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L’explosion des mathématiques
L’interdisciplinarité, une clef pour l’avenir
Beaucoup sont conscients de la nécessité d’une ouverture plus grande des mathématiques vers les
autres disciplines. Les mathématiques de pointe se révèlent utiles et nécessaires dans des domaines de plus
en plus nombreux ; inversement, les problèmes concrets posés dans ces domaines peuvent inspirer des
recherches fondamentales fructueuses, qui font progresser la science mathématique elle-même. Au sein
des institutions d’enseignement et de recherche, apparaît la volonté politique de développer l’interdisciplinarité, mais elle a encore du mal à se traduire dans les faits.
Un des principaux terrains d’action est l’enseignement supérieur. Si, au niveau des DEA et des
DESS de mathématiques, on remarque une certaine ouverture vers d’autres domaines, la situation en
deuxième cycle universitaire (licence et maîtrise) semble plus préoccupante : « les mathématiques y sont
enseignées de façon presque totalement monolithique ; il faut repenser les programmes, qui ont
très peu évolué au cours des dernières décennies », affirme Jean-Pierre Bourguignon, directeur de
l’Institut des hautes études scientifiques (IHES). « Par exemple, l’interface entre mathématiques et
biologie ou médecine est quasiment inexistante, et il en est de même des mathématiques discrètes ».
On peut tout de même noter quelques évolutions, comme l’instauration au concours de l’agrégation
d’une épreuve de modélisation.
Un autre terrain d’action vers l’interdisciplinarité concerne les recrutements de chercheurs et d’enseignants-chercheurs, ainsi que l’avancement de leurs carrières. Comme le souligne Jean-Marc Deshouillers,
directeur pour les mathématiques à la Mission scientifique universitaire (Ministère de la Recherche), « on
peut favoriser les échanges interdisciplinaires à travers les commissions de recrutement », pour que
par exemple des spécialistes de statistique soient recrutés dans des laboratoires de biologie. On peut aussi
créer de nouveaux laboratoires consacrés à des thèmes pluridisciplinaires, ou tenter de modifier l’orientation de laboratoires déjà existants, à travers leur évaluation. C’est ce que font déjà des organismes comme
le CNRS ou le Ministère de la Recherche. Mais, sur le chemin de l’interdisciplinarité, les difficultés sont
nombreuses : il faut rompre avec certaines habitudes, contourner des obstacles administratifs ou statutaires, surmonter les incompréhensions entre chercheurs de disciplines différentes, investir en hommes et
en argent, etc. Les choses en sont encore à leurs débuts. « La compétition et la spécialisation scientifiques, le système d’évaluation et de recrutement, ont trop souvent tendance à favoriser les profils
conventionnels et peu mobiles », dit Christian Peskine, directeur scientifique adjoint pour les mathématiques au CNRS; le système ne suscite pas assez l’émergence de personnes ayant une formation originale, ayant envie de prendre des risques (scientifiques…) dans des domaines nouveaux. Mais ceux qui
tiennent déjà un rôle et une place dans les thèmes interdisciplinaires pourraient avoir un effet d’entraînement et encourager d’autres collègues ou étudiants à les imiter.
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