s’était vêtue, et qu’il fallait lever un à un, comme ceux dont elle enveloppait
son adorable personne. La duchesse fut pour lui la plus naïve, la plus ingénue
des maîtresses, et il en fit la femme de son choix ; il s’en alla tout heureux de
l’avoir enfin amenée à lui donner tant de gages d’amour, qu’il lui semblait
impossible de ne pas être désormais, pour elle, un époux secret dont le
choix était approuvé par Dieu. Dans cette pensée, avec la candeur de ceux
qui sentent toutes les obligations de l’amour en en savourant les plaisirs,
Armand revint chez lui lentement. Il suivit les quais, afin de voir le plus
grand espace possible de ciel, il voulait élargir le firmament et la nature
en se trouvant le cœur agrandi. Ses poumons lui paraissaient aspirer plus
d’air qu’ils n’en prenaient la veille. En marchant, il s’interrogeait, et se
promettait d’aimer si religieusement cette femme qu’elle pût trouver tous
les jours une absolution de ses fautes sociales dans un constant bonheur.
Douces agitations d’une vie pleine ! Les hommes qui ont assez de force pour
teindre leur âme d’un sentiment unique ressentent des jouissances infinies
en contemplant par échappées toute une vie incessamment ardente, comme
certains religieux pouvaient contempler la lumière divine dans leurs extases.
Sans cette croyance en sa perpétuité, l’amour ne serait rien ; la constance le
grandit. Ce fut ainsi qu’en s’en allant en proie à son bonheur, Montriveau
comprenait la passion. – Nous sommes donc l’un à l’autre à jamais ! Cette
pensée était pour cet homme un talisman qui réalisait les vœux de sa vie. Il
ne se demandait pas si la duchesse changerait, si cet amour durerait ; non,
il avait la foi, l’une des vertus sans laquelle il m’y a pas d’avenir chrétien,
mais qui peut-être est encore plus nécessaire aux Sociétés. Pour la première
fois, il concevait la vie par les sentiments, lui qui n’avait encore vécu que
par l’action la plus exorbitante des forces humaines, le dévouement quasicorporel du soldat.
Le lendemain, monsieur de Montriveau se rendit de bonne heure au
faubourg Saint-Germain. Il avait un rendez-vous dans une maison voisine
de l’hôtel de Langeais, où, quand ses affaires furent faites, il alla comme on
va chez soi. Le général marchait alors de compagnie avec un homme pour
lequel il paraissait avoir une sorte d’aversion quand il le rencontrait dans
les salons. Cet homme était le marquis de Ronquerolles, dont la réputation
devint si grande dans les boudoirs de Paris ; homme d’esprit, de talent,
homme de courage surtout, et qui donnait le ton à toute la jeunesse de Paris ;
un galant homme dont les succès et l’expérience étaient également enviés,
et auquel ne manquaient ni la fortune, ni la naissance, qui ajoutent à Paris
tant de lustre aux qualités des gens à la mode.
– Où vas-tu ? dit monsieur de Ronquerolles à Montriveau.
– Chez madame de Langeais.
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son adorable personne. La duchesse fut pour lui la plus naïve, la plus ingénue
des maîtresses, et il en fit la femme de son choix ; il s’en alla tout heureux de
l’avoir enfin amenée à lui donner tant de gages d’amour, qu’il lui semblait
impossible de ne pas être désormais, pour elle, un époux secret dont le
choix était approuvé par Dieu. Dans cette pensée, avec la candeur de ceux
qui sentent toutes les obligations de l’amour en en savourant les plaisirs,
Armand revint chez lui lentement. Il suivit les quais, afin de voir le plus
grand espace possible de ciel, il voulait élargir le firmament et la nature
en se trouvant le cœur agrandi. Ses poumons lui paraissaient aspirer plus
d’air qu’ils n’en prenaient la veille. En marchant, il s’interrogeait, et se
promettait d’aimer si religieusement cette femme qu’elle pût trouver tous
les jours une absolution de ses fautes sociales dans un constant bonheur.
Douces agitations d’une vie pleine ! Les hommes qui ont assez de force pour
teindre leur âme d’un sentiment unique ressentent des jouissances infinies
en contemplant par échappées toute une vie incessamment ardente, comme
certains religieux pouvaient contempler la lumière divine dans leurs extases.
Sans cette croyance en sa perpétuité, l’amour ne serait rien ; la constance le
grandit. Ce fut ainsi qu’en s’en allant en proie à son bonheur, Montriveau
comprenait la passion. – Nous sommes donc l’un à l’autre à jamais ! Cette
pensée était pour cet homme un talisman qui réalisait les vœux de sa vie. Il
ne se demandait pas si la duchesse changerait, si cet amour durerait ; non,
il avait la foi, l’une des vertus sans laquelle il m’y a pas d’avenir chrétien,
mais qui peut-être est encore plus nécessaire aux Sociétés. Pour la première
fois, il concevait la vie par les sentiments, lui qui n’avait encore vécu que
par l’action la plus exorbitante des forces humaines, le dévouement quasicorporel du soldat.
Le lendemain, monsieur de Montriveau se rendit de bonne heure au
faubourg Saint-Germain. Il avait un rendez-vous dans une maison voisine
de l’hôtel de Langeais, où, quand ses affaires furent faites, il alla comme on
va chez soi. Le général marchait alors de compagnie avec un homme pour
lequel il paraissait avoir une sorte d’aversion quand il le rencontrait dans
les salons. Cet homme était le marquis de Ronquerolles, dont la réputation
devint si grande dans les boudoirs de Paris ; homme d’esprit, de talent,
homme de courage surtout, et qui donnait le ton à toute la jeunesse de Paris ;
un galant homme dont les succès et l’expérience étaient également enviés,
et auquel ne manquaient ni la fortune, ni la naissance, qui ajoutent à Paris
tant de lustre aux qualités des gens à la mode.
– Où vas-tu ? dit monsieur de Ronquerolles à Montriveau.
– Chez madame de Langeais.
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