est nécessaire de considérer l'état général du patient,
d'examiner tous les symptômes, d'observer ses émotions
et ses attitudes. On ne peut envisager les fantômes et les
esprits dans une optique thérapeutique. »
LA FONDATION D'UN SAVOIR DES PLANTES :
IV
e SIÈCLE AV.J.-C./VI
e SIÈCLE APR.J.-C.
Le commerce entre l'Europe, le Moyen-Orient, l'Inde
et l'Asie était déjà bien établi au II
e siècle av.J.-C. De
nombreuses plantes médicinales ou culinaires transitent
par les routes commerciales. Les clous de girofle (Eugenia
caryophyllata, p. 99), originaires des Philippines et des îles
Moluques, ont été importés en Chine au III
e siècle av.J.-C.
et parviennent pour la première fois en Egypte vers
176 apr.J.-C.Vers le VIII
e siècle de notre ère, leur saveur
aromatique ainsi que leurs vertus antiseptiques et
analgésiques sont reconnues dans presque toute l'Europe.
A mesure que le commerce prospère, et que l'intérêt
pour les plantes médicinales et les épices croît, plusieurs
auteurs classent les plantes de manière systématique en
fonction de leur vertus
thérapeutiques. En Chine,
le Shen'nong Bencaojing,
écrit au I
er siècle apr.J.-C.,
proposait 364 références -
252 de remèdes à base de
plantes —, dont le buplèvre
(Buplewum chineuse, p. 72),
le tussilage ou pas-d'âne,
{Tussilage farfara, p. 278),
et le gan cao (Glycyrrhiza
uralensis). Ce texte
d'inspiration taoïste pose
les jalons du développement
ultérieur et du raffinement
de la médecine
traditionnelle chinoise.
Les «quatre humeurs» de
Galien qui assuraient le bon
fonctionnement du corps humain.
Au I" siècle apr.J.-C., un médecin grec du nom de
Dioscoride est l'auteur du premier herbier rédigé en
Europe : De materia meâica. Parmi les nombreuses plantes
répertoriées par Dioscoride figurent le genévrier
(Juniperus communis, p. 224), l'orme (Ulmus carpinifolia),
la pivoine (Paeonia officinaUs, p. 242) et la bardane
(Arctium lappa, p. 65).
Cet ouvrage, qui recense environ 600 plantes, a eu
une influence considérable sur la médecine occidentale.
Il resta la référence principale en Europe jusqu'au
XVII
e siècle et a été traduit dans plusieurs langues
européennes, en hébreu et en perse. En 512, un manuscrit
de De materia medica devint le premier herbier à comporter
des dessins des plantes citées. Destiné à Juliana Arnicia,
la fille de l'empereur romain Flavius Anicius Olybrius, il
comportait près de 400 pleines pages illustrées en couleur.
Galien (v. 131 -v. 200), médecin personnel de l'empereur
romain Marc Aurèle, eut également beaucoup d'influence
Illustration du frontispice de De materia medica,
le premier herbier illustré de Dioscoride, réalisé à
Constantinople en 512.
sur le développement de la médecine par les plantes.
S'inspirant des travaux d'Hippocrate, Galien a élaboré
une théorie dite « des quatre humeurs » (voir p. 32).
Ses idées ont influencé — certains diront faussé —
les pratiques médicales durant près de quinze siècles.
En Inde et en Chine, des théories médicales élaborées
relativement peu éloignées de la théorie des quatre
humeurs (voir respectivement p. 36-38 et p. 40-41),
ont perduré jusqu'à nos jours.
Même si les théories européennes, hindoues et
chinoises diffèrent largement, elles partagent toutes l'idé
que la maladie est provoquée par un déséquilibre entre
les différentes composantes de l'organisme, et que le but
du guérisseur est de restaurer cet équilibre, le plus
souvent à l'aide de plantes.
LA GUÈRISON POPULAIRE AU MOYEN ÂGE
Ces théories médicales, qu'elles soient galéniques,
hindoues ou chinoises, ne signifiaient rien, ou presque
rien, aux yeux des populations rurales. Comme c'est
d'ailleurs toujours le cas aujourd'hui chez certains
peuples ou tribus qui ont peu de contact, voire aucun,
avec la médecine moderne, autrefois, les communautés
villageoises ne comptaient que sur le savoir et la mémoil
de sages - hommes ou femmes. Ces guérisseurs
ignoraient presque tous les principes de la médecine
enseignés dans de rares écoles. Ils possédaient, en
revanche, des connaissances pratiques très approfondies
qu'ils avaient acquises à force de soigner des maladies de
toutes sortes ou de faciliter des accouchements, en ayant
recours, le plus souvent, à des plantes médicinales.
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