CHRONIQUES D’UNE MOLÉCULE
Soulager la douleur
La douleur est une préoccupation constante en médecine.
De tout temps, les chercheurs ont espéré trouver une substance permettant de soulager la douleur sans produire
d’effets secondaires indésirables ou d’accoutumance.
Comme vu précédemment dans la rubrique
« Chroniques d’une molécule – Les plantes qui tuent »
(voir p. 216), la morphine est un analgésique, c’està-dire une substance qui apaise la douleur. Elle a été utilisée à grande échelle pour soulager les soldats blessés
pendant la guerre de Sécession (1861-1865) (en grande
partie grâce à l’invention de la seringue hypodermique
qui date approximativement de cette période).
Cependant, la morphine entraîne la dépendance, cause
des nausées et provoque une baisse de la pression artérielle et une diminution de la fréquence respiratoire, ce
qui peut être fatal à forte dose.
C’est pourquoi la mise en marché de l’héroïne par la
compagnie allemande Bayer en 1899 ?t sensation. Plus
ef?cace contre la douleur que la morphine, l’héroïne
ne semblait pas provoquer d’accoutumance et avait de
remarquables propriétés antitussives. Cette propriété
était un très bon argument de vente à une époque où
la principale cause de mortalité était due aux complications liées aux maladies respiratoires. L’héroïne était
même présente dans les sirops pour enfants !
Le succès fut notamment spectaculaire aux États-Unis
où plusieurs adeptes de la morphine se transformèrent
rapidement en adeptes de l’héroïne. Toutefois, de graves
problèmes d’accoutumance surgirent rapidement, si bien
que l’utilisation de l’héroïne fut déclarée illégale dès 1914.
La recherche de substituts moins nocifs mena, dans
les années 1930, à la création de la méthadone qui servit d’analgésique aux Allemands pendant la Seconde
Guerre mondiale lorsque les sources naturelles de morphine manquèrent. Depuis les années 1960, elle sert
de substitut aux héroïnomanes durant la période de
sevrage effectuée sous supervision médicale. Durant la
deuxième moitié du xx
e siècle, des agents antidouleurs
ef?caces et sans effets de dépendance furent synthétisés,
comme la codéine, qui a également des propriétés antitussives, et la mépéridine (Demerol), employée surtout
en obstétrique et dans les situations postopératoires.
Finalement, dans les années 1950, des chercheurs
belges découvrirent un composé antidouleur 80 à
100 fois plus ef?cace que la morphine, le fentanyl. Il
est aujourd’hui couramment utilisé comme analgésique
lorsque la morphine ne semble pas assez ef?cace. Il
existe toutefois un dérivé encore plus puissant, le carfentanil, 100 fois plus ef?cace que le fentanyl. Une
quantité aussi petite que 1 mg a un effet sur un être
humain ! Commercialisé sous le nom de Wildnil, il est
utilisé en médecine vétérinaire pour immobiliser de
gros animaux.
Le fentanyl et ses dérivés ont aussi été utilisés comme
arme chimique lors de la prise d’otages par les re belles
tchétchènes dans un théâtre de Moscou en octobre
2002. Les autorités russes décidèrent de disséminer
par les conduits d’aération un aérosol contenant probablement du 3-méthylfentanyl, ce qui causa de graves
problèmes respiratoires aux personnes présentes. Les
39 rebelles furent tués, mais 129 otages sur les 850 présents périrent également. La communauté internationale critiqua sévèrement cette utilisation d’une arme
chimique prohibée.
5.4 Préparation des amines
227
Soulager la douleur
La douleur est une préoccupation constante en médecine.
De tout temps, les chercheurs ont espéré trouver une substance permettant de soulager la douleur sans produire
d’effets secondaires indésirables ou d’accoutumance.
Comme vu précédemment dans la rubrique
« Chroniques d’une molécule – Les plantes qui tuent »
(voir p. 216), la morphine est un analgésique, c’està-dire une substance qui apaise la douleur. Elle a été utilisée à grande échelle pour soulager les soldats blessés
pendant la guerre de Sécession (1861-1865) (en grande
partie grâce à l’invention de la seringue hypodermique
qui date approximativement de cette période).
Cependant, la morphine entraîne la dépendance, cause
des nausées et provoque une baisse de la pression artérielle et une diminution de la fréquence respiratoire, ce
qui peut être fatal à forte dose.
C’est pourquoi la mise en marché de l’héroïne par la
compagnie allemande Bayer en 1899 ?t sensation. Plus
ef?cace contre la douleur que la morphine, l’héroïne
ne semblait pas provoquer d’accoutumance et avait de
remarquables propriétés antitussives. Cette propriété
était un très bon argument de vente à une époque où
la principale cause de mortalité était due aux complications liées aux maladies respiratoires. L’héroïne était
même présente dans les sirops pour enfants !
Le succès fut notamment spectaculaire aux États-Unis
où plusieurs adeptes de la morphine se transformèrent
rapidement en adeptes de l’héroïne. Toutefois, de graves
problèmes d’accoutumance surgirent rapidement, si bien
que l’utilisation de l’héroïne fut déclarée illégale dès 1914.
La recherche de substituts moins nocifs mena, dans
les années 1930, à la création de la méthadone qui servit d’analgésique aux Allemands pendant la Seconde
Guerre mondiale lorsque les sources naturelles de morphine manquèrent. Depuis les années 1960, elle sert
de substitut aux héroïnomanes durant la période de
sevrage effectuée sous supervision médicale. Durant la
deuxième moitié du xx
e siècle, des agents antidouleurs
ef?caces et sans effets de dépendance furent synthétisés,
comme la codéine, qui a également des propriétés antitussives, et la mépéridine (Demerol), employée surtout
en obstétrique et dans les situations postopératoires.
Finalement, dans les années 1950, des chercheurs
belges découvrirent un composé antidouleur 80 à
100 fois plus ef?cace que la morphine, le fentanyl. Il
est aujourd’hui couramment utilisé comme analgésique
lorsque la morphine ne semble pas assez ef?cace. Il
existe toutefois un dérivé encore plus puissant, le carfentanil, 100 fois plus ef?cace que le fentanyl. Une
quantité aussi petite que 1 mg a un effet sur un être
humain ! Commercialisé sous le nom de Wildnil, il est
utilisé en médecine vétérinaire pour immobiliser de
gros animaux.
Le fentanyl et ses dérivés ont aussi été utilisés comme
arme chimique lors de la prise d’otages par les re belles
tchétchènes dans un théâtre de Moscou en octobre
2002. Les autorités russes décidèrent de disséminer
par les conduits d’aération un aérosol contenant probablement du 3-méthylfentanyl, ce qui causa de graves
problèmes respiratoires aux personnes présentes. Les
39 rebelles furent tués, mais 129 otages sur les 850 présents périrent également. La communauté internationale critiqua sévèrement cette utilisation d’une arme
chimique prohibée.
5.4 Préparation des amines
227
