les phases de l’histoire, le Paris de la haute classe et de la noblesse a eu
son centre, comme le Paris vulgaire aura toujours le sien. Cette singularité
périodique offre une ample matière aux réflexions de ceux qui veulent
observer ou peindre les différentes zones sociales ; et peut-être ne doit-on
pas en rechercher les causes seulement pour justifier le caractère de cette
aventure, mais aussi pour servir à de graves intérêts, plus vivaces dans
l’avenir que dans le présent, si toutefois l’expérience n’est pas un nonsens pour les partis comme pour la jeunesse. Les grands seigneurs et les
gens riches, qui singeront toujours les grands seigneurs, ont, à toutes les
époques, éloigné leurs maisons des endroits très habités. Si le duc d’Uzès
se bâtit, sous le règne de Louis XIV, le bel hôtel à la porte duquel il mit
la fontaine de la rue Montmartre, acte de bienfaisance qui le rendit, outre
ses vertus, l’objet d’une Vénération si populaire que le quartier suivit en
masse son convoi, ce coin de Paris était alors désert. Mais aussitôt que
les fortifications s’abattirent, que les marais situés au-delà des boulevards
s’emplirent de maisons, la famille d’Uzès quitta ce bel hôtel, habité de
nos jours par un banquier. Puis la noblesse, compromise au milieu des
boutiques, abandonna la place Royale, les alentours du centre parisien,
et passa la rivière afin de pouvoir respirer à son aise dans le faubourg
Saint-Germain, où déjà des palais s’étaient élevés autour de l’hôtel bâti par
Louis XIV au duc du Maine, le Benjamin de ses légitimés. Pour les gens
accoutumés aux splendeurs de la vie, est-il en effet rien de plus ignoble
que le tumulte, la boue, les cris, la mauvaise odeur, l’étroitesse des rues
populeuses ? Les habitudes d’un quartier marchand ou manufacturier ne
sont-elles pas constamment en désaccord avec les habitudes des Grands ?
Le Commerce et le Travail se couchent au moment où l’aristocratie songe
à dîner, les uns s’agitent bruyamment quand l’autre se repose ; leurs calculs
ne se rencontrent jamais, les uns sont la recette, et l’autre est la dépense.
De là des mœurs diamétralement opposées. Cette observation n’a rien de
dédaigneux. Une aristocratie est en quelque sorte la pensée d’une société,
comme la bourgeoisie et les prolétaires en sont l’organisme et l’action. De
là des sièges différents pour ces forces ; et, de leur antagonisme, vient une
antipathie apparente que produit la diversité de mouvements faits néanmoins
dans un but commun. Ces discordances sociales résultent si logiquement de
toute charte constitutionnelle, que le libéral le plus disposé à s’en plaindre,
comme d’un attentat envers les sublimes idées sous lesquelles les ambitieux
des classes inférieures cachent leurs desseins, trouveraient prodigieusement
ridicule à monsieur le prince de Montmorency de demeurer rue SaintMartin, au coin de la rue qui porte son nom, ou à monsieur le duc de FitzJames, le descendant de la race royale écossaise, d’avoir son hôtel rue MarieStuart, au coin de la rue Montorgueil. Sint ut sint, aut non sint, ces belles
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son centre, comme le Paris vulgaire aura toujours le sien. Cette singularité
périodique offre une ample matière aux réflexions de ceux qui veulent
observer ou peindre les différentes zones sociales ; et peut-être ne doit-on
pas en rechercher les causes seulement pour justifier le caractère de cette
aventure, mais aussi pour servir à de graves intérêts, plus vivaces dans
l’avenir que dans le présent, si toutefois l’expérience n’est pas un nonsens pour les partis comme pour la jeunesse. Les grands seigneurs et les
gens riches, qui singeront toujours les grands seigneurs, ont, à toutes les
époques, éloigné leurs maisons des endroits très habités. Si le duc d’Uzès
se bâtit, sous le règne de Louis XIV, le bel hôtel à la porte duquel il mit
la fontaine de la rue Montmartre, acte de bienfaisance qui le rendit, outre
ses vertus, l’objet d’une Vénération si populaire que le quartier suivit en
masse son convoi, ce coin de Paris était alors désert. Mais aussitôt que
les fortifications s’abattirent, que les marais situés au-delà des boulevards
s’emplirent de maisons, la famille d’Uzès quitta ce bel hôtel, habité de
nos jours par un banquier. Puis la noblesse, compromise au milieu des
boutiques, abandonna la place Royale, les alentours du centre parisien,
et passa la rivière afin de pouvoir respirer à son aise dans le faubourg
Saint-Germain, où déjà des palais s’étaient élevés autour de l’hôtel bâti par
Louis XIV au duc du Maine, le Benjamin de ses légitimés. Pour les gens
accoutumés aux splendeurs de la vie, est-il en effet rien de plus ignoble
que le tumulte, la boue, les cris, la mauvaise odeur, l’étroitesse des rues
populeuses ? Les habitudes d’un quartier marchand ou manufacturier ne
sont-elles pas constamment en désaccord avec les habitudes des Grands ?
Le Commerce et le Travail se couchent au moment où l’aristocratie songe
à dîner, les uns s’agitent bruyamment quand l’autre se repose ; leurs calculs
ne se rencontrent jamais, les uns sont la recette, et l’autre est la dépense.
De là des mœurs diamétralement opposées. Cette observation n’a rien de
dédaigneux. Une aristocratie est en quelque sorte la pensée d’une société,
comme la bourgeoisie et les prolétaires en sont l’organisme et l’action. De
là des sièges différents pour ces forces ; et, de leur antagonisme, vient une
antipathie apparente que produit la diversité de mouvements faits néanmoins
dans un but commun. Ces discordances sociales résultent si logiquement de
toute charte constitutionnelle, que le libéral le plus disposé à s’en plaindre,
comme d’un attentat envers les sublimes idées sous lesquelles les ambitieux
des classes inférieures cachent leurs desseins, trouveraient prodigieusement
ridicule à monsieur le prince de Montmorency de demeurer rue SaintMartin, au coin de la rue qui porte son nom, ou à monsieur le duc de FitzJames, le descendant de la race royale écossaise, d’avoir son hôtel rue MarieStuart, au coin de la rue Montorgueil. Sint ut sint, aut non sint, ces belles
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