défauts de la masse à laquelle elle appartient : Coligny chez les Huguenots,
le Coadjuteur au sein de la Fronde, le maréchal de Richelieu sous Louis XV,
Danton dans la Terreur. Cette identité de physionomie entre un homme et
son cortège historique est dans la nature des choses. Pour mener un parti
ne faut-il pas concorder à ses idées, pour briller dans une époque ne faut-il
pas la représenter ? De cette obligation constante où se trouve la tête sage et
prudente des partis d’obéir aux préjugés et aux folies des masses qui en font
la queue dérivent les actions que reprochent certains historiens aux chefs de
parti, quand, à distance des terribles ébullitions populaires, ils jugent à froid
les passions les plus nécessaires à la conduite des grandes luttes séculaires.
Ce qui est vrai dans la comédie historique des siècles est également vrai
dans la sphère plus étroite des scènes partielles du drame national appelé
les Mœurs.
Au commencement de la vie éphémère que mena le faubourg SaintGermain pendant la Restauration, et à laquelle, si les considérations
précédentes sont vraies, il ne sut pas donner de consistance, une jeune femme
fut passagèrement le type le plus complet de la nature à la fois supérieure
et faible, grande et petite, de sa caste. C’était une femme artificiellement
instruite, réellement ignorante ; pleine de sentiments élevés, mais manquant
d’une pensée qui les coordonnât ; dépensant les plus riches trésors de l’âme
à obéir aux convenances ; prête à braver la société, mais hésitant et arrivant
à l’artifice par suite de ses scrupules ; ayant plus d’entêtement que de
caractère, plus d’engouement que d’enthousiasme, plus de tête que de cœur ;
souverainement femme et souverainement coquette, Parisienne surtout ;
aimant l’éclat, les fêtes ; ne réfléchissant pas, ou réfléchissant trop tard ;
d’une imprudence qui arrivant presque à de la poésie ; insolente à ravir, mais
humble au fond du cœur ; affichant la force comme un roseau bien droit,
mais, comme ce roseau, prête à fléchir sous une main puissante ; parlant
beaucoup de la religion, mais ne l’aimant pas, et cependant prête à l’accepter
comme un dénouement. Comment expliquer une créature véritablement
multiple, susceptible d’héroïsme, et oubliant d’être héroïque pour dire une
méchanceté ; jeune et suave, moins vieille de cœur que vieillie par les
maximes de ceux qui l’entouraient, et comprenant leur philosophie égoïste
sans l’avoir appliquée ; ayant tous les vices du courtisan et toutes les
noblesses de la femme adolescente ; se défiant de tout, et néanmoins se
laissant parfois aller à tout croire ? Ne serait-ce pas toujours un portrait
inachevé que celui de cette femme en qui les teintes les plus chatoyantes se
heurtaient, mais en produisant une confusion poétique, parce qu’il y avait
une lumière divine, un éclat de jeunesse qui donnait à ces traits confus
une sorte d’ensemble ? La grâce lui servait d’unité. Rien n’était joué.
Ces passions, ces demi-passions, cette velléité de grandeur, cette réalité de
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