aristocratiques. Dès qu’en tout État, sous quelque forme qu’affecte le
Gouvernement, les patriciens manquent à leurs conditions de supériorité
complète, ils deviennent sans force, et le peuple les renverse aussitôt. Le
peuple veut toujours leur voir aux mains, au cœur et à la tête, la fortune,
le pouvoir et l’action ; la parole, l’intelligence et la gloire. Sans cette
triple puissance, tout privilège s’évanouit. Les peuples, comme les femmes,
aiment la force en quiconque les gouverne, et leur amour ne va pas sans
le respect ; ils n’accordent point leur obéissance à qui ne l’impose pas.
Une aristocratie mésestimée est comme un roi fainéant, un mari en jupon ;
elle est nulle avant de n’être rien. Ainsi, la séparation des Grands, leurs
mœurs tranchées ; en un mot, le costume général des castes patriciennes est
tout à la fois le symbole d’une puissance réelle, et les raisons de leur mort
quand elles ont perdu la puissance. Le faubourg Saint-Germain s’est laissé
momentanément abattre pour n’avoir pas voulu reconnaître les obligations
de son existence qu’il lui était encore facile de perpétuer. Il devait avoir
la bonne foi de voir à temps, comme le vit l’aristocratie anglaise, que les
institutions ont leurs années climatériques où les mêmes mots n’ont plus
les mêmes significations, où les idées prennent d’autres vêtements, et où
les conditions de la vie politique changent totalement de forme, sans que le
fond soit essentiellement altéré. Ces idées veulent des développements qui
appartiennent essentiellement à cette aventure, dans laquelle ils entrent, et
comme définition des causes, et comme explication des faits.
Le grandiose des châteaux et des palais aristocratiques, le luxe de
leurs détails, la somptuosité constante des ameublements, l’aire dans
laquelle s’y meut sans gêne, et sans éprouver de froissement, l’heureux
propriétaire, riche avant de naître ; puis l’habitude de ne jamais descendre
au calcul désintérêts journaliers et mesquins de l’existence, le temps dont
il dispose, l’instruction supérieure qu’il peut prématurément acquérir :
enfin les traditions patriciennes qui lui donnent des forces sociales que ses
adversaires compensent à peine par des études, par une volonté, par une
vocation tenaces ; tout devrait élever l’âme de l’homme qui, dès le jeune
âge, possède de tels privilèges, lui imprimer ce haut respect de lui-même
dont la moindre conséquence est une noblesse de cœur en harmonie avec
la noblesse du nom. Cela est vrai pour quelques familles. Çà et là, dans
le faubourg Saint-Germain, se rencontrent de beaux caractères, exceptions
qui prouvent contre l’égoïsme général qui a causé la perte de ce monde à
part. Ces avantages sont acquis à l’aristocratie française, comme à toutes
les efflorescences patriciennes qui se produiront à la surface des nations
aussi longtemps qu’elles assiéront leur existence sur le domaine, le domainesol comme le domaine-argent, seule base solide d’une société régulière ;
mais ces avantages ne demeurent aux patriciens de toute sorte qu’autant
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