services véritables au pays en ennoblissant les justices de paix, en fertilisant
le sol, en construisant des routes et des canaux, en se faisant puissance
territoriale agissante ; mais il vendait ses terres pour jouer à la Bourse.
Il pouvait priver la bourgeoisie de ses hommes d’action et de talent dont
l’ambition minait le pouvoir, en leur ouvrant ses rangs ; il a préféré les
combattre, et sans armes ; car il n’avait plus qu’en tradition ce qu’il possédait
jadis en réalité. Pour le malheur de cette noblesse, il lui restait précisément
assez de ses diverses fortunes pour soutenir sa morgue. Contente de ses
souvenirs, aucune de ces familles ne songea sérieusement à faire prendre
des armes à ses aînés, parmi le faisceau que le dix-neuvième siècle jetait sur
la place publique. La jeunesse, exclue des affaires, dansait chez Madame,
au lieu de continuer à Paris, par l’influence de talents jeunes, consciencieux,
innocents de l’Empire et de la République, l’œuvre que les chefs de chaque
famille auraient commencée dans les départements en y conquérant la
reconnaissance de leurs titres par de continuels plaidoyers en faveur des
intérêts locaux, en s’y conformant à l’esprit du siècle, en refondant la caste
au goût du temps. Concentrée dans son faubourg Saint-Germain, où vivait
l’esprit des anciennes oppositions féodales mêlé à celui de l’ancienne cour,
l’aristocratie, mal unie au château des Tuileries, fut plus facile à vaincre,
n’existant que sur un point et surtout aussi mal constituée qu’elle l’était
dans la Chambre des Pairs. Tissue dans le pays, elle devenait indestructible ;
acculée dans son faubourg, adossée au château, étendue dans le budget, il
suffisait d’un coup de hache pour trancher le fil de sa vie agonisante, et
la plate figure d’un petit avocat s’avança pour donner ce coup de hache.
Malgré l’admirable discours de monsieur Royer-Collard, l’hérédité de la
pairie et ses majorais tombèrent sous les pasquinades d’un homme qui se
vantait d’avoir adroitement disputé quelques têtes au bourreau, mais qui
tuait maladroitement de grandes institutions. Il se trouve là des exemples et
des enseignements pour l’avenir. Si l’oligarchie française n’avait pas une
vie future, il y aurait je ne sais quelle cruauté triste à la géhenner après son
décès, et alors il ne faudrait plus que penser à son sarcophage ; mais si le
scalpel des chirurgiens est dur à sentir, il rend parfois la vie aux mourants.
Le faubourg Saint-Germain peut se trouver plus puissant persécuté qu’il ne
l’était triomphant, s’il veut avoir un chef et un système.
Maintenant il est facile de résumer cet aperçu semi-politique. Ce défaut
de vues larges et ce vaste ensemble de petites fautes ; l’envie de rétablir
de hautes fortunes dont chacun se préoccupait ; un besoin réel de religion
pour soutenir la politique ; une soif de plaisir, qui nuisait à l’esprit religieux,
et nécessita des hypocrisies ; les résistances partielles de quelques esprits
élevés qui voyaient juste et que contrarièrent les rivalités de cour ; la
noblesse de province, souvent plus pure de race que ne l’est la noblesse de
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