LES HABITANTS DES TENEBRES
Des colonies
de Madracis
pharensis, aux
polypes épanouis,
tapissent
le plafond
d’une grotte.
Parmi ces croûtes rougeâtres, on remarque de petites
colonies de madréporaires, de couleur brunâtre, ou
blanc roseâtre dans les parties les plus obscures de la
grotte, dont les polypes ont un diamètre de quelques
millimètres seulement. C’est Madracis pharensis, un
corail strictement cavernicole.
Le corail des bijoutiers, ou corail rouge (Corallium
rubrum), est une espèce commune des parois et des
plafonds des grottes, ce qui indique son horreur du
sédiment. Elle vit normalement en eaux profondes.
J’en ai cependant trouvé dans des grottes de la région
marseillaise, à 3 mètres seulement de la surface. Pourvu
que la luminosité soit suffisamment réduite, Corallium
pousse à n’importe quelle profondeur... À cause de la turbulence parfois
violente des vagues, si près de la surface, il arrive que le corail rouge adopte
une forme encroûtante, plutôt rare, qui résiste mieux aux mouvements de
l'eau. Plus loin dans la grotte, il retrouve sa forme arborescente typique. Dans
une grotte située près des calanques de Cassis, dont j’ai promis de ne jamais
Une colonie
albinos de
Corallium rubrum,
un mutant parmi
des branches
rouges, normales.
révéler l’emplacement exact, des amis biologistes de
la Station Marine d’Endoume, à Marseille, m'ont fait
découvrir un phénomène exceptionnel : quelques
branches de corail d’une blancheur de neige parmi
leurs congénères rouge sang. Jusqu’à présent, on
ignore la signification de cette forme d'albinisme. Il est
peu probable que vous rencontriez, lors de vos
promenades sous-marines, ces mutants blancs. Mais
si, par miracle, cela vous arrivait, par pitié : n’y touchez
pas ! Vivants, ces coraux sont infiniment plus beaux
que chez vous, sur le dressoir.
Les porteurs d’armure
Les grottes sont également le domaine d’un grand nombre de crustacés.
La plupart ne sont pas, cependant, exclusivement cavernicoles. Ainsi, on y
trouvera la dromie (Dromia personata), qui sait bien se camoufler à l'aide
d’objets divers, ou la galathée (Calathea strigosa), à la carapace rouge et bleu
et aux pinces poilues. La langouste (Palinurus elephas) est surtout représentée
par de nombreux exemplaires juvéniles. On trouve des espèces voisines,
comme la petite cigale de mer (Scyllarus ardus) et la grande cigale de mer
(Scyllarides latus), qui se cantonnent dans les parties obscures de la grotte
pendant le jour, pour ne quitter leur abri qu’à la tombée de la nuit.
A la place des longues antennes qui caractérisent la langouste, ces animaux
portent des excroissances aplaties, qui rappellent un peu des oeillères.
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Des colonies
de Madracis
pharensis, aux
polypes épanouis,
tapissent
le plafond
d’une grotte.
Parmi ces croûtes rougeâtres, on remarque de petites
colonies de madréporaires, de couleur brunâtre, ou
blanc roseâtre dans les parties les plus obscures de la
grotte, dont les polypes ont un diamètre de quelques
millimètres seulement. C’est Madracis pharensis, un
corail strictement cavernicole.
Le corail des bijoutiers, ou corail rouge (Corallium
rubrum), est une espèce commune des parois et des
plafonds des grottes, ce qui indique son horreur du
sédiment. Elle vit normalement en eaux profondes.
J’en ai cependant trouvé dans des grottes de la région
marseillaise, à 3 mètres seulement de la surface. Pourvu
que la luminosité soit suffisamment réduite, Corallium
pousse à n’importe quelle profondeur... À cause de la turbulence parfois
violente des vagues, si près de la surface, il arrive que le corail rouge adopte
une forme encroûtante, plutôt rare, qui résiste mieux aux mouvements de
l'eau. Plus loin dans la grotte, il retrouve sa forme arborescente typique. Dans
une grotte située près des calanques de Cassis, dont j’ai promis de ne jamais
Une colonie
albinos de
Corallium rubrum,
un mutant parmi
des branches
rouges, normales.
révéler l’emplacement exact, des amis biologistes de
la Station Marine d’Endoume, à Marseille, m'ont fait
découvrir un phénomène exceptionnel : quelques
branches de corail d’une blancheur de neige parmi
leurs congénères rouge sang. Jusqu’à présent, on
ignore la signification de cette forme d'albinisme. Il est
peu probable que vous rencontriez, lors de vos
promenades sous-marines, ces mutants blancs. Mais
si, par miracle, cela vous arrivait, par pitié : n’y touchez
pas ! Vivants, ces coraux sont infiniment plus beaux
que chez vous, sur le dressoir.
Les porteurs d’armure
Les grottes sont également le domaine d’un grand nombre de crustacés.
La plupart ne sont pas, cependant, exclusivement cavernicoles. Ainsi, on y
trouvera la dromie (Dromia personata), qui sait bien se camoufler à l'aide
d’objets divers, ou la galathée (Calathea strigosa), à la carapace rouge et bleu
et aux pinces poilues. La langouste (Palinurus elephas) est surtout représentée
par de nombreux exemplaires juvéniles. On trouve des espèces voisines,
comme la petite cigale de mer (Scyllarus ardus) et la grande cigale de mer
(Scyllarides latus), qui se cantonnent dans les parties obscures de la grotte
pendant le jour, pour ne quitter leur abri qu’à la tombée de la nuit.
A la place des longues antennes qui caractérisent la langouste, ces animaux
portent des excroissances aplaties, qui rappellent un peu des oeillères.
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