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2. La transition agroécologique
de l’exploitation agricole
La transition agroécologique est une transformation systémique de notre agriculture et de notre alimentation (Duru et al., 2015). Elle fait appel à des changements
de pratiques ainsi qu’aux valeurs qui les régissent pour une large diversité d’acteurs.
Elle nécessite donc des « structures sociétales et interactions nouvelles qui supposent
des changements de valeurs et de comportements » (d’après OECD, 2010). Du point de
vue économique et social, il s’agit d’une transition en train de se faire (transition in the
making) au sein de notre régime capitaliste et non d’une révolution. Les principes capitalistes sous-jacents ne sont en effet pas systématiquement remis en cause (Hinrichs,
2014), bien qu’ils soient à l’origine de modes de production non durables (Gorz, alias
Bosquet, 1977).
Il existe une pluralité de modèles pour une transition qui se construit « chemin faisant ».
La transition agroécologique est une transformation qui se caractérise par une incertitude
sur ce à quoi elle va aboutir (Lubello et al., 2017). Cette incertitude est renforcée, d’une
part, par l’ambiguïté sur la pertinence des modèles divers qui voient le jour, en matière
de forme d’agriculture, de profil de collectifs de travail, de lien avec les filières aval (collecte, transformation, commercialisation…) et les consommateurs, et, d’autre part, par
la façon de juger de cette pertinence (Plumecocq et al., 2018).
Peu de travaux portent sur la transition de l’exploitation agricole en tant qu’objet de
recherche. La transition est étudiée à l’échelle du territoire, par exemple pour protéger
une ressource en eau (Bui et al., 2016), ou à celle d’un secteur d’activité, comme dans
le cas du développement d’une filière pour valoriser les légumineuses (Magrini et al.,
2016). L’exploitation agricole, pourtant centrale, est négligée (Chantre et al., 2014). La
transition agroécologique de l’exploitation agricole nécessite une transformation radicale
de la façon de penser le système de production. L’agriculteur doit abandonner la vision
linéaire classique d’un système de production qu’il pourvoit en intrants pour produire
des denrées alimentaires. À cette vision se substitue une représentation selon laquelle
ces denrées alimentaires sont le produit du bon fonctionnement d’un agroécosystème.
L’enjeu est alors de restaurer et de piloter cet agroécosystème de façon à valoriser les
potentialités locales et à gérer la complexité et les incertitudes de cet agroécosystème
(incomplétude des connaissances par exemple sur le fonctionnement du sol, les effets
des aléas climatiques, etc. ; Magrini et al., 2019).
Ceux qui étudient ou accompagnent la transition des exploitations agricoles s’attachent
à la question du « changement » qu’il faut comprendre et outiller. Le changement comporte en réalité une multiplicité de dimensions : l’engagement et la persévérance des
acteurs (motivation, apprentissage, gestion du risque…) ; la confrontation à des freins
2. La transition agroécologique
de l’exploitation agricole
La transition agroécologique est une transformation systémique de notre agriculture et de notre alimentation (Duru et al., 2015). Elle fait appel à des changements
de pratiques ainsi qu’aux valeurs qui les régissent pour une large diversité d’acteurs.
Elle nécessite donc des « structures sociétales et interactions nouvelles qui supposent
des changements de valeurs et de comportements » (d’après OECD, 2010). Du point de
vue économique et social, il s’agit d’une transition en train de se faire (transition in the
making) au sein de notre régime capitaliste et non d’une révolution. Les principes capitalistes sous-jacents ne sont en effet pas systématiquement remis en cause (Hinrichs,
2014), bien qu’ils soient à l’origine de modes de production non durables (Gorz, alias
Bosquet, 1977).
Il existe une pluralité de modèles pour une transition qui se construit « chemin faisant ».
La transition agroécologique est une transformation qui se caractérise par une incertitude
sur ce à quoi elle va aboutir (Lubello et al., 2017). Cette incertitude est renforcée, d’une
part, par l’ambiguïté sur la pertinence des modèles divers qui voient le jour, en matière
de forme d’agriculture, de profil de collectifs de travail, de lien avec les filières aval (collecte, transformation, commercialisation…) et les consommateurs, et, d’autre part, par
la façon de juger de cette pertinence (Plumecocq et al., 2018).
Peu de travaux portent sur la transition de l’exploitation agricole en tant qu’objet de
recherche. La transition est étudiée à l’échelle du territoire, par exemple pour protéger
une ressource en eau (Bui et al., 2016), ou à celle d’un secteur d’activité, comme dans
le cas du développement d’une filière pour valoriser les légumineuses (Magrini et al.,
2016). L’exploitation agricole, pourtant centrale, est négligée (Chantre et al., 2014). La
transition agroécologique de l’exploitation agricole nécessite une transformation radicale
de la façon de penser le système de production. L’agriculteur doit abandonner la vision
linéaire classique d’un système de production qu’il pourvoit en intrants pour produire
des denrées alimentaires. À cette vision se substitue une représentation selon laquelle
ces denrées alimentaires sont le produit du bon fonctionnement d’un agroécosystème.
L’enjeu est alors de restaurer et de piloter cet agroécosystème de façon à valoriser les
potentialités locales et à gérer la complexité et les incertitudes de cet agroécosystème
(incomplétude des connaissances par exemple sur le fonctionnement du sol, les effets
des aléas climatiques, etc. ; Magrini et al., 2019).
Ceux qui étudient ou accompagnent la transition des exploitations agricoles s’attachent
à la question du « changement » qu’il faut comprendre et outiller. Le changement comporte en réalité une multiplicité de dimensions : l’engagement et la persévérance des
acteurs (motivation, apprentissage, gestion du risque…) ; la confrontation à des freins
