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Hervé NIFENECKER
temporelles ne peuvent être utilisées dans ce cas. Il est nécessaire de comparer des
sites géographiques différents, caractérisés par des niveaux de pollution moyens
différents. Il faut aussi prendre soin de déterminer les facteurs de confusion possibles et de faire les corrections correspondantes. Les épidémiologistes de Harvard
ont été les premiers à s’attaquer à ce problème par leur étude sur six villes américaines 4 . Plus récemment, ils ont réalisé une étude sur plus de 500 000 sujets que
l’on peut considérer comme fondatrice. C’est cette étude que nous résumons ici.
L’étude a débuté à l’automne 1982 et les sujets ont été suivis jusqu’en 1989. Ceuxci devaient avoir plus de 30 ans. L’âge moyen des sujets au moment de leur prise
en compte était de 56 ans. Les données ont porté sur 50 villes et 300 000 sujets
pour le suivi de la pollution due aux particules de moins de 2,5 μ et sur 150 villes et
550 000 sujets pour les sulfates. Les sulfates et les particules peuvent être considérés comme des marqueurs de la pollution.
Le niveau de pollution retenu pour chaque site était la concentration moyennée sur
l’année 1980 pour les sulfates, et les années 1979 à 1983 pour les particules. Les
sulfates représentent une partie notable des particules dont l’importance dépend
des sites. La concentration moyenne des sulfates était de 11 μg/m
3 , avec un minimum de 3,6 μg/m
3 et un maximum de 23,5 μg/m
3 , les chiffres correspondant pour
les particules étant de 18,2 μg/m
3 , 9 μg/m
3 et 33,5 μg/m
3 .
Chaque sujet étant suivi individuellement, il a été possible de tenir compte de ses
habitudes de vie, en particulier en ce qui concerne la consommation de tabac, pour
corriger les données. Le tableau VIII résume les principaux résultats obtenus par
l’étude. Pour les sulfates, toutes corrections faites, le risque relatif de mortalité
est 15% plus grand dans la zone la plus polluée que dans celle la moins polluée.
Le risque relatif associé au cancer du poumon est particulièrement élevé (36%).
Dans le cas des particules, le risque relatif est 17% plus grand dans la zone la plus
polluée que dans celle la moins polluée. Par contraste avec le cas des sulfates, il
ne semble pas que le risque relatif associé au cancer du poumon soit significatif.
L’excès de mortalité serait essentiellement dû aux troubles cardio-pulmonaires. Les
auteurs suggèrent que les sulfates seraient les principaux responsables de l’augmentation des cancers du poumon. Si tel était le cas, la décroissance des émissions
de SO 2 devrait avoir des conséquences bénéfiques importantes.
Il faut remarquer que l’étude fait implicitement l’hypothèse que la pollution mesurée en 1980 était représentative de celle qui existait dans les décennies précédentes puisque les cancers ne se développent qu’après un temps de latence important. En dehors des cas de cancers, l’étude inclut bien évidemment les mortalités
liées à des pathologies aiguës.
4 DOCKERY D.W. et al., An association between air pollution and mortality in six US cities, New Engl. J.
Med. 329, 1753, 1993.
Hervé NIFENECKER
temporelles ne peuvent être utilisées dans ce cas. Il est nécessaire de comparer des
sites géographiques différents, caractérisés par des niveaux de pollution moyens
différents. Il faut aussi prendre soin de déterminer les facteurs de confusion possibles et de faire les corrections correspondantes. Les épidémiologistes de Harvard
ont été les premiers à s’attaquer à ce problème par leur étude sur six villes américaines 4 . Plus récemment, ils ont réalisé une étude sur plus de 500 000 sujets que
l’on peut considérer comme fondatrice. C’est cette étude que nous résumons ici.
L’étude a débuté à l’automne 1982 et les sujets ont été suivis jusqu’en 1989. Ceuxci devaient avoir plus de 30 ans. L’âge moyen des sujets au moment de leur prise
en compte était de 56 ans. Les données ont porté sur 50 villes et 300 000 sujets
pour le suivi de la pollution due aux particules de moins de 2,5 μ et sur 150 villes et
550 000 sujets pour les sulfates. Les sulfates et les particules peuvent être considérés comme des marqueurs de la pollution.
Le niveau de pollution retenu pour chaque site était la concentration moyennée sur
l’année 1980 pour les sulfates, et les années 1979 à 1983 pour les particules. Les
sulfates représentent une partie notable des particules dont l’importance dépend
des sites. La concentration moyenne des sulfates était de 11 μg/m
3 , avec un minimum de 3,6 μg/m
3 et un maximum de 23,5 μg/m
3 , les chiffres correspondant pour
les particules étant de 18,2 μg/m
3 , 9 μg/m
3 et 33,5 μg/m
3 .
Chaque sujet étant suivi individuellement, il a été possible de tenir compte de ses
habitudes de vie, en particulier en ce qui concerne la consommation de tabac, pour
corriger les données. Le tableau VIII résume les principaux résultats obtenus par
l’étude. Pour les sulfates, toutes corrections faites, le risque relatif de mortalité
est 15% plus grand dans la zone la plus polluée que dans celle la moins polluée.
Le risque relatif associé au cancer du poumon est particulièrement élevé (36%).
Dans le cas des particules, le risque relatif est 17% plus grand dans la zone la plus
polluée que dans celle la moins polluée. Par contraste avec le cas des sulfates, il
ne semble pas que le risque relatif associé au cancer du poumon soit significatif.
L’excès de mortalité serait essentiellement dû aux troubles cardio-pulmonaires. Les
auteurs suggèrent que les sulfates seraient les principaux responsables de l’augmentation des cancers du poumon. Si tel était le cas, la décroissance des émissions
de SO 2 devrait avoir des conséquences bénéfiques importantes.
Il faut remarquer que l’étude fait implicitement l’hypothèse que la pollution mesurée en 1980 était représentative de celle qui existait dans les décennies précédentes puisque les cancers ne se développent qu’après un temps de latence important. En dehors des cas de cancers, l’étude inclut bien évidemment les mortalités
liées à des pathologies aiguës.
4 DOCKERY D.W. et al., An association between air pollution and mortality in six US cities, New Engl. J.
Med. 329, 1753, 1993.
