31
Premières notions de sécurité
Chapitre 1
après Adam Smith et Keynes, le rôle central de l’imitation dans les phénomènes collectifs dont le marché est le cadre. Le rôle de l’imitation semble
particulièrement important dans les situations de choix entre techniques rivales, et aucun mécanisme ne garantit que la technique qui va l’emporter
sera la meilleure. En effet, dans le jeu de miroirs qui précède l’engouement
mimétique, une simple rumeur peut orienter quelques acteurs vers la cible,
ce qui déclenchera un effet d’avalanche : « [l’imitation généralisée] suscite
des dynamiques auto-renforçantes qui convergent si résolument vers leur
cible qu’il est difficile de croire que cette convergence n’est pas la manifestation d’une nécessité sous-jacente... ». Nous ne saurions écarter l’hypothèse
que le succès universel des méthodes de gestion de projet pourrait résulter
d’un phénomène mimétique de ce type : dit en d’autres termes, pour citer
un proverbe du réseau, « 100 000 lemmings ne peuvent pas avoir tort ».
De ce qui précède peut-on déduire qu’il faut forcément être ingénieur informaticien pour devenir directeur du système d’information ? Non, mais un DSI (et
d’ailleurs tout dirigeant) devra posséder, pour remplir ses fonctions, un certain
nombre de compétences, et il ne pourra pas faire face aux problèmes qui se posent
à lui uniquement avec des procédures administratives normalisées. Le rôle de l’informatique dans le monde contemporain est tel que nul ne peut plus se passer d’en
connaître les techniques de base.
Dans le contexte français où l’absence de compétence technique est devenue un
atout déterminant pour l’accès aux postes de direction des systèmes d’information,
les méthodes de management de système selon les normes IS 9001 et IS 27001
acquièrent la propriété de prédictions autoréalisatrices : pour les raisons évoquées
ci-dessus de nombreux DSI ont d’ores et déjà emprunté cette démarche, et leurs
collègues en retard, qui n’ont pour boussole dans cet univers que l’air du temps et
le qu’en dira-t-on, trouveront facilement auprès de leurs pairs la confirmation que
c’est bien dans cette voie qu’il faut aller. Les sommes considérables englouties par
ces méthodes n’apparaissent pas forcément comme des inconvénients, puisqu’elles
renforcent l’importance et le prestige de celui qui les ordonne, et donnent satisfaction à la direction générale, qui ne dispose en général ni des informations ni des
moyens d’investigation nécessaires pour se former une opinion sur le sujet, et qui
peut faire état du recours à ces méthodes éprouvées pour répondre aux questions
des auditeurs ou des actionnaires.
Premières notions de sécurité
Chapitre 1
après Adam Smith et Keynes, le rôle central de l’imitation dans les phénomènes collectifs dont le marché est le cadre. Le rôle de l’imitation semble
particulièrement important dans les situations de choix entre techniques rivales, et aucun mécanisme ne garantit que la technique qui va l’emporter
sera la meilleure. En effet, dans le jeu de miroirs qui précède l’engouement
mimétique, une simple rumeur peut orienter quelques acteurs vers la cible,
ce qui déclenchera un effet d’avalanche : « [l’imitation généralisée] suscite
des dynamiques auto-renforçantes qui convergent si résolument vers leur
cible qu’il est difficile de croire que cette convergence n’est pas la manifestation d’une nécessité sous-jacente... ». Nous ne saurions écarter l’hypothèse
que le succès universel des méthodes de gestion de projet pourrait résulter
d’un phénomène mimétique de ce type : dit en d’autres termes, pour citer
un proverbe du réseau, « 100 000 lemmings ne peuvent pas avoir tort ».
De ce qui précède peut-on déduire qu’il faut forcément être ingénieur informaticien pour devenir directeur du système d’information ? Non, mais un DSI (et
d’ailleurs tout dirigeant) devra posséder, pour remplir ses fonctions, un certain
nombre de compétences, et il ne pourra pas faire face aux problèmes qui se posent
à lui uniquement avec des procédures administratives normalisées. Le rôle de l’informatique dans le monde contemporain est tel que nul ne peut plus se passer d’en
connaître les techniques de base.
Dans le contexte français où l’absence de compétence technique est devenue un
atout déterminant pour l’accès aux postes de direction des systèmes d’information,
les méthodes de management de système selon les normes IS 9001 et IS 27001
acquièrent la propriété de prédictions autoréalisatrices : pour les raisons évoquées
ci-dessus de nombreux DSI ont d’ores et déjà emprunté cette démarche, et leurs
collègues en retard, qui n’ont pour boussole dans cet univers que l’air du temps et
le qu’en dira-t-on, trouveront facilement auprès de leurs pairs la confirmation que
c’est bien dans cette voie qu’il faut aller. Les sommes considérables englouties par
ces méthodes n’apparaissent pas forcément comme des inconvénients, puisqu’elles
renforcent l’importance et le prestige de celui qui les ordonne, et donnent satisfaction à la direction générale, qui ne dispose en général ni des informations ni des
moyens d’investigation nécessaires pour se former une opinion sur le sujet, et qui
peut faire état du recours à ces méthodes éprouvées pour répondre aux questions
des auditeurs ou des actionnaires.
