La comtesse de Sérizy, sœur du marquis de Ronquerolles, donnait au
commencement de la semaine suivante un grand bal auquel devait venir
madame de Langeais. La première figure que vit la duchesse en entrant fut
celle d’Armand, Armand l’attendait cette fois, elle le pensa du moins. Tous
deux échangèrent un regard. Une sueur froide sortit soudain de tous les pores
de cette femme. Elle avait cru Montriveau capable de quelque vengeance
inouïe, proportionnée à leur état ; cette vengeance était trouvée, elle était
prête, elle était chaude, elle bouillonnait. Les yeux de cet amant trahi lui
lancèrent les éclairs de la foudre et son visage rayonnait de haine heureuse.
Aussi, malgré la volonté qu’avait la duchesse d’exprimer la froideur et
l’impertinence, son regard resta-t-il morne. Elle alla se placer près de la
comtesse de Sérizy, qui ne put s’empêcher de lui dire : – Qu’avez-vous, ma
chère Antoinette ? Vous êtes à faire peur.
– Une contredanse va me remettre, répondit-elle en donnant la main à un
jeune homme qui s’avançait.
Madame de Langeais se mit à valser avec une sorte de fureur et
d’emportement que redoubla le regard pesant de Montriveau. Il resta debout,
en avant de ceux qui s’amusaient à voir les valseurs. Chaque fois que sa
maîtresse passait devant lui, ses yeux plongeaient sur cette tête tournoyante,
comme ceux d’un tigre sûr de sa proie. La valse finie, la duchesse vint
s’asseoir près de la comtesse, et le marquis ne cessa de la regarder en
s’entretenant avec un inconnu.
– Monsieur, lui disait-il, l’une des choses qui m’ont le plus frappé dans
ce voyage…
La duchesse était tout oreilles.
… Est la phrase que prononce le gardien de Westminster en vous
montrant la hache avec laquelle un homme masqué trancha, dit-on, la tête
de Charles I er en mémoire du roi qui les dit à un curieux.
– Que dit-il ? demanda madame de Sérizy.
– Ne touchez pas à la hache, répondit Montriveau d’un son de voix où
il y avait de la menace.
– En vérité, monsieur le marquis, dit la duchesse de Langeais, vous
regardez mon cou d’un air si mélodramatique en répétant jette vieille
histoire, connue de tous ceux qui vont à Londres, qu’il me semble vous voir
une hache à la main.
Ces derniers mots furent prononcés en riant, quoiqu’une sueur froide eût
saisi la duchesse.
– Mais cette histoire est, par circonstance, très neuve, répondit-il.
– Comment cela ? je vous prie, de grâce, en quoi ?
– En ce que, madame, vous avez touché à la hache, lui dit Montriveau
à voix basse.
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commencement de la semaine suivante un grand bal auquel devait venir
madame de Langeais. La première figure que vit la duchesse en entrant fut
celle d’Armand, Armand l’attendait cette fois, elle le pensa du moins. Tous
deux échangèrent un regard. Une sueur froide sortit soudain de tous les pores
de cette femme. Elle avait cru Montriveau capable de quelque vengeance
inouïe, proportionnée à leur état ; cette vengeance était trouvée, elle était
prête, elle était chaude, elle bouillonnait. Les yeux de cet amant trahi lui
lancèrent les éclairs de la foudre et son visage rayonnait de haine heureuse.
Aussi, malgré la volonté qu’avait la duchesse d’exprimer la froideur et
l’impertinence, son regard resta-t-il morne. Elle alla se placer près de la
comtesse de Sérizy, qui ne put s’empêcher de lui dire : – Qu’avez-vous, ma
chère Antoinette ? Vous êtes à faire peur.
– Une contredanse va me remettre, répondit-elle en donnant la main à un
jeune homme qui s’avançait.
Madame de Langeais se mit à valser avec une sorte de fureur et
d’emportement que redoubla le regard pesant de Montriveau. Il resta debout,
en avant de ceux qui s’amusaient à voir les valseurs. Chaque fois que sa
maîtresse passait devant lui, ses yeux plongeaient sur cette tête tournoyante,
comme ceux d’un tigre sûr de sa proie. La valse finie, la duchesse vint
s’asseoir près de la comtesse, et le marquis ne cessa de la regarder en
s’entretenant avec un inconnu.
– Monsieur, lui disait-il, l’une des choses qui m’ont le plus frappé dans
ce voyage…
La duchesse était tout oreilles.
… Est la phrase que prononce le gardien de Westminster en vous
montrant la hache avec laquelle un homme masqué trancha, dit-on, la tête
de Charles I er en mémoire du roi qui les dit à un curieux.
– Que dit-il ? demanda madame de Sérizy.
– Ne touchez pas à la hache, répondit Montriveau d’un son de voix où
il y avait de la menace.
– En vérité, monsieur le marquis, dit la duchesse de Langeais, vous
regardez mon cou d’un air si mélodramatique en répétant jette vieille
histoire, connue de tous ceux qui vont à Londres, qu’il me semble vous voir
une hache à la main.
Ces derniers mots furent prononcés en riant, quoiqu’une sueur froide eût
saisi la duchesse.
– Mais cette histoire est, par circonstance, très neuve, répondit-il.
– Comment cela ? je vous prie, de grâce, en quoi ?
– En ce que, madame, vous avez touché à la hache, lui dit Montriveau
à voix basse.
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