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L’AGROÉCOLOGIE : RECHERCHES POUR LA TRANSITION DES FILIÈRES ET DES TERRITOIRES
techniques, organisationnels, cognitifs, idéologiques, en relation avec l’environnement
social, technique et écologique de l’exploitation agricole ; la redéfinition de ce qui a de
la valeur (types de performances, propriétés attendues) ; les nouvelles modalités de pilotage (informations, seuils d’intervention) ; la coconception avec les agriculteurs pour
accompagner les changements de leurs modes de raisonnement ; l’évaluation ex ante,
ex post, ou chemin faisant.
La mise en œuvre de l’agroécologie nécessite un changement de modes de raisonnement
pour piloter l’agroécosystème sur la base des processus écosystémiques. Ces modes de
raisonnement sont très différents de ceux basés sur l’utilisation et la transformation d’intrants en produits agricoles, car ils reposent sur un apprentissage par essai-erreur. Les
solutions deviennent singulières du fait d’une adaptation du système de production à
son contexte de production, en intégrant l’incertitude (connaissances incomplètes, effet
des actions…). Il en résulte que la visée et la trajectoire de la transition agroécologique
d’une exploitation agricole se raisonnent localement et chemin faisant. Cette configuration modifie la situation de conseil, dans laquelle la dimension collective prend le pas
sur l’interaction classique de conseiller à agriculteur. L’organisation même du conseil
agricole s’en trouve renouvelée.
Si aujourd’hui le changement est surtout pensé par les chercheurs sous l’angle d’une
modélisation de la décision et d’une adoption d’innovations technologiques, la transition
agroécologique de l’exploitation agricole invite à produire les connaissances nécessaires
pour analyser et accompagner (in the making) les changements techniques, organisationnels et les modes de raisonnement des acteurs qu’elle implique (agriculteurs, conseillers, formateurs…) lors de la reconception des systèmes.
●
Des avancées scientifiques récentes
❚
❚ L’importance du contexte sociotechnique
et de son déverrouillage
Dans les travaux conduits sur la transition, l’exploitation agricole est considérée comme
enchâssée dans un système sociotechnique et un système de développement agricole.
Sa transition agroécologique passe donc par une reconfiguration de ces systèmes dominants à l’échelle territoriale. Ce « régime dominant » correspond ici à l’agriculture conventionnelle qui résiste (Geels, 2004). Les traditions et les multiples interdépendances entre
les composantes techniques et sociales du système se sont renforcées au fil du temps,
ce qui limite la créativité des acteurs. Une approche systémique est donc nécessaire pour
raisonner l’innovation aux différents niveaux qu’elle engage (Meynard et al., 2017) : par
exemple, adopter une nouvelle culture dans une rotation nécessite de penser ses fonctions, mais aussi d’accompagner sa maîtrise technique et sa valorisation. L’approche
multi- niveaux décrit un monde sociotechnique selon trois niveaux : la niche, le régime
L’AGROÉCOLOGIE : RECHERCHES POUR LA TRANSITION DES FILIÈRES ET DES TERRITOIRES
techniques, organisationnels, cognitifs, idéologiques, en relation avec l’environnement
social, technique et écologique de l’exploitation agricole ; la redéfinition de ce qui a de
la valeur (types de performances, propriétés attendues) ; les nouvelles modalités de pilotage (informations, seuils d’intervention) ; la coconception avec les agriculteurs pour
accompagner les changements de leurs modes de raisonnement ; l’évaluation ex ante,
ex post, ou chemin faisant.
La mise en œuvre de l’agroécologie nécessite un changement de modes de raisonnement
pour piloter l’agroécosystème sur la base des processus écosystémiques. Ces modes de
raisonnement sont très différents de ceux basés sur l’utilisation et la transformation d’intrants en produits agricoles, car ils reposent sur un apprentissage par essai-erreur. Les
solutions deviennent singulières du fait d’une adaptation du système de production à
son contexte de production, en intégrant l’incertitude (connaissances incomplètes, effet
des actions…). Il en résulte que la visée et la trajectoire de la transition agroécologique
d’une exploitation agricole se raisonnent localement et chemin faisant. Cette configuration modifie la situation de conseil, dans laquelle la dimension collective prend le pas
sur l’interaction classique de conseiller à agriculteur. L’organisation même du conseil
agricole s’en trouve renouvelée.
Si aujourd’hui le changement est surtout pensé par les chercheurs sous l’angle d’une
modélisation de la décision et d’une adoption d’innovations technologiques, la transition
agroécologique de l’exploitation agricole invite à produire les connaissances nécessaires
pour analyser et accompagner (in the making) les changements techniques, organisationnels et les modes de raisonnement des acteurs qu’elle implique (agriculteurs, conseillers, formateurs…) lors de la reconception des systèmes.
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Des avancées scientifiques récentes
❚
❚ L’importance du contexte sociotechnique
et de son déverrouillage
Dans les travaux conduits sur la transition, l’exploitation agricole est considérée comme
enchâssée dans un système sociotechnique et un système de développement agricole.
Sa transition agroécologique passe donc par une reconfiguration de ces systèmes dominants à l’échelle territoriale. Ce « régime dominant » correspond ici à l’agriculture conventionnelle qui résiste (Geels, 2004). Les traditions et les multiples interdépendances entre
les composantes techniques et sociales du système se sont renforcées au fil du temps,
ce qui limite la créativité des acteurs. Une approche systémique est donc nécessaire pour
raisonner l’innovation aux différents niveaux qu’elle engage (Meynard et al., 2017) : par
exemple, adopter une nouvelle culture dans une rotation nécessite de penser ses fonctions, mais aussi d’accompagner sa maîtrise technique et sa valorisation. L’approche
multi- niveaux décrit un monde sociotechnique selon trois niveaux : la niche, le régime
