paroles pontificales peuvent servir de devise aux Grands de tous les pays.
Ce fait, patent à chaque époque, et toujours accepté par le peuple, porte en
lui des raisons d’état : il est à la fois un effet et une cause, un principe et
une loi. Les masses ont un bon sens qu’elles ne désertent qu’au moment où
les gens de mauvaise foi les passionnent. Ce bon sens repose sur des vérités
d’un ordre général, vraies à Moscou comme à Londres, vraies à Genève
comme à Calcutta. Partout, lorsque vous rassemblerez des familles d’inégale
fortune sur un espace donné, vous verrez se former des cercles supérieurs,
des patriciens, des première, seconde et troisième sociétés. L’égalité sera
peut-être un droit, mais aucune puissance humaine ne saura le convertir en
fait. Il serait bien utile pour le bonheur de la France d’y populariser cette
pensée. Aux masses les moins intelligentes se révèlent encore les bienfaits
de l’harmonie politique. L’harmonie est la poésie de l’ordre, et les peuples
ont un vif besoin d’ordre. La concordance des choses entre elles, l’unité,
pour tout dire en un mot, n’est-elle pas la plus simple expression de l’ordre ?
L’architecture, la musique, la poésie, tout dans la France s’appuie, plus
qu’en aucun autre pays, sur ce principe, qui d’ailleurs est écrit au fond
de son clair et pur langage, et la langue sera toujours la plus infaillible
formule d’une nation. Aussi, voyez-vous le peuple y adoptant les airs les
plus poétiques, les mieux modulés ; s’attachant aux idées les plus simples ;
aimant les motifs incisifs qui contiennent le plus de pensées. La France est
le seul pays où quelque petite phrase puisse faire une grande révolution. Les
masses ne s’y sont jamais révoltées que pour essayer de mettre d’accord les
hommes, les choses et les principes. Or, nulle autre nation ne sent mieux
la pensée d’unité qui doit exister dans la vie aristocratique, peut-être parce
que nulle autre n’a mieux compris les nécessités politiques : l’histoire ne la
trouvera jamais en arrière. La France est souvent trompée, mais comme une
femme l’est, par des idées généreuses par des sentiments chaleureux dont la
portée échappe d’abord au calcul.
Ainsi déjà, pour premier trait caractéristique le faubourg Saint-Germain a
la splendeur de ses hôtels, ses grands jardins, leur silence, jadis en harmonie
avec la magnificence de ses fortunes territoriales. Cet espace mis entre
une classe et toute une capitale n’est-il pas une consécration matérielle
des distances morales qui doivent les séparer ? Dans toutes les créations,
la tête à sa place marquée. Si par hasard une nation fait tomber son chef
à ses pieds, elle s’aperçoit tôt ou tard qu’elle s’est suicidée. Comme les
nations ne veulent pas mourir, elles travaillent alors à se refaire une tête.
Quand la nation n’en a plus la force, elle périt, comme ont péri Rome,
Venise et tant d’autres. La distinction introduite par la différence des
mœurs entre les autres sphères d’activité sociale et la sphère supérieure
implique nécessairement une valeur réelle, capitale, chez les sommités
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Ce fait, patent à chaque époque, et toujours accepté par le peuple, porte en
lui des raisons d’état : il est à la fois un effet et une cause, un principe et
une loi. Les masses ont un bon sens qu’elles ne désertent qu’au moment où
les gens de mauvaise foi les passionnent. Ce bon sens repose sur des vérités
d’un ordre général, vraies à Moscou comme à Londres, vraies à Genève
comme à Calcutta. Partout, lorsque vous rassemblerez des familles d’inégale
fortune sur un espace donné, vous verrez se former des cercles supérieurs,
des patriciens, des première, seconde et troisième sociétés. L’égalité sera
peut-être un droit, mais aucune puissance humaine ne saura le convertir en
fait. Il serait bien utile pour le bonheur de la France d’y populariser cette
pensée. Aux masses les moins intelligentes se révèlent encore les bienfaits
de l’harmonie politique. L’harmonie est la poésie de l’ordre, et les peuples
ont un vif besoin d’ordre. La concordance des choses entre elles, l’unité,
pour tout dire en un mot, n’est-elle pas la plus simple expression de l’ordre ?
L’architecture, la musique, la poésie, tout dans la France s’appuie, plus
qu’en aucun autre pays, sur ce principe, qui d’ailleurs est écrit au fond
de son clair et pur langage, et la langue sera toujours la plus infaillible
formule d’une nation. Aussi, voyez-vous le peuple y adoptant les airs les
plus poétiques, les mieux modulés ; s’attachant aux idées les plus simples ;
aimant les motifs incisifs qui contiennent le plus de pensées. La France est
le seul pays où quelque petite phrase puisse faire une grande révolution. Les
masses ne s’y sont jamais révoltées que pour essayer de mettre d’accord les
hommes, les choses et les principes. Or, nulle autre nation ne sent mieux
la pensée d’unité qui doit exister dans la vie aristocratique, peut-être parce
que nulle autre n’a mieux compris les nécessités politiques : l’histoire ne la
trouvera jamais en arrière. La France est souvent trompée, mais comme une
femme l’est, par des idées généreuses par des sentiments chaleureux dont la
portée échappe d’abord au calcul.
Ainsi déjà, pour premier trait caractéristique le faubourg Saint-Germain a
la splendeur de ses hôtels, ses grands jardins, leur silence, jadis en harmonie
avec la magnificence de ses fortunes territoriales. Cet espace mis entre
une classe et toute une capitale n’est-il pas une consécration matérielle
des distances morales qui doivent les séparer ? Dans toutes les créations,
la tête à sa place marquée. Si par hasard une nation fait tomber son chef
à ses pieds, elle s’aperçoit tôt ou tard qu’elle s’est suicidée. Comme les
nations ne veulent pas mourir, elles travaillent alors à se refaire une tête.
Quand la nation n’en a plus la force, elle périt, comme ont péri Rome,
Venise et tant d’autres. La distinction introduite par la différence des
mœurs entre les autres sphères d’activité sociale et la sphère supérieure
implique nécessairement une valeur réelle, capitale, chez les sommités
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