32
Principes de sécurité du système d’information
Première partie
Quant à nous, nous nous efforcerons au cours des chapitres suivants de dispenser
les principes de sécurité substantielle qui nous semblent le socle de ce que doit être
aujourd’hui un système sûr, et que plus grand monde ne peut se permettre d’ignorer totalement, que ce soit dans l’entreprise ou dans l’usage privé des ordinateurs
et des réseaux.
Richard Feynman à propos de la conduite de projet
Un des derniers écrits du physicien Richard P. Feynman, prix Nobel 1965, fut
une annexe [50] au rapport de la Commission Rogers rédigé à la demande des
autorités gouvernementales américaines à la suite de l’accident dramatique de la
navette spatiale Challenger et destiné à en élucider les circonstances. Il y a suffisamment de points communs entre un sinistre spatial et un sinistre informatique
pour que les leçons tirées de celui-là puissent être utiles à ceux qui se préoccupent
de celui-ci ; en effet, si les objets produits par l’industrie spatiale et par l’industrie
informatique paraissent très dissemblables, les méthodes de conduite de projet
mises en œuvre dans l’un et l’autre cas puisent à la même source d’inspiration (le
projet Apollo dans les années 1960), et risquent donc d’avoir des effets similaires.
En outre, même si le risque semble bien moindre de mettre en danger des vies humaines dans le second cas que dans le premier, il convient de noter qu’une navette
spatiale incorpore des millions de lignes de logiciel informatique, soit embarqué
soit dans les installations au sol, sans oublier les programmes qui ont servi à sa
conception. Il n’y a donc aucune raison de se priver des enseignements prodigués
à cette occasion par un des scientifiques du XX e siècle les plus réputés, notamment
pour ses talents pédagogiques.
Pour établir son rapport, R. Feynman a rencontré différents experts qui avaient
participé à la conception et à la réalisation de la navette spatiale, ou qui avaient
donné des consultations à son sujet avant ou après l’accident, et il a lu leurs rapports. Il a été frappé par la discordance extraordinaire, parmi les experts et les
officiels de la NASA, des opinions relatives au risque d’accident mortel, puisqu’elles vont de 1 accident sur 100 vols à 1 accident sur 100 000 vols, où les premières émanent surtout des ingénieurs qui ont réellement travaillé sur le projet,
et les dernières plutôt des managers. Il a également observé la diminution au fil
du temps de la sévérité des critères de certification, au fur et à mesure que les vols
sans incidents instauraient l’idée que « puisque le risque avait été encouru jusqu’à
Précédent

- 46/276

Suivant