son poste, le général entendit de faibles accords qui partaient de cette
cellule, douces voix pleines de tendresse. En revenant sous le rocher au
bas duquel se tenaient ses amis, il leur dit en quelques mots, empreints de
cette passion communicative quoique discrète dont les hommes respectent
toujours l’expression grandiose, que jamais, en sa vie, il n’avait éprouvé de
si captivantes félicités.
Le lendemain soir, onze compagnons dévoués se hissèrent dans l’ombre
en haut de ces rochers, ayant chacun sur eux un poignard, une provision
de chocolat, et tous les instruments que comporte le métier des voleurs.
Arrivés au mur d’enceinte, ils le franchirent au moyen d’échelles qu’ils
avaient fabriquées, et se trouvèrent dans le cimetière du couvent. Montriveau
reconnut et la longue galerie voûtée par laquelle il était venu naguère au
parloir, et les fenêtres de cette salle. Sur-le-champ, son plan fut fait et adopté.
S’ouvrir un passage par la fenêtre de ce parloir qui en éclairait la partie
affectée aux carmélites, pénétrer dans les corridors, voir si les noms étaient
inscrits sur chaque cellule, aller à celle de la sœur Thérèse, y surprendre et
bâillonner la religieuse pendant son sommeil, la lier et l’enlever, toutes ces
parties du programme étaient faciles pour des hommes qui, à l’audace, à
l’adresse des forçats, joignaient les connaissances particulières aux gens du
monde, et auxquels il était indifférent de donner un coup de poignard pour
acheter le silence.
La grille de la fenêtre fut sciée en deux heures. Trois hommes se mirent
en faction au dehors, et deux autres restèrent dans le parloir. Le reste,
pieds nus, se posta de distance en distance à travers le cloître où s’engagea
Montriveau, caché derrière un jeune homme, le plus adroit d’entre eux,
Henri de Marsay, qui, par prudence, s’était vêtu d’un costume de carmélite
absolument semblable à celui du couvent. L’horloge sonna trois heures
quand la fausse religieuse et Montriveau parvinrent au dortoir. Ils eurent
bientôt reconnu la situation des cellules. Puis, n’entendant aucun bruit, ils
lurent, à l’aide d’une lanterne sourde, les noms heureusement écrits sur
chaque porte, et accompagnés de ces devises mystiques, de ces portraits de
saints ou de saintes que chaque religieuse inscrit en forme d’épigraphe sur
le nouveau rôle de sa vie, et où elle révèle sa dernière pensée. Arrivé à la
cellule de la sœur Thérèse, Montriveau lut cette inscription : Sub invocatione
sanctæ matris Theresæ ! La devise était : Adoremus in æternum. Tout à coup
son compagnon lui mit la main sur l’épaule, et lui fit voir une vive lueur
qui éclairait les dalles du corridor par la fente de la porte. En ce moment,
monsieur de Ronquerolles les rejoignit.
– Toutes les religieuses sont à l’église et commencent l’office des morts,
dit-il.
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cellule, douces voix pleines de tendresse. En revenant sous le rocher au
bas duquel se tenaient ses amis, il leur dit en quelques mots, empreints de
cette passion communicative quoique discrète dont les hommes respectent
toujours l’expression grandiose, que jamais, en sa vie, il n’avait éprouvé de
si captivantes félicités.
Le lendemain soir, onze compagnons dévoués se hissèrent dans l’ombre
en haut de ces rochers, ayant chacun sur eux un poignard, une provision
de chocolat, et tous les instruments que comporte le métier des voleurs.
Arrivés au mur d’enceinte, ils le franchirent au moyen d’échelles qu’ils
avaient fabriquées, et se trouvèrent dans le cimetière du couvent. Montriveau
reconnut et la longue galerie voûtée par laquelle il était venu naguère au
parloir, et les fenêtres de cette salle. Sur-le-champ, son plan fut fait et adopté.
S’ouvrir un passage par la fenêtre de ce parloir qui en éclairait la partie
affectée aux carmélites, pénétrer dans les corridors, voir si les noms étaient
inscrits sur chaque cellule, aller à celle de la sœur Thérèse, y surprendre et
bâillonner la religieuse pendant son sommeil, la lier et l’enlever, toutes ces
parties du programme étaient faciles pour des hommes qui, à l’audace, à
l’adresse des forçats, joignaient les connaissances particulières aux gens du
monde, et auxquels il était indifférent de donner un coup de poignard pour
acheter le silence.
La grille de la fenêtre fut sciée en deux heures. Trois hommes se mirent
en faction au dehors, et deux autres restèrent dans le parloir. Le reste,
pieds nus, se posta de distance en distance à travers le cloître où s’engagea
Montriveau, caché derrière un jeune homme, le plus adroit d’entre eux,
Henri de Marsay, qui, par prudence, s’était vêtu d’un costume de carmélite
absolument semblable à celui du couvent. L’horloge sonna trois heures
quand la fausse religieuse et Montriveau parvinrent au dortoir. Ils eurent
bientôt reconnu la situation des cellules. Puis, n’entendant aucun bruit, ils
lurent, à l’aide d’une lanterne sourde, les noms heureusement écrits sur
chaque porte, et accompagnés de ces devises mystiques, de ces portraits de
saints ou de saintes que chaque religieuse inscrit en forme d’épigraphe sur
le nouveau rôle de sa vie, et où elle révèle sa dernière pensée. Arrivé à la
cellule de la sœur Thérèse, Montriveau lut cette inscription : Sub invocatione
sanctæ matris Theresæ ! La devise était : Adoremus in æternum. Tout à coup
son compagnon lui mit la main sur l’épaule, et lui fit voir une vive lueur
qui éclairait les dalles du corridor par la fente de la porte. En ce moment,
monsieur de Ronquerolles les rejoignit.
– Toutes les religieuses sont à l’église et commencent l’office des morts,
dit-il.
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