Dans la réserve de l’estuaire de la Seine (8528 ha dont
près de la moitié en secteur marin), environ 500 espèces
végétales, plus de 250 espèces d’oiseaux, 70 espèces de
poissons et 48 espèces de mammifères ont été répertoriés
dans sa partie continentale. Manquent au recensement
les insectes (groupe terrestre le plus riche), la microflore
et microfaune des sols, riches sans aucun doute de
plus de 1000 espèces. C’est donc une biodiversité
impressionnante comprise entre 3500 et 5000 espèces
que compterait l’estuaire de la Seine ; nous sommes bien
loin de la pauvreté des estuaires souvent signalées dans
la bibliographie.
7. Reconnaissance de la richesse patrimoniale
Il n’existe pas moins de 12 types d’inventaires et de
mesures réglementaires dans l’estuaire de la Seine (Alard,
2002). Ceci traduit implicitement la richesse patrimoniale
de l’écosystème mais également le ‘trop plein’juridique ; il
semble cependant que cette superposition dessert plutôt
qu’elle ne sert les intérêts de ces milieux (Desroy et a/.,
2006). Dans l’estuaire de la Seine, l’état de sur-protection
n’est qu’apparent : à l’exception de la réserve naturelle
(où l’on peut toutefois s’étonner que la chasse y demeure
autorisée), seules quelques zones, limitées en surface et
déconnectées les unes des autres, font l’objet de mesures
efficaces de protection [acquisitions du Conservatoire des
Espaces Littoraux et des Rivages Lacustres (CELRL),
réserves naturelles régionales, arrêtés préfectoraux
de biotopes]. Le mitage semble incompatible avec le
concept de gestion globale du territoire estuarien. De
façon surprenante, parmi ce foisonnement d’inventaires
et de mesures réglementaires ne figure pas la désignation
de l’estuaire de la Seine comme site RAMSAR. Un
tel site doit remplir des critères stricts : être une zone
humide représentative, rare ou unique ou être une zone
humide d’importance pour la conservation de la diversité
biologique [abriter soit des espèces animales et/ou
végétales menacées d’extinction ou importantes pour
la diversité biologique de la région, soit habituellement
20000 oiseaux d’eau ou plus, ou 1 % des effectifs d’une
espèce d’oiseau d’eau recensés dans la voie migratoire
Est-Atlantique] (Desroy et al. 2006). Or, ce dernier cas est
celui de l’estuaire de la Seine. L’adhésion à la convention
de RAMSAR définit surtout un engagement moral, le
régime de protection des sites inscrits étant laissé au
libre arbitre des Etats membres qui peuvent le définir
selon leurs propres réglementations. La non-désignation
de l’estuaire de la Seine par l’Etat français semble plutôt
illustrer une volonté de privilégier l’aménagement intensif
de ce milieu plutôt que de le protéger (Desroy et al. 2006).
Toutefois, dans le contexte grandissant de la prise de
conscience de l’érosion de la biodiversité, les actions de
préservation des espèces et des habitats se multiplient.
Ces actions se traduisent au travers de différents
programmes de conservation, de gestion ou d’inventaire
de biodiversité : Zones Naturelles d’intérêt Ecologique
Faunistique et Floristique (ZNIEFF), Conventions
internationales telles la convention d’Oslo et Paris
(OSPAR), Natura 2000... Si ces actions, réglementaires
ou non, ont chacune leur propre niveau de portée (national,
européen, international), elles concernent souvent des
espaces avec des limites différentes, superposés ou non,
renforçant l’effet de mitage et d’accumulation de mesures
de reconnaissance patrimoniale sur le territoire estuarien.
L’extension du réseau Natura 2000 en mer en est la
dernière illustration. En 1992, la Commission Européenne
publie la Directive Habitat Faune-Flore (DHFF ; 92/43/
CEE) qui oblige les états de l’Union Européenne à
définir des zones prioritaires pour la conservation de la
biodiversité (Sites d’intérêt Communautaire déclinés en
Zone de Protection Spéciale ZPS et Zone Spéciale de
Conservation ZSC). Le programme Natura 2000 répond
à la mise en oeuvre de la Directive Habitat Faune-Flore et
de la Directive Oiseaux (DO ; 79/409/CEE), c’est-à-dire
préserver les habitats naturels et les espèces reconnues
d’importance communautaire. Une zone Natura 2000
de 21420 ha (ZPS FR 251 2001) vient d’être proposée
le long des côtes du Calvados de l’estuaire de Seine ;
elle concerne uniquement la région Basse-Normandie
illustrant l’absence de vision globale à l’échelle de toute la
partie orientale de la baie de Seine alors que se trouvent
les mêmes types d’habitats marins côtiers élémentaires
ayant justifié la création de cette zone Natura 2000.
Une fois encore, ce dernier exemple illustre à la fois la
reconnaissance de la richesse patrimoniale de la zone et
l’absence de vision globale.
8. Les raisons d’espérer
L’amélioration de la qualité de l’eau est indéniable
notamment par rapport à l’oxygénation ; elle se traduit
déjà par des retours d’espèces migratrices comme
le saumon. Des pêcheries subsistent : le bouquet (la
crevette blanche), la crevette grise. La pêche d’un premier
saumon sauvage, en octobre 2004, montre que les eaux
de la Seine peuvent être recolonisées par cette espèce ;
il a été suivi par plusieurs captures ou comptages depuis
notamment dans la passe à poissons du barrage de
Poses. L’éperlan est de retour depuis le début des années
2000 ; ses populations étaient devenues rares depuis les
années 1970 jusqu’au début des années 1990. L’éperlan
s’est probablement adapté aux nouvelles conditions
du milieu et il y a eu changement de localisation des
frayères. Même si est constatée une forte augmentation
de la population depuis 2000, son abondance demeure
plus faible que celle observée au milieu des années
1950. La reconquête du milieu semble donc être due à
l’amélioration de sa qualité, entre autre à l’augmentation
du taux d’oxygène. Les grandes mortalités de poissons,
qui étaient liées à des crises d’anoxie, ont disparu.
L’accroissement de la surface de la réserve naturelle de
l’estuaire de la Seine en 2004, soit seulement sept ans
après sa création en 1997, à la demande de l’Union
Européenne en compensation de la construction de
Port 2000, aura des conséquences en termes de
connaissance, mais aussi en termes de gestion de ces
espaces continentaux et maritimes ces derniers faisant
partie du domaine public maritime. S’ajoute à cette
extension la création de zone ZPS Natura 2000 en mer
imposant également un plan de gestion de cet espace
marin reconnu pour son intérêt patrimonial. S’ajoutent à
ces zones gérées, celles continentales du CELRL, dont le
périmètre d’intervention est relativement étendu au niveau
de l’estuaire de la Seine, mais ses acquisitions y sont
encore relativement restreintes. Aujourd’hui, des études
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