5. Diversité des habitats et principales fonctionnalités
biologiques estuariennes
Naturellement les substrats et habitats estuariens sont
nombreux : continuum eau douce-eau marine, lit mineurlit majeur et zones inondables, zones intertidales (y
compris dans la partie amont) et subtidales, diversité
des conditions hydrodynamisme, diversité des types
sédimentaires des graviers aux vases, dépôt-remise en
suspension de sédiment...S’ajoutent à ces contraintes
naturelles, l’artificialisation du système notamment la
présence de substrats artificiels : digues, piles de ponts
... et de milieux aquatiques comme les ballastières créées
à la suite des extractions de sables qui sont colonisés
par les espèces quelque fois d’intérêt patrimonial. Il y a
donc un paradoxe entre la création de milieux artificiels
et intérêt de les conserver parce qu’ils sont favorables à
la biodiversité en créant de nouveaux habitats (Dauvin,
2010).
Le comblement de l’estuaire dans sa partie avale se
traduit essentiellement par une perte des surfaces de
vasières intertidales et à l’inverse un gain des prés-salés
(les herbus) immergés que pendant les très grandes
marées et des surfaces continentales peuplées par des
roselières, des prairies humides, des zones boisées et qui
sont drainés par de nombreux chenaux dont les niveaux
d’eau sont gérés par l’homme créant aussi de nouveaux
habitats.
L’ensemble de ces contraintes naturelles et anthropiques
a conduit à un morcellement et à une compartimentation
des habitats mais aussi à la formation d’une mosaïque
de niches écologiques. La partie avale de l’estuaire
fonctionne ainsi en six principaux compartiments
écologiques : le chenal en amont de Tancarville, le chenal
entre Tancarville et la mer, la fosse sud, la fosse nord,
l’embouchure et puis les roselières, les prairies -le Marais
Vernier notamment- en amont de chaque côté de ce
‘tuyau’ qui va jusqu’à la mer (Dauvin, 2006). On assiste
également à une intervention permanente de l’homme
pour gérer cette ‘nature artificielle’. Même si la connectivité
entre ces unités reste à montrer, il est indéniable que
cette diversité des conditions écologiques et de diversité
habitats dont beaucoup sont artificialisés sont favorables
à la biodiversité estuarienne (Dauvin, 2010).
L’estuaire de la Seine reste indispensable pour deux
fonctions écologiques liées au repos et nourrissage des
oiseaux et des poissons. Pour l’avifaune, l’estuaire est
une halte hivernale, même si depuis quelques années, il
y en a peu parce que le climat est relativement clément,
la plupart des espèces migratrices hivernant plus au nord.
Certaines espèces présentes en Seine sont d’un intérêt
patrimonial européen, voire international. Cet espace
estuarien est aussi une zone de nidification d’oiseaux,
notamment le râle de genêts ou le butor étoilé, inféodés
aux zones de roselières.
L’estuaire de la Seine est la seconde zone d’importance en
France pour un certain nombre d’oiseaux ; par exemple,
elle représente 1 % des populations européennes
d’avocettes, de tadornes et de canards pilet (Desroy et
al., 2006). C’est également une zone de transit pour les
poissons, à la fois les poissons qui viennent se reproduire
dans les fleuves ou les rivières, comme le saumon
atlantique, la truite de mer ou l’alose, mais également
pour les espèces qui arrivent en eau douce lorsqu’elles
sont juvéniles, comme les civelles, puis vont grossir en
amont dans tout le bassin du fleuve. Les adultes iront
se reproduire au loin dans la mer des Sargasses. C’est
donc une zone de transition pour les grands migrateurs.
De plus, c’est une zone de reproduction pour certaines
espèces de poissons et de crustacés d’intérêt commercial,
comme l’éperlan, la crevette grise Crangon crangon ou la
crevette blanche Palaemon longirostris. Enfin ce sont des
zones de nourrissage pour des poissons comme le bar
et la sole. Ces poissons juvéniles ou adultes y trouvent
de nombreuses proies et viennent se nourrir d’invertébrés
benthiques sur les vasières ou d’invertébrés planctoniques
dans le chenal de navigation. De plus, le bar montre des
zones d’occupation différentes selon leurs âges : les
juvéniles viennent se nourrir dans les vasières et lorsqu’ils
grandissent, ils vont occuper la partie de l’embouchure.
Les pêches se font dans le nord de l’estuaire lorsque
les individus sont adultes. Il s’agit donc d’un cas de
mouvement de population et de changement de régime
trophique depuis le juvénile jusqu’à l’adulte (Dauvin et al.,
2002 ; Dauvin, 2009).
6. Biodiversité
Un recensement de tous les signalements des invertébrés
aquatiques faits dans la bibliographie durant deux
siècles dans le périmètre d’intervention du GIP SeineAval c’est-à-dire entre l’écluse de Poses et la latitude du
Cap d’Antifer et la longitude de l’embouchure de l’Orne à
Ouistreham a été récemment réalisé (Figure 3) (Ruellet
et Dauvin, 2008). Ce Catalogue des Invertébrés en Seine
Aval (CISA) reflète l’état des connaissances à la fin 2006
et montre que la diversité de l’Estuaire de la Seine est
importante puisqu’un total de 1485 taxa a été recensé
(comprenant 5 % de taxa qui n’ont jamais été déterminés
jusqu’au niveau spécifique).
Bien qu’aient été considérées l’ensemble des données
historiques, du 19ème siècle à aujourd’hui et que certaines
espèces n’aient pas été retrouvées depuis cent ans,
le total d’espèces rencontrées dans l’estuaire de la
Seine avec 1485 espèces d’invertébrés est imposant.
Les estuaires sont souvent décrits comme des zones
spécifiques pauvres : cet inventaire montre que ce n’est
pas du tout le cas. Certaines zones sont évidemment plus
ou moins riches (Figure 3). Les zones correspondant aux
zones amont chenalisées où les eaux sont de mauvaises
qualités sont pauvres ; en revanche, la partie orientale de
la baie de Seine dans le secteur marin de l’estuaire est
beaucoup plus riche. Un autre secteur riche, les bassins
portuaires du Havre, recèle une diversité d’habitats
artificialisés et aussi la présence de nombreuses espèces
allochtones introduites (Ruellet et Dauvin, 2008)
biologiques estuariennes
Naturellement les substrats et habitats estuariens sont
nombreux : continuum eau douce-eau marine, lit mineurlit majeur et zones inondables, zones intertidales (y
compris dans la partie amont) et subtidales, diversité
des conditions hydrodynamisme, diversité des types
sédimentaires des graviers aux vases, dépôt-remise en
suspension de sédiment...S’ajoutent à ces contraintes
naturelles, l’artificialisation du système notamment la
présence de substrats artificiels : digues, piles de ponts
... et de milieux aquatiques comme les ballastières créées
à la suite des extractions de sables qui sont colonisés
par les espèces quelque fois d’intérêt patrimonial. Il y a
donc un paradoxe entre la création de milieux artificiels
et intérêt de les conserver parce qu’ils sont favorables à
la biodiversité en créant de nouveaux habitats (Dauvin,
2010).
Le comblement de l’estuaire dans sa partie avale se
traduit essentiellement par une perte des surfaces de
vasières intertidales et à l’inverse un gain des prés-salés
(les herbus) immergés que pendant les très grandes
marées et des surfaces continentales peuplées par des
roselières, des prairies humides, des zones boisées et qui
sont drainés par de nombreux chenaux dont les niveaux
d’eau sont gérés par l’homme créant aussi de nouveaux
habitats.
L’ensemble de ces contraintes naturelles et anthropiques
a conduit à un morcellement et à une compartimentation
des habitats mais aussi à la formation d’une mosaïque
de niches écologiques. La partie avale de l’estuaire
fonctionne ainsi en six principaux compartiments
écologiques : le chenal en amont de Tancarville, le chenal
entre Tancarville et la mer, la fosse sud, la fosse nord,
l’embouchure et puis les roselières, les prairies -le Marais
Vernier notamment- en amont de chaque côté de ce
‘tuyau’ qui va jusqu’à la mer (Dauvin, 2006). On assiste
également à une intervention permanente de l’homme
pour gérer cette ‘nature artificielle’. Même si la connectivité
entre ces unités reste à montrer, il est indéniable que
cette diversité des conditions écologiques et de diversité
habitats dont beaucoup sont artificialisés sont favorables
à la biodiversité estuarienne (Dauvin, 2010).
L’estuaire de la Seine reste indispensable pour deux
fonctions écologiques liées au repos et nourrissage des
oiseaux et des poissons. Pour l’avifaune, l’estuaire est
une halte hivernale, même si depuis quelques années, il
y en a peu parce que le climat est relativement clément,
la plupart des espèces migratrices hivernant plus au nord.
Certaines espèces présentes en Seine sont d’un intérêt
patrimonial européen, voire international. Cet espace
estuarien est aussi une zone de nidification d’oiseaux,
notamment le râle de genêts ou le butor étoilé, inféodés
aux zones de roselières.
L’estuaire de la Seine est la seconde zone d’importance en
France pour un certain nombre d’oiseaux ; par exemple,
elle représente 1 % des populations européennes
d’avocettes, de tadornes et de canards pilet (Desroy et
al., 2006). C’est également une zone de transit pour les
poissons, à la fois les poissons qui viennent se reproduire
dans les fleuves ou les rivières, comme le saumon
atlantique, la truite de mer ou l’alose, mais également
pour les espèces qui arrivent en eau douce lorsqu’elles
sont juvéniles, comme les civelles, puis vont grossir en
amont dans tout le bassin du fleuve. Les adultes iront
se reproduire au loin dans la mer des Sargasses. C’est
donc une zone de transition pour les grands migrateurs.
De plus, c’est une zone de reproduction pour certaines
espèces de poissons et de crustacés d’intérêt commercial,
comme l’éperlan, la crevette grise Crangon crangon ou la
crevette blanche Palaemon longirostris. Enfin ce sont des
zones de nourrissage pour des poissons comme le bar
et la sole. Ces poissons juvéniles ou adultes y trouvent
de nombreuses proies et viennent se nourrir d’invertébrés
benthiques sur les vasières ou d’invertébrés planctoniques
dans le chenal de navigation. De plus, le bar montre des
zones d’occupation différentes selon leurs âges : les
juvéniles viennent se nourrir dans les vasières et lorsqu’ils
grandissent, ils vont occuper la partie de l’embouchure.
Les pêches se font dans le nord de l’estuaire lorsque
les individus sont adultes. Il s’agit donc d’un cas de
mouvement de population et de changement de régime
trophique depuis le juvénile jusqu’à l’adulte (Dauvin et al.,
2002 ; Dauvin, 2009).
6. Biodiversité
Un recensement de tous les signalements des invertébrés
aquatiques faits dans la bibliographie durant deux
siècles dans le périmètre d’intervention du GIP SeineAval c’est-à-dire entre l’écluse de Poses et la latitude du
Cap d’Antifer et la longitude de l’embouchure de l’Orne à
Ouistreham a été récemment réalisé (Figure 3) (Ruellet
et Dauvin, 2008). Ce Catalogue des Invertébrés en Seine
Aval (CISA) reflète l’état des connaissances à la fin 2006
et montre que la diversité de l’Estuaire de la Seine est
importante puisqu’un total de 1485 taxa a été recensé
(comprenant 5 % de taxa qui n’ont jamais été déterminés
jusqu’au niveau spécifique).
Bien qu’aient été considérées l’ensemble des données
historiques, du 19ème siècle à aujourd’hui et que certaines
espèces n’aient pas été retrouvées depuis cent ans,
le total d’espèces rencontrées dans l’estuaire de la
Seine avec 1485 espèces d’invertébrés est imposant.
Les estuaires sont souvent décrits comme des zones
spécifiques pauvres : cet inventaire montre que ce n’est
pas du tout le cas. Certaines zones sont évidemment plus
ou moins riches (Figure 3). Les zones correspondant aux
zones amont chenalisées où les eaux sont de mauvaises
qualités sont pauvres ; en revanche, la partie orientale de
la baie de Seine dans le secteur marin de l’estuaire est
beaucoup plus riche. Un autre secteur riche, les bassins
portuaires du Havre, recèle une diversité d’habitats
artificialisés et aussi la présence de nombreuses espèces
allochtones introduites (Ruellet et Dauvin, 2008)
