sont faites pour l’achat d’un certain nombre de terrains,
qui permettrait une reconnexion entre le fleuve et des
zones connexes. Le niveau de connaissance sur l’estuaire
de la Seine s’est fortement enrichi depuis la création du
programme Seine-Aval en 1995. Cependant, beaucoup
reste encore inconnu pour comprendre dans son intimité
la réponse de la biodiversité aux changements globaux de
l’environnement. Au niveau de la biodiversité, si le niveau
de connaissance de la macrofaune et macroflore peut être
considéré comme satisfaisant, il n’en est pas de même
pour les micro-organismes où un effort de recherche doit
être développé.
Pour reprendre les questions posées en introduction,
nous observons aujourd’hui, en dépit des fortes pressions
anthropiques soutenues depuis 150 ans, un milieu
estuarien diversifié tant en espèces qu’en habitats
et en communautés. L’absence de référence avant
l’industrialisation ne permet pas de comparer les états
de la biodiversité actuelle à celle historique. Cependant
au niveau de la faune, on peut noter un enrichissement
temporel lié à de nombreuses introductions d’espèces
volontaires (poissons) ou involontaires (eaux de ballast)
qui compensent très largement les quelques disparitions
attestées comme celle de l’esturgeon. L’artificialisation
de l’estuaire et la nécessité de gérer les espaces (niveau
d’eau dans les chenaux et maintien de zones ouvertes
de la réserve naturelle, dragage d’entretien du chenal de
navigation du port de Rouen...) sont autant de causes de
la diversification des habitats estuariens.
Mais ce constat rassurant doit être modulé par trois
inquiétudes : 1) beaucoup de populations montrent une
régression de leurs effectifs ; 2) la connexion entre les
habitats n’est plus assurée et la pérennité d’habitats peu
étendus est en danger ; 3) l’estuaire se caractérise par
des contrastes importants entre des zones très riches
en populations et en individus et des zones presque
azoïques : par exemple, pour le benthos, le chenal de
navigation est dépourvu de faune alors que l’embouchure
sur substrat sablo-vaseux est très riche. De même, la perte
de surfaces de vasières intertidales dans le secteur aval
en fosse nord (Figure 1) est inquiétante car elle assure
des fonctionnalités estuariennes importantes. La création
de nouvelles zones intertidales comme dans le cas des
mesures d’accompagnement de la construction de Port
2000 (Hamm et al., 2001) passe pour l’instant, par la
constitution de zones à fort hydrodynamisme, sableuses
à sable grossier, alors qu’il était prévu de reconstituer des
vasières pour redonner à la fois des espaces aux espèces
de poissons qui viennent s’y nourrir à marée haute, et
pour les oiseaux qui viennent s’y nourrir à marée basse.
Enfin depuis une dizaine d’années, une réflexion a eu lieu
autour de la construction de Port 2000 sur l’émergence
d’un Plan de Gestion Global de l’Estuaire de Seine. Les
missions de ce plan étaient de redonner des espaces
de liberté et de décloisonner l’estuaire. Mais le jeu
des décideurs, gestionnaires, usagers de l’estuaire
est complexe et les intérêts souvent contradictoires.
Cependant, une estimation des coûts des mesures
environnementales a été menée en vue de restaurer les
fonctionnalités estuariennes. Donc, aujourd’hui, il existe
une phase de changement, à la fois de contexte et de
volonté politique vers la restauration et la réhabilitation
des milieux stuariens. Des actions sont d’ores et déjà
menées et conduisent à une gestion plus raisonnée des
dragages et des dépôts de dragages entre les ports de
Rouen et du Havre. Cependant, bien qu’il soit annoncé
la volonté de gérer globalement l’estuaire, bon nombre
d’approches et de nouveaux projets montrent le maintien
d’une vision sectorielle.
Il ne faut pas relâcher l’effort. Il faut apprendre à mieux
gérer les habitats et les populations biologiques dans un
contexte dynamique. L’évolution naturelle est, elle-même,
souvent complexe, difficile à comprendre, notamment par
rapport au changement climatique annoncé. Les mesures
environnementales de restauration ou de réhabilitation
d’habitats ne seront pas toujours couronnées de
succès. Il faut apprendre à anticiper les changements
par l’élaboration de scénarios prospectifs d’évolution
de l’estuaire de la Seine. Ceci passe par la rédaction
d’un programme d’action du Plan de Gestion Global de
l’Estuaire de Seine. Tous les acteurs, dont les scientifiques
doivent se sentir responsables de l’avenir de l’estuaire de
la Seine et oeuvrer pour une Gestion Globale et Durable
de ce territoire à fort intérêt patrimonial.
Remerciements
Jean-Claude Dauvin est actuellement professeur à
l’université de Caen Basse-Normandie ; il a été directeur
du programme scientifique Seine Aval de 2004 à 2006.
Les résultats présentés ici sont le fruit des acquis de la
communauté scientifique Seine-Aval qui est remerciée
dans son ensemble pour l’effort de recherche pluridisciplinaire réalisé en un peu moins de deux décennies
sur l’estuaire de la Seine (voir http://seine-aval.fr).
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