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Principes de sécurité du système d’information
Première partie
grande supériorité de la rationalité procédurale sur sa cousine substantielle, c’est
qu’elle dispense de toute compétence sur son objet, et surtout de toute compétence
technique, ce qui dans notre beau pays est une vertu cardinale, tant la compétence
technique y est méprisée. Grâce aux systèmes de management, de simples cadres
administratifs pourront exercer le pouvoir sur des ingénieurs compétents, puisqu’il leur suffira pour cela de cocher dans un tableur les cases qui correspondent
aux étapes des procédures, et de prendre en défaut les acteurs opérationnels qui
n’auront pas rempli toutes les cases, cependant qu’eux-mêmes ne seront bien sûr
jamais exposés à telle mésaventure. Une caractéristique aussi attrayante rend inévitable le triomphe de ces normes, d’autant plus que la lourdeur des opérations de
constitution des feuilles de tableur et de cochage des cases (il existe aussi un marché lucratif de logiciels spécialisés) permettra le développement démographique
de la caste administrative et le renforcement de son hégémonie, sans oublier l’essor des cabinets spécialisés qui pourront vendre à prix d’or la mise en place de ces
systèmes, puis la rédaction de rapports vides de tout contenu « substantiel ».
Il peut sembler hasardeux de formuler un jugement aussi négatif sur les méthodes
désormais classiques de conduite de projet et sur les normes de système de
management : si pratiquement tous les directeurs de système d’information les
adoptent, c’est qu’il doit y avoir de bonnes raisons à cela, qu’ils doivent y trouver
des avantages.
La réponse tient en trois points :
• Le succès de ces méthodes de management et des normes qui les accompagnent n’est pas uniforme à l’échelle internationale, par exemple l’engouement pour IS 9001 semble bien être une spécificité française.
• Les dirigeants qui adoptent des méthodes administratives de management
des activités techniques en tirent effectivement des avantages, ceux que j’ai
décrits ci-dessus, notamment en termes de renforcement du pouvoir administratif et de diminution de l’exigence de compétence.
• Jean-Pierre Dupuy a emprunté à Friedrich von Hayek une théorie qui est de
plus en plus utilisée par les économistes, et qui étudie les phénomènes d’imitation au sein de l’économie de marché. Alors que l’économie néo-classique
se représente un homo œconomicus autosuffisant et indépendant, parfaitement informé et rationnel dans des choix censés le mener à un optimum
qui, à l’échelle du marché, produirait un équilibre, Hayek met en évidence,
Principes de sécurité du système d’information
Première partie
grande supériorité de la rationalité procédurale sur sa cousine substantielle, c’est
qu’elle dispense de toute compétence sur son objet, et surtout de toute compétence
technique, ce qui dans notre beau pays est une vertu cardinale, tant la compétence
technique y est méprisée. Grâce aux systèmes de management, de simples cadres
administratifs pourront exercer le pouvoir sur des ingénieurs compétents, puisqu’il leur suffira pour cela de cocher dans un tableur les cases qui correspondent
aux étapes des procédures, et de prendre en défaut les acteurs opérationnels qui
n’auront pas rempli toutes les cases, cependant qu’eux-mêmes ne seront bien sûr
jamais exposés à telle mésaventure. Une caractéristique aussi attrayante rend inévitable le triomphe de ces normes, d’autant plus que la lourdeur des opérations de
constitution des feuilles de tableur et de cochage des cases (il existe aussi un marché lucratif de logiciels spécialisés) permettra le développement démographique
de la caste administrative et le renforcement de son hégémonie, sans oublier l’essor des cabinets spécialisés qui pourront vendre à prix d’or la mise en place de ces
systèmes, puis la rédaction de rapports vides de tout contenu « substantiel ».
Il peut sembler hasardeux de formuler un jugement aussi négatif sur les méthodes
désormais classiques de conduite de projet et sur les normes de système de
management : si pratiquement tous les directeurs de système d’information les
adoptent, c’est qu’il doit y avoir de bonnes raisons à cela, qu’ils doivent y trouver
des avantages.
La réponse tient en trois points :
• Le succès de ces méthodes de management et des normes qui les accompagnent n’est pas uniforme à l’échelle internationale, par exemple l’engouement pour IS 9001 semble bien être une spécificité française.
• Les dirigeants qui adoptent des méthodes administratives de management
des activités techniques en tirent effectivement des avantages, ceux que j’ai
décrits ci-dessus, notamment en termes de renforcement du pouvoir administratif et de diminution de l’exigence de compétence.
• Jean-Pierre Dupuy a emprunté à Friedrich von Hayek une théorie qui est de
plus en plus utilisée par les économistes, et qui étudie les phénomènes d’imitation au sein de l’économie de marché. Alors que l’économie néo-classique
se représente un homo œconomicus autosuffisant et indépendant, parfaitement informé et rationnel dans des choix censés le mener à un optimum
qui, à l’échelle du marché, produirait un équilibre, Hayek met en évidence,
