L5.2.4 Bioturbation
La couche supérieure des sédiments est habitée par des organismes qui mélangent
perpétuellement le sédiment : c'est le phénomène de bioturbation. Ainsi, les vers oligochètes
mangent tête en bas et expulsent les matières non digérées vers le haut, c'est-à-dire vers
l'interface eau-sédiment. D'autres organismes comme une espèce de crevette d'eau douce
effectue des migrations depuis les fonds où elle se nourrit le jour vers la colonne d'eau où elle
expulse ses matières fécales la nuit, engendrant ainsi un transfert des polluants dans le sens
sédiment-eau. Par ailleurs, l'ingestion de sédiments contaminés par les organismes détritivores
qui se nourrissent de particules organiques constitue une importante voie de contamination aux
niveaux trophiques supérieurs.
I.5.2.5 Travaux d’aménagement
Actuellement, les travaux de dragage ou de curage sont de plus en plus souvent repoussés dans
le temps lorsque les vases sont contaminées. Seules les voies d'eau indispensables au trafic
maritime ou fluvial, ou bien celles faisant partie intégrante du réseau hydraulique sont draguées
de façon régulière. Les vases ainsi engendrées sont alors mises en dépôt dans des sites
appropriés. Les autres voies d'eau sont vouées à un envasement inéluctable, car on craint les
conséquences que pourraient engendrer des opérations de dragage. On pense que laisser la
vase en place est la solution la moins mauvaise. En effet, la remise en suspension des sédiments
est susceptible d'entraîner des remobilisations de toxiques. Les techniques d'aspiration sont de
ce fait préférables plutôt que les outils de dragage classiques. De plus, on considère que la
couche de vase, présente dans le fond d'un canal, constitue un filtre géochimique naturel lors
des échanges hydrauliques qui se produisent entre l'eau de surface et la nappe alluviale
(DARMENDRAIL, 1987). Enfin, la gestion des matériaux dragués pollués est délicate.
1.5.2.6 Conclusions
Les processus de mobilisation et d'immobilisation des polluants dans les sédiments sont donc
régis par les caractéristiques de l'environnement physico-chimique, par les propriétés des
sédiments et par l'activité microbiologique. Lorsque cet environnement est perturbé,
notamment par l'excavation, la mise en régalage, en immersion ou en stockage, les processus
qui influencent la mobilité des polluants liés aux sédiments sont affectés. Il peut alors se
produire des relargages donnant lieu à des contaminations brutales. Ces changements
d'équilibre encore mal connus, justifient les précautions prises à l'égard des sédiments toxiques.
1.5.3 Degré de contamination des sédiments : seuils de toxicité - références
Les difficultés qui existent pour caractériser la toxicité des sédiments de dragage contaminés
(cf 1.5.2) expliquent en grande partie l'absence de normes de référence concernant ces
matériaux en France. Face à ce vide juridique, il est difficile d'évaluer le degré de pollution de
ces produits. Néanmoins, pour interpréter des résultats d'analyse, il est souhaitable de disposer
d'une échelle de comparaison. Dans ce but, les principales bases de données utilisées par des
organismes nationaux et internationaux ont été regroupées ci-après. Une classification prenant
en compte l'origine de ces produits (estuaires, canaux, lacs...) et leur destination (immersion,
régalage, recyclage...) permet de scinder ces données en deux tableaux distincts.
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