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La fabrique des surhommes :
corps entraîné, corps dopé, corps augmenté
est inconcevable de ne pas
respecter et de ne pas servir,
est un univers défi nitif. On
ne peut pas y imaginer une
dynamique de progrès infi ni
de l’homme et des activités
humaines, une transgression de la nature, sa modifi -
cation, sa transformation et
son appropriation. Or ce sont
là justement les valeurs de la
Modernité. Descartes le dit au
début du XVII
e siècle : « Quel est
le but de la physique ? Se rendre
comme maîtres et possesseurs
de la nature ». Le développement de conceptions de l’univers à partir du paradigme de
l’infi ni comme valeur positive
ne peut pas être une représentation antique ; et par
conséquent cette idée d’une
performance possible à l’infi ni pour l’homme, pour ses
sciences, pour ses techniques
ne pouvait être, en tant que
valeur dominante, qu’une
valeur moderne. Certes, dans
l’Antiquité, il y a du dépassement de soi, il y a de la
performance, il y a de l’exploit, mais toujours dans les
limites de cette représentation astronomique et physique
dans laquelle la nature fait
loi et dans laquelle l’individu est toujours sommé de
bien faire attention à ne pas
verser dans l’ubris
16 , la démesure, parce qu’elle n’est pas
une idée-force. Pour nous la
démesure, l’exploit, l’illimité
sont devenus des valeurs,
16. L’ubris, aussi écrit hybris, est
une notion grecque que l’on peut
traduire par « démesure » et
qui correspond à un sentiment
violent inspiré par les passions
et plus particulièrement, par
l’orgueil. Les Grecs lui opposaient
la tempérance, ou modération.
Dans la Grèce Antique, l’ubris
était considérée comme un crime.
Figure 24
L’Antiquité valorise la Nature
comme un Grand Tout au sein
duquel l’individu se positionne
par rapport à des fi nalités et une
logique qui l’incluent. Un monde
au centre duquel sont la Terre et
l’Homme, dans lequel la Nature est
une Mère, qu’il est inconcevable
de ne pas respecter et de ne pas
servir, est un univers défi nitif.
et nous sommes en cela les
héritiers de la Modernité.
Lorsqu’on travaille sur l’histoire ancienne et moderne
des gymnastiques, de l’éducation physique, du sport
et du sport de haut niveau,
on voit toujours se croiser
cette ambivalence inaugurée
par l’Antiquité et posée pour
nous dans la Modernité entre
mesure et démesure, entre
limité et illimité, entre équilibre et déséquilibre. Si nous
vivons dans le culte de la
performance, c’est essentiellement aussi parce que c’est
une valeur moderne et fondamentalement moderne.
4.2.2. Entre « bien »
et « mieux » : ambivalence
de l’excellence corporelle
Historiquement et intrinsèquement, la dynamique
de l’effort physique est
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