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La chimie et le sport
éviter si possible la mort. En
marge de toutes les spiritualités antérieures, ce fantasme
réactivé nous parle d’être
éventuellement
immortels
ou en tout cas nous dit que
dans nos sociétés, la mort,
et en particulier la mort des
gens jeunes, est devenu un
scandale, elle est devenue
inacceptable. Nous n’acceptons pas que nos enfants,
que nos adolescents, que nos
jeunes soldats meurent parce
que nous sommes dans une
représentation du monde où
nous pensons que la science,
et en particulier la médecine
et la technique, pourraient
éviter ce scandale. Donc cette
production du corps est à la
fois étayée par le progrès,
elle est une croyance, elle
est aussi un fantasme générateur d’irrationnel. En effet,
nous sommes, consciemment
ou non, dans une volonté de
contrôle total, parce qu’il y
a derrière cela des relents
et des présupposés économiques. Comment nos modes
de vie vont-ils être évalués,
jugés, par les organismes
bancaires, par les assurances ? Si nos comportements n’ont pas été assez
« conformes », n’ont pas
montré un parfait respect de
toutes ces injonctions tout au
long de notre vie, comment
allons-nous pouvoir fi nancer
notre très grande vieillesse ?
Beaucoup d’enjeux se dessinent derrière ce fantasme
de production du corps avec,
notamment,
l’idée
d’une
nouvelle culpabilité ou d’une
culpabilité néo-chrétienne qui
vient nous frapper de plein
fouet. Puisque nous sommes
responsables de notre corps,
de notre santé, de l’entretien de nous-mêmes, nous
sommes donc aussi potentiellement coupables de ce
qui peut lui arriver. Et au-delà
de
l’injonction
technique
et médicale, une véritable
injonction morale se dessine
dans notre société : « Nul
n’est censé ignorer les règles
de la santé ! » Voilà quelle
est l’injonction aujourd’hui et
voilà comment elle se colore
d’une prescription morale. Le
nouveau moraliste dans notre
société est celui qui décrète
quelle est la vie bonne, quelle
est la vie longue. Est-ce que
la vie bonne est nécessairement la vie longue ? C’est bien
une question philosophique,
mais le nouveau moraliste
c’est bien le médecin ou son
équivalent médiatique. Dans
des périodes antérieures,
cela a pu être le philosophe,
le directeur de conscience,
le prêtre, éventuellement le
professeur, mais celui qui
ajoute au jugement technique
ou à l’information technique
une perception morale, c’est
bien le médecin et plus
largement le corps médical.
L’obésité, par exemple, est
dramatisée, elle est montrée
du doigt, elle exclut du corps
social, car la personne dite
en surpoids n’a pas suivi le
nouvel évangile, ne fait pas ce
que quotidiennement on nous
enjoint de faire, elle ne produit
pas un corps « rationnel ».
Troisième aspect, au cœur
de
nos
interrogations
aujourd’hui, le sport comme
illustration à la fois de cette
révolution d’un corps performant et de ce fantasme d’une
production de soi, puisque
le sportif est dans un entretien quotidien, dans une
recherche quotidienne d’un
dépassement de ses limites,
d’une amélioration de sa
La chimie et le sport
éviter si possible la mort. En
marge de toutes les spiritualités antérieures, ce fantasme
réactivé nous parle d’être
éventuellement
immortels
ou en tout cas nous dit que
dans nos sociétés, la mort,
et en particulier la mort des
gens jeunes, est devenu un
scandale, elle est devenue
inacceptable. Nous n’acceptons pas que nos enfants,
que nos adolescents, que nos
jeunes soldats meurent parce
que nous sommes dans une
représentation du monde où
nous pensons que la science,
et en particulier la médecine
et la technique, pourraient
éviter ce scandale. Donc cette
production du corps est à la
fois étayée par le progrès,
elle est une croyance, elle
est aussi un fantasme générateur d’irrationnel. En effet,
nous sommes, consciemment
ou non, dans une volonté de
contrôle total, parce qu’il y
a derrière cela des relents
et des présupposés économiques. Comment nos modes
de vie vont-ils être évalués,
jugés, par les organismes
bancaires, par les assurances ? Si nos comportements n’ont pas été assez
« conformes », n’ont pas
montré un parfait respect de
toutes ces injonctions tout au
long de notre vie, comment
allons-nous pouvoir fi nancer
notre très grande vieillesse ?
Beaucoup d’enjeux se dessinent derrière ce fantasme
de production du corps avec,
notamment,
l’idée
d’une
nouvelle culpabilité ou d’une
culpabilité néo-chrétienne qui
vient nous frapper de plein
fouet. Puisque nous sommes
responsables de notre corps,
de notre santé, de l’entretien de nous-mêmes, nous
sommes donc aussi potentiellement coupables de ce
qui peut lui arriver. Et au-delà
de
l’injonction
technique
et médicale, une véritable
injonction morale se dessine
dans notre société : « Nul
n’est censé ignorer les règles
de la santé ! » Voilà quelle
est l’injonction aujourd’hui et
voilà comment elle se colore
d’une prescription morale. Le
nouveau moraliste dans notre
société est celui qui décrète
quelle est la vie bonne, quelle
est la vie longue. Est-ce que
la vie bonne est nécessairement la vie longue ? C’est bien
une question philosophique,
mais le nouveau moraliste
c’est bien le médecin ou son
équivalent médiatique. Dans
des périodes antérieures,
cela a pu être le philosophe,
le directeur de conscience,
le prêtre, éventuellement le
professeur, mais celui qui
ajoute au jugement technique
ou à l’information technique
une perception morale, c’est
bien le médecin et plus
largement le corps médical.
L’obésité, par exemple, est
dramatisée, elle est montrée
du doigt, elle exclut du corps
social, car la personne dite
en surpoids n’a pas suivi le
nouvel évangile, ne fait pas ce
que quotidiennement on nous
enjoint de faire, elle ne produit
pas un corps « rationnel ».
Troisième aspect, au cœur
de
nos
interrogations
aujourd’hui, le sport comme
illustration à la fois de cette
révolution d’un corps performant et de ce fantasme d’une
production de soi, puisque
le sportif est dans un entretien quotidien, dans une
recherche quotidienne d’un
dépassement de ses limites,
d’une amélioration de sa
