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Jean-Marie MARTIN-AMOUROUX
tout projet d’investissement et pressions en faveur d’une hausse des prix. Inversement, un prix supérieur provoque, par des mécanismes similaires, des pressions à
la baisse. Ce qui se passe sur les marchés internationaux du charbon et du pétrole
depuis une vingtaine d’années illustre ces relations : les baisses de prix entraînées
par une concurrence sauvage sur le marché du charbon contraignent à de périodiques fermetures de mines (en Europe et en Amérique du Nord), une offre plus
tendue et un retournement des prix qui favorise l’ouverture de nouvelles capacités de production ; les hausses de prix imposées par la cartellisation du marché
du pétrole (OPEP) rentabilisent des investissements marginaux (offshore profond,
huiles lourdes de l’Orénoque ou sables asphaltiques de l’Athabasca), gonflent l’offre
et tirent les prix à la baisse (sans gel de plusieurs millions de barils/jour et sans
menace de guerre, le prix du baril ne dépasserait pas $15 en 2003).
Si ce sont bien eux qui orientent les choix des producteurs d’énergie, les coûts marginaux de production (cmp) doivent-ils être aussi ceux qui guident les politiques de
l’énergie ? Surtout depuis qu’une grande attention est portée aux impacts environnementaux des activités énergétiques, l’analyse économique souligne le caractère
incomplet de ces coûts. Ils couvrent bien toutes les dépenses que supportent les
entreprises pour mettre sur le marché un volume supplémentaire de pétrole, de
gaz naturel ou d’électricité, mais ils laissent de côté le coût des dommages supportés par des agents économiques extérieurs au marché, coûts qui se traduiront
par des taux de morbidité ou de mortalité plus élevés affectant le bien-être individuel et collectif. Dénommés coûts externes, ces derniers sont source d’inéquité
mais aussi d’inefficacité économique car l’absence d’une sanction des impacts
négatifs dissuade les producteurs de réaliser des investissements qui auraient une
productivité sociale élevée. Il est donc recommandé aux pouvoirs publics d’obliger
les entreprises à prendre en charge les coûts externes de leur activité, en choisissant entre deux procédures :
la marchandisation des externalités sous la forme d’achat-vente de droits à polluer
à partir d’une attribution de droits à chaque entreprise par les pouvoirs publics ;
l’internalisation des externalités par intégration obligatoire (normes ou règlements)
de leur coût dans les prix des biens ou services, le supplément de coût servant à
supprimer la pollution ou à dédommager le pollué.
Dans cette dernière hypothèse, le coût marginal externe (cme) d’un kilowattheure
pourrait être calculé comme suit :
D/kWh = (D/C) × (C/E) × (E/kWh)
avec
D = évaluation monétaire des dommages (en cents d’euro par kWh),
C = volume de polluant concentré (en tonnes de SO 2 par km
2 ),
E = émissions du polluant (en grammes de SO 2 par kWh).
L’internalisation des externalités négatives suffirait-elle à faire du coût marginal de
long terme un bon signal à envoyer aux décideurs dont dépend l’approvisionnement
énergétique des prochaines décennies ? Certains, encore peu nombreux, préconi-
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