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Jean-Marie MARTIN-AMOUROUX
Nombreux sont pourtant les choix qui interviennent au-delà de cette limite, dans
la mesure où les combustibles et les kilowattheures ne sont pas achetés pour euxmêmes mais pour satisfaire des services énergétiques (confort thermique d’un
appartement, réduction d’une tonne de minerai de fer, mobilité d’une personne ou
déplacement d’une marchandise, éclairage artificiel d’un bureau) après de nouvelles
conversions des sources finales en sources utiles sous des formes appropriées
(thermique, mécanique, chimique). Le consommateur final choisit donc non seulement entre des procédés plus ou moins efficaces de conversion des énergies
finales en énergies utiles, mais aussi entre des façons différentes de satisfaire ses
besoins. Désireux d’obtenir un confort thermique donné, le propriétaire d’un logement arbitre entre l’achat de combustibles ou d’électricité, des systèmes de chauffage plus ou moins performants et des types d’habitat diversement orientés et isolés. Traiter sa demande de combustible ou d’électricité comme une donnée, sans
prendre en compte les choix sous-jacents dont elle résulte, constitue une mutilation lourde de conséquences.
On le découvre aisément lorsque les choix énergétiques sont traités à l’échelle de
toute la collectivité (producteurs et consommateurs) et évalués à l’aune de la rationalité macro-économique, c'est-à-dire celle du meilleur usage possible de toutes
les ressources (travail, capital, matières premières) disponibles. La recherche de
l’approvisionnement optimal en énergie ne peut pas être guidée par les seuls coûts
des sources d’énergie finale, externalités incluses, mais elle doit aussi considérer
ceux des services énergétiques à satisfaire. Est-il rationnel de dépenser 1 € pour
fournir un kilowattheure additionnel, fût-il le meilleur marché, si un dispositif de
conversion finale permettant de s’en passer ne coûte que 0,5 € ? Même si le marché de l’électricité n’explicite pas ce choix, la collectivité doit évidemment le prendre en considération : c’est ce que fait l’Etat, en son nom, lorsqu’il impose des
normes d’efficacité minimales aux appareils électriques, aux automobiles ou aux
logements.
Le champ des choix énergétiques déborde donc largement celui sur lequel ont
prise les producteurs d’énergie. Il s’étend à toutes les techniques d’exploration,
production puis conversion des sources d’énergie jusqu’au service énergétique. Il
concerne aussi bien les utilisateurs d’énergie dans tous les secteurs d’activité (agriculture, industrie, transport, résidentiel-tertiaire) que les concepteurs de procédés
de conversion des sources finales (thermiciens, ingénieurs des bureaux d’étude),
les équipementiers impliqués dans ces procédés (motoristes, chauffagistes), les
professionnels façonnant les usages de l’énergie (architectes, constructeurs de
véhicules), les responsables des grandes infrastructures (urbanistes, aménageurs).
Ce qui suit a pour objet de faire comprendre l’incidence des choix de tous ces
acteurs sur l’évolution des consommations d’énergie. Demain comme hier, quelques points d’efficacité additionnels des chaudières domestiques, des fours industriels, des moteurs thermiques et électriques ou des lampes d’éclairage peuvent
équivaloir à la production de plusieurs gisements de pétrole ou de centrales élec-
Jean-Marie MARTIN-AMOUROUX
Nombreux sont pourtant les choix qui interviennent au-delà de cette limite, dans
la mesure où les combustibles et les kilowattheures ne sont pas achetés pour euxmêmes mais pour satisfaire des services énergétiques (confort thermique d’un
appartement, réduction d’une tonne de minerai de fer, mobilité d’une personne ou
déplacement d’une marchandise, éclairage artificiel d’un bureau) après de nouvelles
conversions des sources finales en sources utiles sous des formes appropriées
(thermique, mécanique, chimique). Le consommateur final choisit donc non seulement entre des procédés plus ou moins efficaces de conversion des énergies
finales en énergies utiles, mais aussi entre des façons différentes de satisfaire ses
besoins. Désireux d’obtenir un confort thermique donné, le propriétaire d’un logement arbitre entre l’achat de combustibles ou d’électricité, des systèmes de chauffage plus ou moins performants et des types d’habitat diversement orientés et isolés. Traiter sa demande de combustible ou d’électricité comme une donnée, sans
prendre en compte les choix sous-jacents dont elle résulte, constitue une mutilation lourde de conséquences.
On le découvre aisément lorsque les choix énergétiques sont traités à l’échelle de
toute la collectivité (producteurs et consommateurs) et évalués à l’aune de la rationalité macro-économique, c'est-à-dire celle du meilleur usage possible de toutes
les ressources (travail, capital, matières premières) disponibles. La recherche de
l’approvisionnement optimal en énergie ne peut pas être guidée par les seuls coûts
des sources d’énergie finale, externalités incluses, mais elle doit aussi considérer
ceux des services énergétiques à satisfaire. Est-il rationnel de dépenser 1 € pour
fournir un kilowattheure additionnel, fût-il le meilleur marché, si un dispositif de
conversion finale permettant de s’en passer ne coûte que 0,5 € ? Même si le marché de l’électricité n’explicite pas ce choix, la collectivité doit évidemment le prendre en considération : c’est ce que fait l’Etat, en son nom, lorsqu’il impose des
normes d’efficacité minimales aux appareils électriques, aux automobiles ou aux
logements.
Le champ des choix énergétiques déborde donc largement celui sur lequel ont
prise les producteurs d’énergie. Il s’étend à toutes les techniques d’exploration,
production puis conversion des sources d’énergie jusqu’au service énergétique. Il
concerne aussi bien les utilisateurs d’énergie dans tous les secteurs d’activité (agriculture, industrie, transport, résidentiel-tertiaire) que les concepteurs de procédés
de conversion des sources finales (thermiciens, ingénieurs des bureaux d’étude),
les équipementiers impliqués dans ces procédés (motoristes, chauffagistes), les
professionnels façonnant les usages de l’énergie (architectes, constructeurs de
véhicules), les responsables des grandes infrastructures (urbanistes, aménageurs).
Ce qui suit a pour objet de faire comprendre l’incidence des choix de tous ces
acteurs sur l’évolution des consommations d’énergie. Demain comme hier, quelques points d’efficacité additionnels des chaudières domestiques, des fours industriels, des moteurs thermiques et électriques ou des lampes d’éclairage peuvent
équivaloir à la production de plusieurs gisements de pétrole ou de centrales élec-
