En Inde, chez
les pratiquants
de l'Ayurveda,
le signe « om »
(la force de vie)
symbolise la
puissance de la
méditation.
la plupart des
traditions médicales
sont fondées sur l'idée
de traitement naturel,
s'appuyant sur la prescription
de plantes appropriées.
Dans la médecine
traditionnelle chinoise, le qi est
l'énergie primaire qui garantit la bonne santé. Dans
l'Ayurveda, c'est le prana, et dans la tradition occidentale
Hippocrate utilise l'expression vis medicatrix natume,
c'est-à-dire le pouvoir de guérir par la nature. Quant
aux herboristes et homéopathes, ils emploient le ternie
de « force vitale ».
L'intérêt accordé à cette notion a reculé en Occident
à mesure que l'influence des idées du philosophe et
mathématicien français René Descartes (1596-1650) se
sont imposées. Celui-ci sépare le monde en deux
principes opposés : le corps et l'esprit, la nature et les
idées. Il affirme que la force vitale qui maintient en vie
et conserve le corps en bon état est du domaine de la
religion plutôt que de celui d'une nouvelle science
autonome, en l'occurrence la médecine.
Pour les nouvelles autorités médicales, qui
s'adonnaient à des expérimentations scientifiques,
un concept à caractère «surnaturel» comme celui
de force vitale ne faisait que rappeler l'ignorance
et la superstition qui régnaient auparavant.
L'approche rationnelle et l'exploration médicale
n'ont pas attendu Descartes pour connaître quelques
succès. De nombreux progrès dans la connaissance du
corps sont accomplis à cette époque. En 1628, l'Anglais
William Harvey (1578-1657) publie une étude sur
le cœur et la circulation sanguine. Pour la première
fois, il démontre que, contrairement à la théorie de
Galien, le cœur fait circuler le sang à travers le corps.
Depuis Harvey, la médecine ne cesse de
découvrir les différents processus des maladies.
Cependant, en comparaison, elle s'est montrée moins
efficace dans la mise au point de traitements capables
de soulager et de vaincre les maladies.
VERS L'APPROCHE SCIENTIFIQUE
Rétrospectivement, il semble que la nouvelle science
médicale n'a pu s'affirmer qu'en rompant avec la
médecine traditionnelle. Or, celle-ci, bien que manquant
de bases scientifiques, a toujours été très en avance
sur la science médicale dans sa manière de traiter les
maladies. Dans un ouvrage intitulé La Médecine des
Indiens d'Amérique (1970), l'Américain VirgilVogel
donne un bon exemple d'une médecine «ignorante»
mais supérieure en matière de soins :
«Durant le rude hiver de 1535-1536, les trois bateaux
de Jacques Cartier ont rapidement été pris dans les
glaces du Saint-Laurent, près de Montréal. Isolé sous
quatre pieds de neige, l'équipage composé de
110 hommes a survécu grâce aux vivres conservées
dans les cales des embarcations. Bientôt, le scorbut
sévit parmi eux et, vers le mois de mars, 25 hommes
étaient morts et les autres, sauf 3 ou 4, étaient si
malades qu'ils n'avaient plus aucun espoir de
guérison. Comme la crise s'aggravait, Cartier eut la
bonne idée de faire appel au chef indien local,
Domagaia, qui, victime de la même affliction, s'était
guéri grâce au "jus d'un certain arbre". Les femmes
indiennes récoltèrent des branches de l'arbre magique,
"faisant bouillir l'écorce et les feuilles pour préparer
une décoction, et plaçant les lies sur les jambes ".Tous
ceux qui furent soignés de cette manière recouvrèrent
rapidement la santé et les Français s'émerveillèrent des
connaissances médicales des indigènes. »
Naturellement, les Indiens n'avaient jamais entendu
parler de carence en vitamine C, qui provoque le
scorbut, et encore moins auraient-ils pu expliquer en
termes rationnels pourquoi leur remède était efficace.
En effet, il faut attendre 1753 pour que James Lind
(1716-1794), un chirurgien en service dans la marine
anglaise, s'inspire du récit de Cartier dans un ouvrage
intitulé le Traité du scorbut pour signaler que la maladie
Masque d'un chaman indien du nord-ouest de
l'Amérique. Les remèdes des guérisseurs indiens étaient
bien souvent supérieurs à ceux des Européens.
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