Fascinants récifs
les zooxanthelles transforment le gaz carbonique
contenu dans l’eau en glucides et en oxygène, qui
fournissent aux polypes l’énergie nécessaire à leurs
fonctions vitales; en échange, elles trouvent dans les
déchets métaboliques azotés dont elles débarrassent
les polypes l’engrais nécessaire à leur survie. Des
recherches ont montré que cette association favorise
en outre la formation du carbonate de calcium constituant le squelette du madrépore.
Pour que cette photosynthèse soit possible, il faut
toutefois que les zooxanthelles reçoivent une quantité
suffisante de lumière. C’est pourquoi les coraux du
fond s’ingénient à adopter les formes les plus propices
à la captation des rayons solaires, multipliant les ramifications et les plissements, ce qui les rend aussi plus
fragiles. En revanche, près de la surface, où la luminosité est maximale mais où ils doivent affronter les turbulences des vagues, les formes arrondies, qui offrent
moins de résistance, dominent. Mais si, pour une
raison ou une autre, l’eau perd sa limpidité, les colonies ne peuvent plus survivre.
Par ailleurs, si la température descend durablement au-dessous de 20 °C ou, au contraire, dépasse
30 °C, les dépôts de calcaire diminuent. Les forces de
l’érosion prennent bientôt le dessus sur celles de la
croissance, et le récif peut dégénérer et mourir.
Les coraux non bâtisseurs
Il existe également des coraux sécréteurs de calcaire
qui ne participent pas à l’expansion du récif. Comme
ils ne sont pas dépendants d’algues avec lesquelles ils
vivraient en symbiose, leur répartition est beaucoup
moins limitée. C’est le cas des omniprésents corauxfleurs (Dendrophyllia) qui, lorsqu’ils déploient leurs
longs polypes aux tentacules orangés, se couvrent en
quelques instants de corolles d’or.
▲ Polypes déployés et
rétractés de coraux-fleurs.
La nuit nuptiale des coraux
La reproduction non sexuée est courante chez les coraux (un
polype-mère se divise par bourgeonnement, créant un
polype-fille identique), mais beaucoup de madrépores ont
également recours à la reproduction sexuée (qui implique
que le stock génétique soit fourni par moitié par les deux
sexes), Bien que les espèces soient pour la plupart hermaphrodites, elles évitent généralement la solution de facilité que
représente l'autofécondation et se donnent au contraire
beaucoup de mal pour féconder les gamètes (cellules
sexuelles) d'autres colonies.
Sur les principaux récifs des mers du Sud, cette fécondation
a lieu une fois par an par une nuit de pleine lune proche du
solstice d'été. Mais cette brève apothéose nuptiale est
l'aboutissement d'un lent travail, qui dure six mois et plus, et
qui correspond à la maturation des ovules dans les gonades
femelles : initialement blancs, ils changent ensuite de coloration pour devenir rose vif, rouge-orangé ou violacés. Dans le
même temps, les gonades mâles entrent en activité, mais les
spermatozoïdes se formeront ultérieurement, car leur développement est plus rapide. Lorsque toutes les conditions favorables sont réunies - eau suffisamment chaude, amplitude
minimale des marées, mer calme et pleine lune -, le processus
se déclenche avec une confondante synchronisation. Une
demi-heure avant le frai, ovules et sperme, protégés par une
fine membrane, sont acheminés jusqu'à l'orifice. Puis soudain,
comme si un coup de gong avait retenti, tous les polypes libèrent en même temps leurs paquets d'ovules et de sperme, qui
montent lentement à la surface, où ils s'ouvrent. Les spermatozoïdes nagent alors à la recherche d'ovules de la même
espèce. Cette phase d'activité intense
est aussi l'heure du plus grand danger,
car les prédateurs, attirés par cet afflux
subit de matières protéiques, se ruent sur
les lieux. Néanmoins, la manne est telle
qu'il y aura des survivants.
Les œufs fécondés donnent naissance
à de minuscules larves qui sont attirées
par la lumière et qui nagent vers la surface, où elles vont dériver au gré des
courants océaniques et de la houle. Au
bout d'une période pouvant s'étendre
de quelques jours à deux mois, la larve se
laisse enfin couler à un endroit propice à l'établissement
d'une colonie, où elle se transformera en polype. Mais la
conquête d'un espace vital donne parfois lieu à une féroce
rivalité avec les coraux voisins : la lutte fait peu de bruit, mais
le visiteur mesure l'étendue des dégâts aux monticules de
coraux morts jonchant le champ de bataille...
a Lorsqu ’ils ont recours
à la reproduction sexuée,
les polypes des madrépores
libèrent leurs ovules et leurs
spermatozoïdes quasi
simultanément.
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