertitudes sur les
modalités et la réalité même des paiements peuvent être considérées au-delà du risque acceptable, y compris
dans les activités de l’aval pétrolier. Ainsi les ‘structures de prix’ qui régissent, entre autres, les marges des
opérateurs aval (stockage, distribution, commercialisation des produits pétroliers et du gaz), qui sont fixées
par les ministères de tutelle, ne reflètent généralement pas (ou plus) les coûts réels d’exploitation des
opérateurs, afin de réduire – artificiellement – le coût final des produits et réduire d’autant le montant de la
1 Le prix public de la bouteille standard de butane est resté inchangé pendant six ans Egypte, et huit au Cameroun.
2 Jeune Afrique, 13 juin 2013.
3 Jeune Afrique, 14 mai 2013.
