cour, mais qui, trop souvent froissée, se désaffectionna ; toutes ces causes
se réunirent pour donner au faubourg Saint-Germain les mœurs les plus
discordantes. Il ne fut ni compacte dans son système, ni conséquent dans
ses actes, ni complètement moral, ni franchement licencieux, ni corrompu
ni corrupteur ; il n’abandonna pas entièrement les questions qui lui nuisaient
et n’adopta pas les idées qui l’eussent sauvé. Enfin, quelques débiles que
fussent les personnes, le parti s’était néanmoins armé de tous les grands
principes qui font la vie des nations. Or, pour périr dans sa force, que fautil être ? Il fut difficile dans le choix des personnes présentées ; il eut du
bon goût, du mépris élégant ; mais sa chute n’eut certes rien d’éclatant ni
de chevaleresque. L’émigration de 89 accusait encore des sentiments ; en
1830, l’émigration à l’intérieur n’accuse plus que des intérêts. Quelques
hommes illustres dans les lettres, les triomphes de la tribune, monsieur
de Talleyrand dans les congrès, la conquête d’Alger, et plusieurs noms
redevenus historiques sur les champs de bataille, montrent à l’aristocratie
française les moyens qui lui restent de se nationaliser et de faire encore
reconnaître ses titres, si toutefois elle daigne. Chez les êtres organisés il se
fait un travail d’harmonie intime. Un homme est-il paresseux, la paresse se
trahit en chacun de ses mouvements. De même, la physionomie d’une classe
d’hommes se conforme à l’esprit général, à l’âme qui en anime le corps.
Sous la Restauration, la femme du faubourg Saint-Germain ne déploya ni
la fière hardiesse que les dames de la cour portaient jadis dans leurs écarts,
ni la modeste grandeur des tardives vertus par lesquelles elles expiaient
leurs fautes, et qui répandaient autour d’elles un si vif éclat. Elle n’eut rien
de bien léger, rien de bien grave. Ses passions, sauf quelques exceptions,
furent hypocrites ; elle transigea pour ainsi dire avec leurs jouissances.
Quelques-unes de ces familles menèrent la vie bourgeoise de la duchesse
d’Orléans, dont le lit conjugal se montrait si ridiculement aux visiteurs du
Palais-Royal ; deux ou trois à peine continuèrent les mœurs de la Régence,
et inspirèrent une sorte de dégoût à des femmes plus habiles. Cette nouvelle
grande dame n’eut aucune influence sur les mœurs : elle pouvait néanmoins
beaucoup, elle pouvait, en désespoir de cause, offrir le spectacle imposant
des femmes de l’aristocratie anglaise ; mais elle hésita niaisement entre
d’anciennes traditions, fut dévote de force, et cacha tout, même ses belles
qualités. Aucune de ces Françaises ne put créer de salon où les sommités
sociales vinssent prendre des leçons de goût et d’élégance. Leur voix, jadis
si imposante en littérature, cette vivante expression des sociétés, y fut tout
à fait nulle. Or, quand une littérature n’a pas de système général, elle ne fait
pas corps et se dissout avec son siècle. Lorsque, dans un temps quelconque, il
se trouve au milieu d’une nation un peuple à part ainsi constitué, l’historien y
rencontre presque toujours une figure principale qui résume les vertus et les
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se réunirent pour donner au faubourg Saint-Germain les mœurs les plus
discordantes. Il ne fut ni compacte dans son système, ni conséquent dans
ses actes, ni complètement moral, ni franchement licencieux, ni corrompu
ni corrupteur ; il n’abandonna pas entièrement les questions qui lui nuisaient
et n’adopta pas les idées qui l’eussent sauvé. Enfin, quelques débiles que
fussent les personnes, le parti s’était néanmoins armé de tous les grands
principes qui font la vie des nations. Or, pour périr dans sa force, que fautil être ? Il fut difficile dans le choix des personnes présentées ; il eut du
bon goût, du mépris élégant ; mais sa chute n’eut certes rien d’éclatant ni
de chevaleresque. L’émigration de 89 accusait encore des sentiments ; en
1830, l’émigration à l’intérieur n’accuse plus que des intérêts. Quelques
hommes illustres dans les lettres, les triomphes de la tribune, monsieur
de Talleyrand dans les congrès, la conquête d’Alger, et plusieurs noms
redevenus historiques sur les champs de bataille, montrent à l’aristocratie
française les moyens qui lui restent de se nationaliser et de faire encore
reconnaître ses titres, si toutefois elle daigne. Chez les êtres organisés il se
fait un travail d’harmonie intime. Un homme est-il paresseux, la paresse se
trahit en chacun de ses mouvements. De même, la physionomie d’une classe
d’hommes se conforme à l’esprit général, à l’âme qui en anime le corps.
Sous la Restauration, la femme du faubourg Saint-Germain ne déploya ni
la fière hardiesse que les dames de la cour portaient jadis dans leurs écarts,
ni la modeste grandeur des tardives vertus par lesquelles elles expiaient
leurs fautes, et qui répandaient autour d’elles un si vif éclat. Elle n’eut rien
de bien léger, rien de bien grave. Ses passions, sauf quelques exceptions,
furent hypocrites ; elle transigea pour ainsi dire avec leurs jouissances.
Quelques-unes de ces familles menèrent la vie bourgeoise de la duchesse
d’Orléans, dont le lit conjugal se montrait si ridiculement aux visiteurs du
Palais-Royal ; deux ou trois à peine continuèrent les mœurs de la Régence,
et inspirèrent une sorte de dégoût à des femmes plus habiles. Cette nouvelle
grande dame n’eut aucune influence sur les mœurs : elle pouvait néanmoins
beaucoup, elle pouvait, en désespoir de cause, offrir le spectacle imposant
des femmes de l’aristocratie anglaise ; mais elle hésita niaisement entre
d’anciennes traditions, fut dévote de force, et cacha tout, même ses belles
qualités. Aucune de ces Françaises ne put créer de salon où les sommités
sociales vinssent prendre des leçons de goût et d’élégance. Leur voix, jadis
si imposante en littérature, cette vivante expression des sociétés, y fut tout
à fait nulle. Or, quand une littérature n’a pas de système général, elle ne fait
pas corps et se dissout avec son siècle. Lorsque, dans un temps quelconque, il
se trouve au milieu d’une nation un peuple à part ainsi constitué, l’historien y
rencontre presque toujours une figure principale qui résume les vertus et les
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