Des connaissances à transmettre
L'enseignement de la technologie lithique par un expérimentateur permet
d'acquérir rapidement les notions de base.
L'expérimentation a aussi pour but de percer les intentions :
- discerner ce qui est accidentel de ce qui est intentionnel ;
- discerner ce qui est facile de ce qui est difficile ; il est plus facile de tailler
un biface acheuléen qu'une pointe Levallois ;
- discerner un geste de préparation technique d'une trace d'utilisation. L'abrasion
du bord du plan de frappe - ou de pression - d'un nucléus (frottement avec une pierre
dure) pour supprimer la corniche formée par les contre-bulbes des éclats et surtout des
lames précédentes est nécessaire pour un bon débitage au percuteur animal ou végétal ;
cette abrasion laisse toujours des traces qui vont parfois jusqu'à un très fort émoussé;
- discerner les enlèvements de préparation, des retouches : une chute de burin
préparée, dont la face inférieure est intacte, brute de taille, représente un déchet
caractéristique alors qu'une lamelle à bord abattu dont la face inférieure a été forcément
réduite par des retouches, est un outil.
- mettre en évidence, par exemple, que la mise en forme d'un nucléus, son
immobilisation et tout ce qui précède un débitage par pression implique un savoir-faire
bien plus élaboré que le débitage lui-même.
Désormais l'expérimentation, qu'elle soit menée par des préhistoriens tailleurs
ou lors de programmes ethnoarchéologiques, nous aide aussi à estimer les savoirs
techniques des préhistoriques, à évaluer leurs performances et à juger de leur niveau de
compétence.
3. Trace s d'utilisatio n
L'étude raisonnée et systématique des traces observables sur la totalité de la
surface des outils lithiques a désormais fait ses preuves et dépasse largement la recherche
de la fonction des outils. Cette discipline, dont les fondements furent posés par le
soviétique S.A. Semenov dès 1930, fait appel aujourd'hui à de nombreux spécialistes.
En effet, l'ouvrage de Semenov, traduit en anglais en 1964
92 , révéla qu'il était possible
de déterminer la fonction de l'outillage préhistorique jusque là vouée aux spéculations
de l'imagination des préhistoriens, "...mais c'est indiscutablement à
Semenov que
reviendra le mérite d'avoir fait des observations systématiques, et d'avoir développé les
techniques d'étude nécessaires. Son ouvrage, Prehistoric Technology, restera longtemps
un livre de référence"
93
.
Nous ne citons que les jalons essentiels qui consacrèrent cette nouvelle discipline :
le premier colloque sur ce sujet s'est tenu à Vancouver en 1977
94 , et en 1980 paraît le
premier ouvrage de synthèse après celui de Semenov
95 .
Les travaux entrepris dans cette discipline récente concernent toutes les périodes
de la préhistoire même s'il est difficile actuellement d'obtenir des résultats probants
pour les périodes anciennes.
L'étude des traces d'utilisation nécessite une bonne maîtrise des matériaux, aussi
bien les différents types de roche qui constituent le support des outils que les matériaux
qui sont travaillés. Cette connaissance s'acquiert par une longue pratique de
l'expérimentation. C'est l'alternance systématique de l'observation archéologique et de
l'expérimentation qui permet de comprendre les différentes étapes de fabrication et
d'utilisation des outils (emmanchement, manière d'utiliser, affûtage, etc.). Les techniques
d'approche varient selon les problèmes archéologiques posés avec des instruments optiques
différents : microscope binoculaire, métallographique ou électronique à balayage.
92 Semenov, 1964.
93 Bordes, 1967 : 37.
94 Lithic Use-wear Analysis, 1979.
95 Keeley, 1980.
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