devons-nous pas commencer par y aller nous-mêmes ? La religion, Armand,
est, vous le voyez, le lien des principes conservateurs qui permettent aux
riches de vivre tranquilles. La religion est intimement liée à la propriété.
Il est certes plus beau de conduire les peuples par des idées morales que
par des échafauds, comme au temps de la Terreur, seul moyen que votre
détestable révolution ait inventé pour se faire obéir. Le prêtre et le roi, mais
c’est vous, c’est moi, c’est la princesse ma voisine ; c’est en un mot tous
les intérêts des honnêtes gens personnifiés. Allons, mon ami, veuilles donc
être de votre parti, vous qui pourriez en devenir le Sylla, si vous aviez la
moindre ambition. J’ignore la politique, moi, j’en raisonne par sentiment ;
mais j’en sais néanmoins assez pour deviner que la société serait renversée
si l’on en faisait mettre à tout moment les bases en question…
– Si votre cour, si votre gouvernement pensent ainsi, vous me faites pitié,
dit Montriveau. La Restauration, madame, doit se dire comme Catherine
de Médicis, quand elle crut la bataille de Dreux perdue : – Eh ! bien, nous
irons au prêche ! Or, 1815 est votre bataille de Dreux. Comme le trône de ce
temps-là, vous l’avez gagnée en face mais perdue en droit. Le protestantisme
politique est victorieux dans les esprits. Si vous ne voulez pas faire un Édit
de Nantes ; ou si, le faisant, vous le révoquez ; si vous êtes un jour atteints et
convaincus de ne plus vouloir de la Charte, qui n’est qu’un gage donné au
maintien des intérêts révolutionnaires, la Révolution se relèvera terrible, et
ne vous donnera qu’un seul coup ; ce n’est pas elle qui sortira de France ; elle
y est le sol même. Les hommes se laissent tuer mais non les intérêts… Eh !
mon Dieu, que nous font la France, le trône, la légitimité, le monde entier ?
Ce sont des billevesées auprès de mon bonheur. Régnez, soyez renversés
peu m’importe. Où suis-je donc ?
– Mon ami, vous êtes dans le boudoir ne madame la duchesse de
Langeais.
– Non, non, plus de duchesse, plus de Langeais, je suis près de ma chère
Antoinette !
– Voulez-vous me faire le plaisir de rester où vous êtes, dit-elle en riant
et en le repoussant, mais sans violence.
– Vous ne m’avez donc jamais aimé ? dit-il avec une rage qui jaillit de
ses yeux par des éclairs.
– Non, mon ami.
– Ce non valait un oui.
– Je suis un grand sot, reprit-il en baisant la main de cette terrible reine
redevenue femme.
– Antoinette, reprit-il s’appuyant la tête sur ses pieds, tu es trop
chastement tendre pour dire nos bonheurs à qui que ce soit au monde.
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est, vous le voyez, le lien des principes conservateurs qui permettent aux
riches de vivre tranquilles. La religion est intimement liée à la propriété.
Il est certes plus beau de conduire les peuples par des idées morales que
par des échafauds, comme au temps de la Terreur, seul moyen que votre
détestable révolution ait inventé pour se faire obéir. Le prêtre et le roi, mais
c’est vous, c’est moi, c’est la princesse ma voisine ; c’est en un mot tous
les intérêts des honnêtes gens personnifiés. Allons, mon ami, veuilles donc
être de votre parti, vous qui pourriez en devenir le Sylla, si vous aviez la
moindre ambition. J’ignore la politique, moi, j’en raisonne par sentiment ;
mais j’en sais néanmoins assez pour deviner que la société serait renversée
si l’on en faisait mettre à tout moment les bases en question…
– Si votre cour, si votre gouvernement pensent ainsi, vous me faites pitié,
dit Montriveau. La Restauration, madame, doit se dire comme Catherine
de Médicis, quand elle crut la bataille de Dreux perdue : – Eh ! bien, nous
irons au prêche ! Or, 1815 est votre bataille de Dreux. Comme le trône de ce
temps-là, vous l’avez gagnée en face mais perdue en droit. Le protestantisme
politique est victorieux dans les esprits. Si vous ne voulez pas faire un Édit
de Nantes ; ou si, le faisant, vous le révoquez ; si vous êtes un jour atteints et
convaincus de ne plus vouloir de la Charte, qui n’est qu’un gage donné au
maintien des intérêts révolutionnaires, la Révolution se relèvera terrible, et
ne vous donnera qu’un seul coup ; ce n’est pas elle qui sortira de France ; elle
y est le sol même. Les hommes se laissent tuer mais non les intérêts… Eh !
mon Dieu, que nous font la France, le trône, la légitimité, le monde entier ?
Ce sont des billevesées auprès de mon bonheur. Régnez, soyez renversés
peu m’importe. Où suis-je donc ?
– Mon ami, vous êtes dans le boudoir ne madame la duchesse de
Langeais.
– Non, non, plus de duchesse, plus de Langeais, je suis près de ma chère
Antoinette !
– Voulez-vous me faire le plaisir de rester où vous êtes, dit-elle en riant
et en le repoussant, mais sans violence.
– Vous ne m’avez donc jamais aimé ? dit-il avec une rage qui jaillit de
ses yeux par des éclairs.
– Non, mon ami.
– Ce non valait un oui.
– Je suis un grand sot, reprit-il en baisant la main de cette terrible reine
redevenue femme.
– Antoinette, reprit-il s’appuyant la tête sur ses pieds, tu es trop
chastement tendre pour dire nos bonheurs à qui que ce soit au monde.
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