LES HABITANTS DES TENEBHtb
L'éponge-pierre (Petrosia ficiformis) prend ici
des formes beaucoup plus fines et ramifiées qu’à
l’extérieur de la grotte et elle est totalement blanche.
Grâce à la première adaptation, l'animal a plus de
chances de capturer les rares organismes planctoniques
qui viennent se perdre ici. Puisque l’eau est très calme,
les ramifications fragiles ne risquent pas de se casser.
Léponge filamenteuse rose Haliclona viscosa forme
des filaments fins et visqueux, qui doivent leur survie
également au manque d'hydrodynamisme. Un
spongiaire strictement cavernicole est Aplysina
cavernicola, proche parent dépourvu de pigment
d’A. aerophoba, espèce que nous avons vue sur les
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Dans le domaine
peu fréquenté des
grottes obscures
on peut encore faire
des découvertes
intéressantes !
En 1989, je récoltai
à Chypre, dans
une grotte sousmarine, quelques
échantillons de
ce spongiaire
suspendu comme
des stalactites
molles à la roche
calcaire.
Des spécialistes ont
décrit cette espèce
jusque-là inconnue
pour la science
sous le nom de
Plakina weinberg/.
fonds rocheux, et dont la coloration jaune virait au noir au contact de l’air.
Diplcstrella bistellata est une autre éponge exclusivement cavernicole : elle
se présente sous forme de croûtes blanches parcourues d’importants réseaux
de canaux aquifères.
Des chercheurs français ont découvert dans des grottes de la région
marseillaise un petit spongiaire dur comme la pierre qu'ils ont appelé Petrobiona
massiliana. C’est une espèce blanche qui constitue un véritable fossile vivant :
ces spongiaires n’avaient été observés que dans des couches terrestres
vieilles de 150 millions d’années ! Plus tard, on a retrouvé la même espèce
dans les profondeurs abyssales.
Ce biotope présente d’autres analogies avec les abysses. Dans les grottes
méditerranéennes vit un poisson bleuté, d'environ 10 centimètres de longueur,
le faufré noir (Grammonus ater). Son corps est élancé et les nageoires dorsales,
caudales et anales se sont fusionnées pour former une frange continue. Cet animal
étrange appartient à la famille des Brotulidés (« poissons à queue de rat »),
groupe connu des grandes profondeurs océaniques. Il est d’ailleurs remarquable
de constater que ce poisson craint tant la lumière que, même dans les grottes,
il ne se montre que la nuit ; de jour, il se cache dans les fissures !
Le fond de la grotte est souvent recouvert d’une couche de sédiment
très fin, qui a pu se déposer dans cette eau stagnante. Nous devons veiller
à ne bouger que très lentement et très prudemment, afin de ne pas soulever
des nuages de vase. C’est de cette couche que l’on voit sortir parfois les
tentacules violacés du cérianthe strié (Arachnanthus oligopodus).
Vers le fond de la grotte, la faune s’appauvrit de façon dramatique.
Sur les dix ou vingt premiers mètres de la grotte, les parois étaient totalement
recouvertes de vie animale. Ici, les formes de vie deviennent de plus en plus
rares. Lobscurité et le calme y sont éternels ; la température ne change que
très peu au cours de l’année. Cette situation est tout à fait comparable à
celle qu'on trouve dans des zones très profondes. Ici, même pas de
compétition pour le substrat disponible, qui caractérise normalement la
jungle sous-marine. Il n’y a que très peu d’apports alimentaires, et rares sont
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