S UR LE S TR A CE S DE
STEPHEN HANESSIAN
Dans un article paru en 2005, Stephen Hanessian déclarait que les chercheurs en synthèse organique se distinguent souvent par des approches individuelles. Il décrivait
ainsi le type Nike (« Fais-le, c’est tout »), le type Sinatra
(« À ma façon »), le type Kekulé (« Ça m’est venu dans un
rêve ») ou encore le type Archimède (« Eurêka ! »).
Mais quel est le type « Hanessian » ? Avec, à son actif,
450 publications, 3 monographies, 38 brevets, 3 doctorats honoriques, une ribambelle de prix, une réaction
et un type de révélateur à son nom, 250 chercheurs
diplômés formés dans ses laboratoires et plusieurs collaborations avec les géants pharmaceutiques, la langue
française manque décidément de superlatifs pour le décrire convenablement !
Né en 1935, Stephen Hanessian obtint son doctorat
en 1960 à l’Université d’État de l’Ohio et travailla ensuite
comme chercheur pour la compagnie Parke-Davis à Ann
Arbor, au Michigan, pendant sept ans.
En 1968, il devint professeur de chimie à l’Université
de Montréal, où il commença un programme de synthèse de produits naturels basé sur l’approche Chiron,
c’est-à-dire la reconnaissance, dans la molécule cible,
d’une séquence stéréochimique présente dans un composé naturel simple.
Pour le professeur Hanessian, les monosaccharides
naturels représentent une banque inépuisable de composés aux stéréochimies distinctes, donc des points de
départ très intéressants pour la synthèse de produits
naturels. En 1977, il publia une approche de synthèse fort
élégante de l’érythronolide A, la partie aglycone de l’antibiotique érythromycine, à partir du α-d-glucopyranose
(voir la ?gure ci-dessous).
L’emploi des monosaccharides comme point de départ
lui permit de synthétiser
moult composés ayant des pro -
priétés antibiotiques, antivirales
et anticancéreuses, ce qui fait qu’il
devint, dans les années 1980, un chimiste médicinal de renommée mondiale.
L’Université de Montréal lui attribua en 1980 la première chaire de chimie médicinale (chaire McConnell)
à laquelle s’ajoutera, en 1990, la chaire en chimie médicinale du Conseil de recherches en sciences naturelles et
en génie du Canada.
Supervisant une trentaine de chercheurs dans ses
laboratoires, le professeur Hanessian passa ensuite à la
vitesse grand V : les synthèses de produits naturels se succédèrent à un rythme accéléré, et ses champs d’intérêt
s’étendirent à la chimie médicinale, la synthèse asymétrique, la reconnaissance moléculaire et les méthodes de
synthèse assistées par ordinateur.
Récipiendaire des prix Urgel-Archambault (1987) et
Marie-Victorin (1996), et personnalité de l’année dans la
catégorie des sciences humaines, sciences pures et technologie au Gala Excellence 1996 du journal La Presse,
le professeur Hanessian fut fait ofcier de l’Ordre du
Canada en 1998 et reçut le premier prix Bernard-Belleau
en chimie médicinale de la Société canadienne de chimie
ainsi que la médaille du 50
e anniversaire du Jubilé de la
Reine, en 2002.
Interrogé par La Presse, le professeur Hanessian résuma
la philosophie de toute une carrière : « Avec la passion et
un travail ardu, honnête, la récompense vient toujours. »
Quelqu’un peut-il en douter ?
L’architecte de la beauté en chimie médicinale
Sur les traces de Stephen Hanessian
97
STEPHEN HANESSIAN
Dans un article paru en 2005, Stephen Hanessian déclarait que les chercheurs en synthèse organique se distinguent souvent par des approches individuelles. Il décrivait
ainsi le type Nike (« Fais-le, c’est tout »), le type Sinatra
(« À ma façon »), le type Kekulé (« Ça m’est venu dans un
rêve ») ou encore le type Archimède (« Eurêka ! »).
Mais quel est le type « Hanessian » ? Avec, à son actif,
450 publications, 3 monographies, 38 brevets, 3 doctorats honoriques, une ribambelle de prix, une réaction
et un type de révélateur à son nom, 250 chercheurs
diplômés formés dans ses laboratoires et plusieurs collaborations avec les géants pharmaceutiques, la langue
française manque décidément de superlatifs pour le décrire convenablement !
Né en 1935, Stephen Hanessian obtint son doctorat
en 1960 à l’Université d’État de l’Ohio et travailla ensuite
comme chercheur pour la compagnie Parke-Davis à Ann
Arbor, au Michigan, pendant sept ans.
En 1968, il devint professeur de chimie à l’Université
de Montréal, où il commença un programme de synthèse de produits naturels basé sur l’approche Chiron,
c’est-à-dire la reconnaissance, dans la molécule cible,
d’une séquence stéréochimique présente dans un composé naturel simple.
Pour le professeur Hanessian, les monosaccharides
naturels représentent une banque inépuisable de composés aux stéréochimies distinctes, donc des points de
départ très intéressants pour la synthèse de produits
naturels. En 1977, il publia une approche de synthèse fort
élégante de l’érythronolide A, la partie aglycone de l’antibiotique érythromycine, à partir du α-d-glucopyranose
(voir la ?gure ci-dessous).
L’emploi des monosaccharides comme point de départ
lui permit de synthétiser
moult composés ayant des pro -
priétés antibiotiques, antivirales
et anticancéreuses, ce qui fait qu’il
devint, dans les années 1980, un chimiste médicinal de renommée mondiale.
L’Université de Montréal lui attribua en 1980 la première chaire de chimie médicinale (chaire McConnell)
à laquelle s’ajoutera, en 1990, la chaire en chimie médicinale du Conseil de recherches en sciences naturelles et
en génie du Canada.
Supervisant une trentaine de chercheurs dans ses
laboratoires, le professeur Hanessian passa ensuite à la
vitesse grand V : les synthèses de produits naturels se succédèrent à un rythme accéléré, et ses champs d’intérêt
s’étendirent à la chimie médicinale, la synthèse asymétrique, la reconnaissance moléculaire et les méthodes de
synthèse assistées par ordinateur.
Récipiendaire des prix Urgel-Archambault (1987) et
Marie-Victorin (1996), et personnalité de l’année dans la
catégorie des sciences humaines, sciences pures et technologie au Gala Excellence 1996 du journal La Presse,
le professeur Hanessian fut fait ofcier de l’Ordre du
Canada en 1998 et reçut le premier prix Bernard-Belleau
en chimie médicinale de la Société canadienne de chimie
ainsi que la médaille du 50
e anniversaire du Jubilé de la
Reine, en 2002.
Interrogé par La Presse, le professeur Hanessian résuma
la philosophie de toute une carrière : « Avec la passion et
un travail ardu, honnête, la récompense vient toujours. »
Quelqu’un peut-il en douter ?
L’architecte de la beauté en chimie médicinale
Sur les traces de Stephen Hanessian
97
