– Quelle ravissante prophétie ! reprit-elle en souriant avec une grâce
affectée. Et quand doit tomber ma tête ?
– Je ne souhaite pas de voir tomber votre jolie tête, madame.
Je crains seulement pour vous quelque grand malheur. Si l’on vous
tondait, ne regretteriez-vous pas ces cheveux si mignonnement blonds, et
dont vous tirez si bien parti…
– Mais il est des personnes auxquelles les femmes aiment à faire de ces
sacrifices, et souvent même à des hommes qui ne savent pas leur faire crédit
d’un mouvement d’humeur.
– D’accord. Eh ! bien, si tout à coup, par un procédé chimique , un plaisant
vous enlevait votre beauté, vous mettait à cent ans, quand vous n’en avez
pour nous que dix-huit ?
– Mais, monsieur, dit-elle en l’interrompant, la petite-vérole est notre
bataille de Waterloo. Le lendemain nous connaissons ceux qui nous aiment
véritablement.
– Vous ne regretteriez pas cette délicieuse figure qui…
– Ha, beaucoup ; mais moins pour moi que pour celui dont elle
ferait la joie. Cependant, si j’étais sincèrement aimée, toujours, bien, que
m’importerait la beauté ? Qu’en dites-vous, Clara ?
– C’est une spéculation dangereuse, répondit madame de Sérizy.
– Pourrait-on demander à sa majesté le roi des sorciers, reprit madame
de Langeais, quand j’ai commis la faute de toucher à la hache, moi qui ne
suis pas encore allée à Londres…
– Non so, fit-il en laissant échapper un rire moqueur.
– Et quand commencera le supplice ?
Là, Montriveau tira froidement sa montre et vérifia l’heure avec une
conviction réellement effrayante.
– La journée ne finira pas sans qu’il vous arrive un horrible malheur…
– Je ne suis pas un enfant qu’on puisse facilement épouvanter, ou plutôt
je suis un enfant qui ne connaît pas le danger, dit la duchesse, et vais danser
sans crainte au bord de l’abîme.
– Je suis enchanté, madame, de vous savoir tant de caractère, répondit-il
en la voyant aller prendre sa place à un quadrille.
Malgré son apparent dédain pour les noires prédictions d’Armand, la
duchesse était en proie à une véritable terreur. À peine l’oppression morale
et presque physique sous laquelle la tenait son amant cessa-t-elle lorsqu’il
quitta le bal. Néanmoins, après avoir joui pendant un moment du plaisir
de respirer à son aise, elle se surprit à regretter les émotions de la peur,
tant la nature femelle est avide de sensations extrêmes. Ce regret n’était
pas de l’amour, mais il appartenait certes aux sentiments qui le préparent.
Puis, comme si la duchesse eût de nouveau ressenti l’effet que monsieur
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affectée. Et quand doit tomber ma tête ?
– Je ne souhaite pas de voir tomber votre jolie tête, madame.
Je crains seulement pour vous quelque grand malheur. Si l’on vous
tondait, ne regretteriez-vous pas ces cheveux si mignonnement blonds, et
dont vous tirez si bien parti…
– Mais il est des personnes auxquelles les femmes aiment à faire de ces
sacrifices, et souvent même à des hommes qui ne savent pas leur faire crédit
d’un mouvement d’humeur.
– D’accord. Eh ! bien, si tout à coup, par un procédé chimique , un plaisant
vous enlevait votre beauté, vous mettait à cent ans, quand vous n’en avez
pour nous que dix-huit ?
– Mais, monsieur, dit-elle en l’interrompant, la petite-vérole est notre
bataille de Waterloo. Le lendemain nous connaissons ceux qui nous aiment
véritablement.
– Vous ne regretteriez pas cette délicieuse figure qui…
– Ha, beaucoup ; mais moins pour moi que pour celui dont elle
ferait la joie. Cependant, si j’étais sincèrement aimée, toujours, bien, que
m’importerait la beauté ? Qu’en dites-vous, Clara ?
– C’est une spéculation dangereuse, répondit madame de Sérizy.
– Pourrait-on demander à sa majesté le roi des sorciers, reprit madame
de Langeais, quand j’ai commis la faute de toucher à la hache, moi qui ne
suis pas encore allée à Londres…
– Non so, fit-il en laissant échapper un rire moqueur.
– Et quand commencera le supplice ?
Là, Montriveau tira froidement sa montre et vérifia l’heure avec une
conviction réellement effrayante.
– La journée ne finira pas sans qu’il vous arrive un horrible malheur…
– Je ne suis pas un enfant qu’on puisse facilement épouvanter, ou plutôt
je suis un enfant qui ne connaît pas le danger, dit la duchesse, et vais danser
sans crainte au bord de l’abîme.
– Je suis enchanté, madame, de vous savoir tant de caractère, répondit-il
en la voyant aller prendre sa place à un quadrille.
Malgré son apparent dédain pour les noires prédictions d’Armand, la
duchesse était en proie à une véritable terreur. À peine l’oppression morale
et presque physique sous laquelle la tenait son amant cessa-t-elle lorsqu’il
quitta le bal. Néanmoins, après avoir joui pendant un moment du plaisir
de respirer à son aise, elle se surprit à regretter les émotions de la peur,
tant la nature femelle est avide de sensations extrêmes. Ce regret n’était
pas de l’amour, mais il appartenait certes aux sentiments qui le préparent.
Puis, comme si la duchesse eût de nouveau ressenti l’effet que monsieur
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