La sauge, originaire d'Europe,
parvient en Chine où on la considère
comme un tonifiant «yin» précieux.
Le débarquement de Christophe
Colomb aux Antilles, en 1492, a été
suivi de près par la conquête et
la colonisation de l'Amérique
centrale et de l'Amérique
du Sud par les Espagnols et
les Portugais. Chargés de
leurs butins d'or, les
conquistadores retournent
aussi avec des plantes
médicinales encore
inconnues. Ces plantes
d'Amérique aux effets
puissants sont vendues par
les apothicaires des grandes
capitales européennes. Le bois de gaïac (Cuaiacum
officinale, p. 217) ou le quinquina (genre Cinchona, p. 83)
servent, avec plus ou moins d'efficacité, à soigner
la fièvre, la malaria, la syphilis, la variole et d'autres
affections.
L'ail, originaire d'Asie, a été très
rapidement adopté en Europe,
en médecine et en cuisine.
Dans la plupart des communautés rurales, les seules
plantes étrangères utilisées par les guérisseurs étaient
celles qui s'acclimataient aux conditions locales et que
la population pouvait consommer comme aliment.
C'est le cas de l'ail. Originaire d'Asie centrale, son aire
de culture s'est progressivement étendue vers l'ouest :
on en trouvait déjà en Egypte vers 4500 av.J.-C. Dans
l'Odyssée, le célèbre poème épique attribué à Homère
et qui remonte vraisemblablement au VIII
1 siècle av.J.-C.,
le héros qui devait être changé en porc est sauvé grâce
à l'ail. L'ail a été introduit en Occident pendant la
conquête romaine. Quinze siècles plus tard, la pomme
de terre (Solarium tuberosum, p. 70) et le maïs (Zea mays,
p. 152), tous deux originaires d'Amérique du Sud,
connaissent la même destinée et deviennent des aliments
de base. Ces plantes ont des vertus à la fois nourrissantes
et thérapeutiques. Le jus de pomme de terre est très
efficace pour soigner l'arthrite, et le maïs, en décoction,
soulage des douleurs urinaires en cas de cystite.
LA SANTÉ ET L'HYGIÈNE : XIV^XVII' SIÈCLE
Entre le XII
e et le XVIII
e siècle, l'importation des plantes
médicinales exotiques élargit l'éventail des plantes les
plus communément utilisées en Europe. Cet afflux aurait
pu contribuer à améliorer l'état de la santé dans les pays
européens. Après tout, on disposait non seulement de
nouvelles plantes médicinales, mais les Européens avaient
également la possibilité d'observer d'autres pratiques
médicales, celles des peuples d'Amérique du Sud,
de Chine, du Japon et, plus particulièrement, d'Inde.
Ce fut, en fait, l'inverse qui se passa. A cette époque,
l'Europe connaissait les pires conditions d'insalubrité.
Avant l'arrivée de Christophe Colomb en Amérique,
l'espérance de vie des indigènes était plus élevée,
et leur état de santé bien meilleur à celui des
conquistadores. Rien d'étonnant à cela, car, en Europe,
les villes médiévales étaient surpeuplées et ignoraient
les règles d'hygiène de base, comme l'illustre la tradition
des égouts à l'air libre.
Des conditions aussi catastrophiques ne pouvaient
que favoriser la propagation d'épidémies de peste
à partir des ports de la Méditerranée. Au milieu du
XIV
e siècle (1348-1349), la Peste noire fit des millions de
victimes, décimant parfois jusqu'à 50 % de la population.
Il n'existait alors aucun traitement pour arrêter le fléau.
Les épidémies ont continué à dévaster les cités d'Europe
et d'Asie jusqu'au XVIII
e siècle. La récente éruption d'une
peste en Inde en 1994 a réveillé la terreur inspirée par la
simple évocation du nom de la maladie.
La syphilis est une maladie qui a été propagée par
les navigateurs. Selon la rumeur, elle aurait été rapportée
des Antilles jusqu'à Naples à l'occasion des voyages
de Christophe Colomb, dans les années 1490, puis elle
se serait propagée rapidement à travers l'Europe et dans
le reste du monde, atteignant la Chine en 1550.
En Europe, les médecins ne disposaient d'aucun
moyen pour combattre des maladies aussi terribles que
la peste. Ils suivaient aveuglément la théorie des humeurs
de Galien. Si, à l'instar de la médecine chinoise ou
hindoue, la médecine européenne avait continué à
évoluer, en révisant et en réinterprétant les textes
anciens, elle se serait sans doute montrée plus efficace.
Au lieu de cela, les médecins européens mettaient en
danger la vie de leurs patients en procédant à des
saignées à répétition et en prescrivant des minéraux
toxiques censés rétablir l'équilibre
entre les humeurs. En effet,
l'utilisation de remèdes
comme le mercure, alors
très prisé, a conduit à un
intérêt accru pour
les formules chimiques,
et à accélérer la rupture
ultime entre la médecine et
la connaissance des plantes.
L'INFLUENCE DE
PARACELSE
Une des figures emblématiques
du XVI
e siècle est sans conteste
Paracelse (1493-1541), un
personnage hors du commun qui
a rejeté les théories de Galien et
Un médecin au xvil' siècle, revêtu
d'un costume conçu pour le protéger
des épidémies de peste, alors très
contagieuses.
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parvient en Chine où on la considère
comme un tonifiant «yin» précieux.
Le débarquement de Christophe
Colomb aux Antilles, en 1492, a été
suivi de près par la conquête et
la colonisation de l'Amérique
centrale et de l'Amérique
du Sud par les Espagnols et
les Portugais. Chargés de
leurs butins d'or, les
conquistadores retournent
aussi avec des plantes
médicinales encore
inconnues. Ces plantes
d'Amérique aux effets
puissants sont vendues par
les apothicaires des grandes
capitales européennes. Le bois de gaïac (Cuaiacum
officinale, p. 217) ou le quinquina (genre Cinchona, p. 83)
servent, avec plus ou moins d'efficacité, à soigner
la fièvre, la malaria, la syphilis, la variole et d'autres
affections.
L'ail, originaire d'Asie, a été très
rapidement adopté en Europe,
en médecine et en cuisine.
Dans la plupart des communautés rurales, les seules
plantes étrangères utilisées par les guérisseurs étaient
celles qui s'acclimataient aux conditions locales et que
la population pouvait consommer comme aliment.
C'est le cas de l'ail. Originaire d'Asie centrale, son aire
de culture s'est progressivement étendue vers l'ouest :
on en trouvait déjà en Egypte vers 4500 av.J.-C. Dans
l'Odyssée, le célèbre poème épique attribué à Homère
et qui remonte vraisemblablement au VIII
1 siècle av.J.-C.,
le héros qui devait être changé en porc est sauvé grâce
à l'ail. L'ail a été introduit en Occident pendant la
conquête romaine. Quinze siècles plus tard, la pomme
de terre (Solarium tuberosum, p. 70) et le maïs (Zea mays,
p. 152), tous deux originaires d'Amérique du Sud,
connaissent la même destinée et deviennent des aliments
de base. Ces plantes ont des vertus à la fois nourrissantes
et thérapeutiques. Le jus de pomme de terre est très
efficace pour soigner l'arthrite, et le maïs, en décoction,
soulage des douleurs urinaires en cas de cystite.
LA SANTÉ ET L'HYGIÈNE : XIV^XVII' SIÈCLE
Entre le XII
e et le XVIII
e siècle, l'importation des plantes
médicinales exotiques élargit l'éventail des plantes les
plus communément utilisées en Europe. Cet afflux aurait
pu contribuer à améliorer l'état de la santé dans les pays
européens. Après tout, on disposait non seulement de
nouvelles plantes médicinales, mais les Européens avaient
également la possibilité d'observer d'autres pratiques
médicales, celles des peuples d'Amérique du Sud,
de Chine, du Japon et, plus particulièrement, d'Inde.
Ce fut, en fait, l'inverse qui se passa. A cette époque,
l'Europe connaissait les pires conditions d'insalubrité.
Avant l'arrivée de Christophe Colomb en Amérique,
l'espérance de vie des indigènes était plus élevée,
et leur état de santé bien meilleur à celui des
conquistadores. Rien d'étonnant à cela, car, en Europe,
les villes médiévales étaient surpeuplées et ignoraient
les règles d'hygiène de base, comme l'illustre la tradition
des égouts à l'air libre.
Des conditions aussi catastrophiques ne pouvaient
que favoriser la propagation d'épidémies de peste
à partir des ports de la Méditerranée. Au milieu du
XIV
e siècle (1348-1349), la Peste noire fit des millions de
victimes, décimant parfois jusqu'à 50 % de la population.
Il n'existait alors aucun traitement pour arrêter le fléau.
Les épidémies ont continué à dévaster les cités d'Europe
et d'Asie jusqu'au XVIII
e siècle. La récente éruption d'une
peste en Inde en 1994 a réveillé la terreur inspirée par la
simple évocation du nom de la maladie.
La syphilis est une maladie qui a été propagée par
les navigateurs. Selon la rumeur, elle aurait été rapportée
des Antilles jusqu'à Naples à l'occasion des voyages
de Christophe Colomb, dans les années 1490, puis elle
se serait propagée rapidement à travers l'Europe et dans
le reste du monde, atteignant la Chine en 1550.
En Europe, les médecins ne disposaient d'aucun
moyen pour combattre des maladies aussi terribles que
la peste. Ils suivaient aveuglément la théorie des humeurs
de Galien. Si, à l'instar de la médecine chinoise ou
hindoue, la médecine européenne avait continué à
évoluer, en révisant et en réinterprétant les textes
anciens, elle se serait sans doute montrée plus efficace.
Au lieu de cela, les médecins européens mettaient en
danger la vie de leurs patients en procédant à des
saignées à répétition et en prescrivant des minéraux
toxiques censés rétablir l'équilibre
entre les humeurs. En effet,
l'utilisation de remèdes
comme le mercure, alors
très prisé, a conduit à un
intérêt accru pour
les formules chimiques,
et à accélérer la rupture
ultime entre la médecine et
la connaissance des plantes.
L'INFLUENCE DE
PARACELSE
Une des figures emblématiques
du XVI
e siècle est sans conteste
Paracelse (1493-1541), un
personnage hors du commun qui
a rejeté les théories de Galien et
Un médecin au xvil' siècle, revêtu
d'un costume conçu pour le protéger
des épidémies de peste, alors très
contagieuses.
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