Classifications, définition de l’espèce
7
en effet, savoir quand on récolte deux plantes, si celles-ci sont issues l’une de
l’autre ou de parents communs? Comment prouver qu’elles sont indéfiniment
fécondes entre elles? Comment connaître rapidement leurs structures
biochimiques? Il s’ensuit que la notion concrète d’espèce, basée essentiellement sur les caractères morphologiques visibles, est empirique.
Variabilité de l’espèce, notion d’évolution
Bien plus, l’espèce n’est pas suffisamment fixe pour se prêter à une définition
rigoureuse. L’espèce varie; c’est presque un de ses caractères essentiels.
L’espèce est en perpétuel devenir : Gaudry, paléontologiste français, la définit
comme « l’ensemble des individus qui ne sont pas encore assez différenciés
pour cesser d’avoir des descendants communs ».
En effet, on ne doit pas considérer, comme le firent les premiers naturalistes,
que les espèces avaient été créées une fois pour toutes à l’origine des temps et
s’étaient transmises jusqu’à nous sans changement mais, au contraire, qu’elles
sont apparues peu à peu au cours des âges, les espèces les plus primitives
précédant les espèces plus perfiectionnées. C’est la notion d’évolution.
D’abord âprement combattue, la théorie de l’évolution des êtres vivants ne fait
plus de doute maintenant : les découvertes paléontologiques, comme les
travaux d’anatomie comparée en ont apporté les preuves définitives. Le seul
point encore largement débattu à l’heure actuelle concerne le mécanisme de
cette évolution, sujet qu’il ne convient pas d’aborder ici.
Précisons seulement que dès qu’une « barrière » empêche l’interfécondité des
individus d’une même espèce (par exemple, un isolement géographique, un
isolement saisonnier, une polyploïdisation des garnitures chromosomiques…),
il se crée, plus ou moins rapidement, des variétés, ou des sous-espèces, ou des
espèces nouvelles; c’est la spéciation.
L’espèce est ainsi en perpétuel mouvement et, si une espèce nous paraît stable,
c’est que sa vitesse d’évolution est infiniment lente par rapport à la durée de
nos observations.
En conclusion, la notion d’espèce n’est pas un concept statique mais un
concept dynamique dont la science est à l’heure actuelle incapable de
connaître tous les paramètres. Pour cela, il faudrait pouvoir retracer l’arbre
généalogique de l’espèce, autrement dit, son phylum.
Pour la première fois, en 1965, des caractères moléculaires ont été utilisés
pour retracer la phylogénie. Le critère de ressemblance porte alors sur les
séquences d’aminoacides de protéines exerçant les mêmes fonctions : la
comparaison des séquences homologues donne une idée de la divergence entre
espèces. On peut ainsi tracer des arbres dichotomiques où la longueur des
branches est proportionnelle au nombre des dissimilitudes entre deux espèces.
Cela suppose que les modifications moléculaires (remplacement d’un nucléotide par un autre au niveau de l’ADN, lequel code pour les protéines) se font à
la même vitesse pour toutes les espèces (notion d’« horloge moléculaire »). En
fait, certaines espèces évoluent plus vite que d’autres et il convient, pour avoir
des données exploitables, d’en étudier un grand nombre. De plus, tout change-
7
en effet, savoir quand on récolte deux plantes, si celles-ci sont issues l’une de
l’autre ou de parents communs? Comment prouver qu’elles sont indéfiniment
fécondes entre elles? Comment connaître rapidement leurs structures
biochimiques? Il s’ensuit que la notion concrète d’espèce, basée essentiellement sur les caractères morphologiques visibles, est empirique.
Variabilité de l’espèce, notion d’évolution
Bien plus, l’espèce n’est pas suffisamment fixe pour se prêter à une définition
rigoureuse. L’espèce varie; c’est presque un de ses caractères essentiels.
L’espèce est en perpétuel devenir : Gaudry, paléontologiste français, la définit
comme « l’ensemble des individus qui ne sont pas encore assez différenciés
pour cesser d’avoir des descendants communs ».
En effet, on ne doit pas considérer, comme le firent les premiers naturalistes,
que les espèces avaient été créées une fois pour toutes à l’origine des temps et
s’étaient transmises jusqu’à nous sans changement mais, au contraire, qu’elles
sont apparues peu à peu au cours des âges, les espèces les plus primitives
précédant les espèces plus perfiectionnées. C’est la notion d’évolution.
D’abord âprement combattue, la théorie de l’évolution des êtres vivants ne fait
plus de doute maintenant : les découvertes paléontologiques, comme les
travaux d’anatomie comparée en ont apporté les preuves définitives. Le seul
point encore largement débattu à l’heure actuelle concerne le mécanisme de
cette évolution, sujet qu’il ne convient pas d’aborder ici.
Précisons seulement que dès qu’une « barrière » empêche l’interfécondité des
individus d’une même espèce (par exemple, un isolement géographique, un
isolement saisonnier, une polyploïdisation des garnitures chromosomiques…),
il se crée, plus ou moins rapidement, des variétés, ou des sous-espèces, ou des
espèces nouvelles; c’est la spéciation.
L’espèce est ainsi en perpétuel mouvement et, si une espèce nous paraît stable,
c’est que sa vitesse d’évolution est infiniment lente par rapport à la durée de
nos observations.
En conclusion, la notion d’espèce n’est pas un concept statique mais un
concept dynamique dont la science est à l’heure actuelle incapable de
connaître tous les paramètres. Pour cela, il faudrait pouvoir retracer l’arbre
généalogique de l’espèce, autrement dit, son phylum.
Pour la première fois, en 1965, des caractères moléculaires ont été utilisés
pour retracer la phylogénie. Le critère de ressemblance porte alors sur les
séquences d’aminoacides de protéines exerçant les mêmes fonctions : la
comparaison des séquences homologues donne une idée de la divergence entre
espèces. On peut ainsi tracer des arbres dichotomiques où la longueur des
branches est proportionnelle au nombre des dissimilitudes entre deux espèces.
Cela suppose que les modifications moléculaires (remplacement d’un nucléotide par un autre au niveau de l’ADN, lequel code pour les protéines) se font à
la même vitesse pour toutes les espèces (notion d’« horloge moléculaire »). En
fait, certaines espèces évoluent plus vite que d’autres et il convient, pour avoir
des données exploitables, d’en étudier un grand nombre. De plus, tout change-
