de tact ; il devina donc, en échangeant quelques regards avec le futur évêque,
que cet homme était le promoteur des difficultés dont s’armait pour lui
l’amour de la duchesse. Qu’un ambitieux abbé bricolât et retînt le bonheur
d’un homme trempé comme l’était Montriveau ? cette pensée bouillonna sur
sa face, lui crispa les doigts, le fit lever, marcher, piétiner ; puis, quand il
revenait à sa place, avec l’intention de faire un éclat, un seul regard de la
duchesse suffisait à le calmer. Madame de Langeais, nullement embarrassée
du noir silence de son amant, par lequel toute autre femme eût été gênée,
continuait à converser fort spirituellement avec monsieur Gondrand sur la
nécessité de rétablir la religion dans son ancienne splendeur. Elle exprimait
mieux que ne le faisait l’abbé pourquoi l’Église devait être un pouvoir à
la fois temporel et spirituel, et regrettait que la chambre des Pairs n’eût
pas encore son banc des évêques, comme la chambre des Lords avait le
sien. Néanmoins l’abbé, sachant que le carême lui permettait de prendre sa
revanche, céda la place au général et sortit. À peine la duchesse se leva-telle pour rendre à son directeur l’humble révérence qu’elle en reçut, tant elle
était intriguée par l’attitude de Montriveau.
– Qu’avez-vous, mon ami ?
– Mais j’ai votre abbé sur l’estomac.
– Pourquoi ne preniez-vous pas un livre ? lui dit-elle sans se soucier d’être
ou non entendue par l’abbé qui fermait la porte.
Montriveau resta muet pendant un moment, car la duchesse accompagna
ce mot d’un geste qui en relevait encore la profonde impertinence.
– Ma chère Antoinette, je vous remercie de donner à l’Amour et pas sur
l’Église ; mais, de grâce, souffrez que je vous adresse une question.
– Ah ! vous m’interrogez. Je le veux bien, reprit-elle. N’êtes-vous pas
mon ami ? je puis, certes, vous montrer le fond de mon cœur, vous n’y verrez
qu’une image.
– Parlez-vous à cet homme de notre amour ?
– Il est mon confesseur.
– Sait-il que je vous aime ?
– Monsieur de Montriveau, vous ne prétendez pas, je pense, pénétrer les
secrets de ma confession ?
– Ainsi cet homme connaît toutes nos querelles et mon amour pour
vous…
– Un homme, monsieur ! dites Dieu.
– Dieu ! Dieu ! je dois être seul dans votre cœur. Mais laissez Dieu
tranquille là où il est, pour l’amour de lui et de moi. Madame, vous n’irez
plus à confesse, ou…
– Ou ? dit-elle en souriant.
– Ou je ne reviendrai plus ici.
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que cet homme était le promoteur des difficultés dont s’armait pour lui
l’amour de la duchesse. Qu’un ambitieux abbé bricolât et retînt le bonheur
d’un homme trempé comme l’était Montriveau ? cette pensée bouillonna sur
sa face, lui crispa les doigts, le fit lever, marcher, piétiner ; puis, quand il
revenait à sa place, avec l’intention de faire un éclat, un seul regard de la
duchesse suffisait à le calmer. Madame de Langeais, nullement embarrassée
du noir silence de son amant, par lequel toute autre femme eût été gênée,
continuait à converser fort spirituellement avec monsieur Gondrand sur la
nécessité de rétablir la religion dans son ancienne splendeur. Elle exprimait
mieux que ne le faisait l’abbé pourquoi l’Église devait être un pouvoir à
la fois temporel et spirituel, et regrettait que la chambre des Pairs n’eût
pas encore son banc des évêques, comme la chambre des Lords avait le
sien. Néanmoins l’abbé, sachant que le carême lui permettait de prendre sa
revanche, céda la place au général et sortit. À peine la duchesse se leva-telle pour rendre à son directeur l’humble révérence qu’elle en reçut, tant elle
était intriguée par l’attitude de Montriveau.
– Qu’avez-vous, mon ami ?
– Mais j’ai votre abbé sur l’estomac.
– Pourquoi ne preniez-vous pas un livre ? lui dit-elle sans se soucier d’être
ou non entendue par l’abbé qui fermait la porte.
Montriveau resta muet pendant un moment, car la duchesse accompagna
ce mot d’un geste qui en relevait encore la profonde impertinence.
– Ma chère Antoinette, je vous remercie de donner à l’Amour et pas sur
l’Église ; mais, de grâce, souffrez que je vous adresse une question.
– Ah ! vous m’interrogez. Je le veux bien, reprit-elle. N’êtes-vous pas
mon ami ? je puis, certes, vous montrer le fond de mon cœur, vous n’y verrez
qu’une image.
– Parlez-vous à cet homme de notre amour ?
– Il est mon confesseur.
– Sait-il que je vous aime ?
– Monsieur de Montriveau, vous ne prétendez pas, je pense, pénétrer les
secrets de ma confession ?
– Ainsi cet homme connaît toutes nos querelles et mon amour pour
vous…
– Un homme, monsieur ! dites Dieu.
– Dieu ! Dieu ! je dois être seul dans votre cœur. Mais laissez Dieu
tranquille là où il est, pour l’amour de lui et de moi. Madame, vous n’irez
plus à confesse, ou…
– Ou ? dit-elle en souriant.
– Ou je ne reviendrai plus ici.
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