GROTTES ET ÉPAVES
Un papa dévoué
Lapogon (Apogon imberbis') est un poisson
qui aime élire domicile à l'entrée de la grotte.
Il est également appelé castagnole rouge ou
roi des rougets. Par sa taille et par sa couleur,
il n'est pas sans nous rappeler le poisson rouge
de notre aquarium d’eau douce, sauf pour
les deux lignes horizontales qui barrent de
bleu clair chacun de ses yeux. Il s’agit là d’un
petit poisson vorace qui se nourrit de jeunes
poissons et de crevettes.
Au printemps, un mâle et une femelle forment un couple. Ils se ressemblent
comme des jumeaux, à ceci près que le ventre de la femelle est distendu par
un grand nombre d’œufs. Après une danse nuptiale lente, qui a lieu en fin de
journée, ils nagent ventre contre ventre. A un moment donné, la femelle
expulse toute la masse d'œufs à travers son orifice génital, et c'est alors que la
fécondation a lieu. Entre 4 000 et 10 000 œufs fécondés sont agglomérés
dans une boule gélatineuse d'un diamètre de 1,5 cm environ. Le mâle se
précipite dessus et prend cette masse dans la bouche, la recrache, et répète
ce manège plusieurs fois jusqu'à ce que la boule prenne les formes de sa cavité
buccale. Tout cela à grande vitesse, car nombre de prédateurs guettent avec
convoitise le « caviar » de l’apogon. C’est alors que la couvaison commence.
Durant une petite semaine, le mâle va garder sa progéniture dans sa gueule.
Pendant toute cette période, non seulement il ne mange pas, mais il doit assurer
une bonne oxygénation aux œufs. Pour cela, il fait circuler l'eau à l’aide de
mouvements saccadés de son opercule. Les petites larves quittent la bouche
protectrice de Papa au bout d’une semaine. Notre admiration pour ce mâle
émancipé ne fait que croître lorsque nous savons que, parfois, dès l’éclosion
des nombreuses larves, il entame une nouvelle aventure amoureuse... et cela
Un apogon
/Apogon imberbis./
se tient immobile
devant des
éponges pâles,
typiques pour
le milieu sombre
des grottes.
jusqu’à quatre fois de suite !
Les coraux
Plus nous avançons dans la grotte, plus la faune qui recouvre les parois
devient étrange. Le nombre de madréporaires augmente. Les polypes jaunes
du corail solitaire Leptopsommio pruvoti se remarquent aisément. Ceux
de Caryophyllia inornata, également solitaires, sont brunâtres et moins visibles.
On peut les trouver sur les parois, mais c’est surtout sur les plafonds que se
forment des populations très denses. C’est là que l'on rencontre également
l'alcyonaire encroûtant Alcyonium coralloides. Les couleurs de ce corail mou
vont du rose au lie-de-vin, les petits polypes sont souvent jaunes. Notons
que la même espèce, en dehors des grottes, recouvre parfois les gorgones.
85
Précédent

- 89/530

Suivant