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La fabrique des surhommes :
corps entraîné, corps dopé, corps augmenté
de marqueur de cette évolution. Rappelons qu’au milieu
du XVIII
e siècle, l’espérance
de vie n’était encore que de
25 ans, compte tenu de l’effroyable mortalité infantile
qui a touché cette époque.
Les progrès sont donc indéniables, mais cette succession de progrès interroge
chacun d’entre nous sur le fait
de vieillir, sur le grand âge,
sur la limite des capacités
humaines (ces limites sont
discutées dans le Chapitre
de J.-F. Toussaint). Certains
mouvements,
développés
notamment aux États-Unis
comme le transhumanisme,
pensent qu’en technicisant
le corps et en utilisant toutes
ses capacités, nous pourrions
tous envisager d’atteindre 130
ou 150 ans. Non seulement
nous vivons beaucoup plus
vieux, mais, à la différence de
tous nos ancêtres (repensons
à la manière dont les grands
auteurs, les grands philosophes, les grands écrivains
ont pensé le corps et ont vécu
le leur), nous vivons majoritairement, en tout cas statistiquement, dans un confort
beaucoup plus grand. Nous
sommes capables, pendant
un temps de plus en plus long,
de participer à des activités
sportives variées et même à
des compétitions (Figure 13).
Certains sports comme le
tennis, la natation, créent
des catégories de vétérans
qui, en tennis par exemple,
vont jusqu’à 75 ans, ce qui
était impensable au début du
XX
e siècle, et même encore
au milieu de ce siècle. Qu’on
puisse participer à un match
de tennis compétitif à 75 ans,
c’est aujourd’hui possible, et
ce point est véritablement une
révolution liée à l’ensemble
des
progrès
techniques,
orchestrés par la médecine
et à cet incroyable bouleversement, cette véritable mutation anthropologique que nous
connaissons.
En deuxième lieu, cette révolution, à la fois individuelle
et collective, engage, encourage la croyance, le fantasme
d’une production du corps et
ses conséquences. Production par l’individu lui-même
qui s’entretient, se soigne,
se sculpte, fi nalement entreprend différents chantiers sur
son individu, sur sa personne,
sur son anatomie : cosmétique, chirurgical, sportif,
diététique. Il entretient ainsi
cette idée d’un corps œuvre,
indéfi niment
perfectible
(Figure 14). Mais c’est aussi
un espoir collectif. Les autorités publiques, les associations, les média, ne cessent
de nous envoyer des injonctions nouvelles, des informations nouvelles sur ce
qu’il faut faire et ne pas faire
en matière de prévention et
d’hygiène de vie, comment
se conduire pour éviter la
maladie, pour retarder, voire
Figure 13
Nous sommes capables, pendant
un temps de plus en plus long,
de participer à des activités
sportives variées et même à des
compétitions.
Figure 14
Le fantasme d’une production du
corps entretient l’idée d’un corps
œuvre, indéfi niment perfectible.
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