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La fabrique des surhommes :
corps entraîné, corps dopé, corps augmenté
performance. Sans doute le
sport n’est-il pas, au sein de
notre société, le seul à mettre
en scène toutes ces évolutions techniques. On pourrait examiner le champ de
la médecine pure dans ses
recherches fondamentales et
l’on pourrait aussi regarder
le champ de la recherche en
termes militaires qui, là aussi,
fait beaucoup d’expérimentations sur le dépassement
de la performance humaine
et du corps humain (voir le
Chapitre de C.-Y. Guezennec).
Mais ce qui est intéressant
dans le sport, c’est qu’il est
un spectacle, c’est qu’il est
sous nos yeux quotidiennement, c’est qu’il fait l’objet de
compétitions
extrêmement
médiatisées, qui vont jusqu’à
faire référence à l’honneur
national. Cette mise en scène,
ce laboratoire expérimental
du dépassement de soi
humain est sous notre regard
comme sous un microscope, comme dans une éprouvette. Nous voyons ce qui s’y
déroule, nous en voyons les
excès et les dérives possibles,
et c’est en cela que le sport
est intéressant. C’est parce
qu’il nous désigne précisément toutes ces interrogations sur le corps.
4.1. Le sport de haut niveau
se caractérise par
le dépassement de soi.
Quelles en sont les dérives
et les conséquences ?
4.1.1. Le culte des records :
un évolutionnisme
schématique
La question du dépassement
de soi dans le sport fi gure,
ou peut-être fi gurait, depuis
l’origine de ses palmarès et
jusqu’à présent, ce que l’on
peut appeler un « évolutionnisme schématique ». Lecture
certes très schématique car
l’évolutionnisme, c’est plus
complexe que cela. Dans
tous les cas, ce qui apparaît,
c’est un processus évident de
sélection des individus : sélection par les dons et le talent,
sélection des plus forts,
des plus robustes, des plus
grands. Cette sélection estelle naturelle ou, aujourd’hui,
un peu moins naturelle ? Cette
question cruciale est peutêtre à l’origine de la fl uctuation des courbes observées
dans l’évolution des performances homologuées (voir le
Chapitre de J.-F. Toussaint) ;
mais toujours est-il que le
sport de compétition est, au
cœur de notre société, ce qui
fi gure le mieux une sorte de
mythe du progrès tel que nous
l’avons hérité des Lumières.
Au XVIII
e siècle, nous avons
projeté le progrès humain
dans une indéfi nie quête de
perfectionnement,
encore
et toujours possible, même
si aujourd’hui ce perfectionnement se mesure en
centièmes ou en millièmes
de seconde (Figure 15). Ces
courbes montrent que cette
dynamique n’est pas nécessairement linéaire, qu’elle
n’est pas toujours croissante. Mais il n’empêche que
le sport de haut niveau, de
compétition, fi gure toujours
ce dépassement de soi qui
en est l’essence. Cette idée
permet d’aborder sous un
jour nouveau la problématique du dopage : le sport
de haut niveau n’est pas
compréhensible sans cette
dynamique du dépassement
de soi. D’autres registres de
la société, comme le monde
Figure 15
Le perfectionnement, une indéfi nie
quête, se mesure aujourd’hui
en centièmes ou en millièmes
de seconde.
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