prôné une observation précise des phénomènes
médicaux. «Je n'ai rien emprunté ni à Hippocrate, ni
à Galien, ni à qui que ce soit d'autre, écrivit-il, ayant
acquis mes propres connaissances du meilleur maître :
l'expérience et le dur labeur. » II ajouta : «Un médecin
n'a nul besoin d'éloquence ni de savoir littéraire, mais
d'une profonde connaissance de la nature et de ses
bienfaits.». Paracelse a également sévèrement contrôlé
les dosages, prétendant que « la toxicité des plantes ne
dépend que de leur dosage». De ce fait, Paracelse eut
une influence décisive sur le développement ultérieur de
la chimie, de la médecine moderne, de la phytothérapie
et de l'homéopathie. Surnommé le « père de la chimie »,
il a étudié également l'alchimie (c'est-à-dire la mutation
de certains métaux en or et la recherche du secret de la
Alchimiste et chimiste, Paracelse a été l'un des plus grands savants du
xvi' siècle. Il préconisait l'usage de certains minéraux pour traiter des
maladies, mais seulement à des doses infimes et sérieusement contrôlées.
vie éternelle). Paracelse a aussi contribué au regain d'intérêt
pour la doctrine des signatures - l'antique théorie qui
prétendait que l'apparence d'une plante signalait
l'affection qu'elle traitait - et a affirmé la supériorité des
plantes médicinales locales sur les espèces importées.
CULPEPER ET LES HERBIERS IMPRIMES
La prédilection de Paracelse pour les plantes locales
a été partagée par Nicholas Culpeper (1616-1654).
Le frontispice de son ouvrage intitulé le Médecin anglais
contient cette célèbre présentation : «Méthode complète
de médecine, grâce à laquelle un homme peut conserver
un corps en bonne santé, se soigner lui-même, pour troi;
pence seulement, avec des ingrédients que l'on peut
trouver en Grande-Bretagne, correspondant le mieux
aux organismes anglais. »
Blessé durant la guerre civile anglaise, Culpeper
répond aux besoins des gens ordinaires qui ne peuvent
pas s'offrir les services d'un médecin, ni acheter des
plantes d'importation, ni suivre les ordonnances
prescrites par les médecins. S'inspirant de Dioscoride,
des médecins arabes et de Paracelse, Culpeper développe
alors un système original mâtiné d'astrologie et
s'appuyant sur son expérience personnelle en matière
d'usage thérapeutique des plantes locales. Son herbier
devient le «best-seller» de l'époque et est réédité à
plusieurs reprises. Le premier herbier publié aux EtatsUnis, en 1700, est une réédition de cet ouvrage.
D'autres herbiers trouvent leur place dans les foyers.
Le développement de l'imprimerie au XV
e siècle permet
à la médecine par les plantes d'entrer dans de nombreux
foyers. Les textes de Dioscoride, notamment son
De matériel meâica, sont imprimés pour la première fois.
Des herbiers connaissent plusieurs éditions.
DES SOINS MORTELS : XVII'-XIX'' SIÈCLE
A la fin du XVI
e siècle, Paracelse est devenu la figure de
proue de la médecine fondée sur la chimie. Le « fameux
docteur» avait également insisté sur le danger de
l'utilisation de poisons métalliques — mercure, arsenic et
antimoine -, mais les médecins de l'époque n'ont pas
manifesté autant de prudence. Des doses de plus en plus
importantes d'un purgatif connu sous le nom de calome
(un chlorure de mercure : Hg^C^) ont été prescrites,
notamment aux malades de la syphilis. Le traitement
était très souvent bien plus dangereux que la maladie
elle-même, car il provoquait la mort des patients et
ajoutait aux douleurs initiales, celles causées par
l'empoisonnement au mercure.
La célèbre citation d'Hippocrate « des cas désespérés
nécessitent les remèdes les plus désespérés » est alors
interprétée à la lettre, comme le prouve l'incroyable
vogue des purges et des saignées prescrites durant trois
longs siècles en Europe et aux Etats-Unis. Au début
du XIX
e siècle, cette pratique atteint son apogée avec
la médecine «héroïque», dont la figure de proue est
le D' Benjamin Rush (1745-1813), qui soutenait que la
pratique médicale pouvait se limiter aux saignées et au
calomel. Cette position extrémiste reflétait un état d'espri
dans lequel la phytothérapie n'avait pas du tout sa place.
LE NOUVEAU RATIONALISME
Parallèlement à la recrudescence des soins chimiques,
la médecine moderne considère avec suspicion la notior
de «force vitale». Pourtant, jusqu'à la fin du XVI
e siècle,
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