Il voulut lui baiser les lèvres, elle s’avança.
– Vous y voyez, madame.
– Mais je suis un peu curieuse.
– Vous me trompez donc toujours !
– Ah ! dit-elle avec la rage de la grandeur méconnue, ôtez ce mouchoir
et conduisez-moi, monsieur, je n’ouvrirai pas les yeux.
Armand, sûr de la probité en en entendant le cri, guida la duchesse qui,
fidèle à sa parole, se fit noblement aveugle ; mais, en la tenant paternellement
par la main pour la faire tantôt monter, tantôt descendre, Montriveau étudia
les vives palpitations qui agitaient le cœur de cette femme si promptement
envahie par un amour vrai. Madame de Langeais, heureuse de pouvoir lui
parler ainsi, se plut à lui tout dire, mais il demeura inflexible ; et quand
la main de la duchesse l’interrogeait, la sienne restait muette. Enfin, après
avoir cheminé pendant quelque temps ensemble, Armand lui dit d’avancer,
elle avança, et s’aperçut qu’il empêchait la robe d’effleurer les parois d’une
ouverture sans doute étroite. Madame de Langeais fut touchée de ce soin,
il trahissait encore un peu d’amour ; mais ce fut en quelque sorte l’adieu
de Montriveau, car il la quitta sans lui dire un mot. En se sentant dans une
chaude atmosphère, la duchesse ouvrit les yeux. Elle se vit seule devant
la cheminée du boudoir de la comtesse de Sérizy. Son premier soin fut de
réparer le désordre de sa toilette ; elle eut promptement rajusté sa robe et
rétabli la poésie de sa coiffure.
– Eh ! bien, ma chère Antoinette, nous vous cherchons partout, dit la
comtesse en ouvrant la porte du boudoir.
– Je suis venue respirer ici, dit-elle, il fait dans les salons une chaleur
insupportable.
– L’on vous croyait partie ; mais mon frère Ronquerolles m’a dit avoir
vu vos gens qui vous attendent.
– Je suis brisée, ma chère, laissez-moi un moment me reposer ici.
Et la duchesse s’assit sur le divan.
– Qu’avez-vous donc ? vous êtes toute tremblante.
Le marquis de Ronquerolles entra.
– J’ai peur, madame la duchesse, qu’il ne vous arrive quelque accident.
Je viens de voir votre cocher gris comme les Vingt-Deux Cantons.
La duchesse ne répondit pas, elle regardait la cheminée, les glaces, en
y cherchant les traces de son passage ; puis, elle éprouvait une sensation
extraordinaire à se voir au milieu des joies du bal après la terrible scène qui
venait de donner à sa vie un autre cours. Elle se prit à trembler violemment.
– J’ai les nerfs agacés par la prédiction que m’a faite ici monsieur de
Montriveau. Quoique ce soit une plaisanterie, je vais aller voir si sa hache de
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