remise en suspension de ces particules fines. D’autre part,
le comblement naturel exacerbé par les endiguements à
l’aval de l’estuaire se traduit par une réduction des zones
intertidales, qui sont utiles à double titre : elles servent, à
marée haute, de zone de nourrissage pour les poissons et,
à marée basse, de zone de nourrissage pour les oiseaux
(Dauvin et al., 2002 ; Dauvin et Desroy, 2005).
Enfin, l’estuaire évolue dans un contexte climatique
changeant, au cycle naturel de sept-huit ans, alternance
d’hivers cléments et rigoureux se surimpose le
changement global du climat qui se traduit aujourd’hui par
un réchauffement. Ce qui veut dire que sera observée la
disparition d’espèces d’origine boréale, qui vivent dans
les systèmes tempérés froids, voire subarctiques, et, en
revanche, l’arrivée d’espèces d’origine tempérée chaude.
Tout ceci participe à l’évolution de la biodiversité des
espèces et des habitats (Dauvin, 2010).
3. Contraintes anthropiques
À côté des contraintes naturelles, les contraintes
anthropiques en estuaire de Seine sont nombreuses.
La première est représentée par les aménagements
destinés à privilégier la navigation : le barrage de Poses
empêchant la remontée dynamique de la marée au delà
plus en amont, s’il n’existait pas. Quant au chenal, c’est
un ‘tuyau’, c’est-à-dire une partie estuarienne endiguée
entre Rouen et la mer sur plus de 120 km (Figure 2). A
côté de ces aménagements anciens, des aménagements
comme la construction du Pont de Normandie en 1995
et celle de Port 2000 entre 2002 et 2005 sont récents.
L’entretien des chenaux pour la navigation et leur dragage
plus ou moins permanent est préjudiciable pour le benthos
(Dauvin, 2010). D’autres aménagements sont en projet ce
qui fait que l’estuaire a du mal à retrouver un équilibre
morpho-sédimentaire entre deux aménagements majeurs
(Cuvilliez et a/., 2009). Par exemple, le surcreusement des
points hauts du chenal d’accès au GPMR est prévu entre
2012-2015 afin d’augmenter l’accessibilité aux navires de
plus fort tirant d’eau à Rouen, alors que le système ne
s’est pas équilibré depuis la dernière grande modification
liée à Port 2000 en fosse nord (Figure 1).
La qualité des eaux s’est également dégradée. De faibles
teneurs en oxygène entraînent une anoxie défavorable
aux espèces, en particulier aux poissons. Cependant, il
est constaté, depuis 1955, au fil du temps, que la qualité
des eaux de la Seine s’est amendée, notamment grâce
à la construction de la station d’épuration d’Achères en
aval de Paris et de la station Émeraude en aval de Rouen.
L’amélioration de la qualité des eaux en ce qui concerne
l’oxygène est indéniable ; elle se traduit par une plus faible
occurrence des périodes d’anoxie estivale qui s’étendent
également sur de moindre portion de l’estuaire aujourd’hui
par rapport de celles observées dans les années 19601970 (Dauvin, 2009). D’autres pollutions sont chroniques ;
elles sont liées à des utilisations industrielles ou
domestiques, de lessives et de contaminants chimiques.
Malheureusement, en dépit des efforts de traitement
et malgré les améliorations constatées aujourd’hui, la
pollution dans l’estuaire de la Seine se caractérise encore
par des fortes contaminations métalliques, celles en PCB,
en HAP, en perturbateurs endocriniens, en antibiotiques...
(Dauvin, 2009).
La contamination du milieu se traduit par des concentrations
en contaminants dans un certain nombre d’organismes
dont deux espèces de poissons (le flet et le bar) étudiés
à la fin des années 1990 (Abarnou et al., 2000). Pour les
métaux, est enregistrée une absence de bioamplification
(accumulation) le long de la chaîne trophique, depuis le
phytoplancton jusqu’aux poissons, en passant par les
diverses proies dont ils se nourrissent. Il est même observé
une dilution et une décroissance de la contamination
depuis l’amont vers l’aval. Malheureusement, concernant
les contaminants organiques, le phénomène n’est pas
le même, notamment en ce qui concerne les PCB où il
a été mis en évidence leur accumulation le long de la
chaîne trophique, ce qui signifie une augmentation de
la contamination depuis le phytoplancton, en passant
par les espèces proies, vers les poissons ce qui pourrait
représenter un risque de santé publique dans le cas d’une
surconsommation de certaines espèces (Abarnou et al.,
2000).
Sous
l’effet des
produits
pharmaceutiques,
se
développent aussi des perturbations endocriniennes, qui
sont malheureusement en croissance. Plus de 60000
molécules sont détectées dans l’estuaire de la Seine, et
leurs effets peuvent se traduire par des modifications,
notamment du sexe, chez certaines espèces de poissons
comme le flet (Dauvin, 2009). La construction des canaux
fluviaux a abouti au fil du temps à une connexion entre
l’ensemble des faunes européennes notamment celles
Pontique et Caspienne et celle de l’Europe occidentale et
donc des introductions et des mélanges de faune et flore
aquatique à grande échelle. De même, les eaux de ballast
liées au transport maritime véhiculent des introductions
d’espèces étrangères dans les flores et faunes marines
côtières. Ces introductions seront discutées plus loin.
4. Dégradation de l’écosystème estuarien
Tout d’abord, la rupture de l’axe aval-amont a débuté dès le
milieu du 19ème siècle. Les barrages sont infranchissables,
notamment pour les poissons migrateurs. Avant 1850,
l’esturgeon remontait jusqu’à Auxerre ; le saumon
atlantique remontait également très en amont de Paris, au
début du I9ème siècle. Or, certains grands migrateurs ont
besoin d’avoir des frayères, très en amont, pour pouvoir
maintenir leurs populations ; ainsi est observée une forte
réduction de la grande alose, du saumon, mais également
la disparition de l’esturgeon. Cette disparition affecte
aussi les grands mammifères, le dauphin, le marsouin.
Certaines populations reliques comme celle des phoques
se maintiennent ; d2autres comme le saumon reviennent
dans l’estuaire depuis quelques années sans doute en
raison de l’amélioration des qualités de l’eau (Dauvin et
al., 2002).
Le dysfonctionnement biologique se traduit aussi par
l’écroulement de la pêcherie de la crevette au début
des années 1970 puis une réduction notable des
débarquements qui se traduit encore aujourd’hui par une
diminution, quoique la pêcherie reste quand même active
avec de fortes fluctuations pluriannuelles. (Dauvin et al.,
2002).
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le comblement naturel exacerbé par les endiguements à
l’aval de l’estuaire se traduit par une réduction des zones
intertidales, qui sont utiles à double titre : elles servent, à
marée haute, de zone de nourrissage pour les poissons et,
à marée basse, de zone de nourrissage pour les oiseaux
(Dauvin et al., 2002 ; Dauvin et Desroy, 2005).
Enfin, l’estuaire évolue dans un contexte climatique
changeant, au cycle naturel de sept-huit ans, alternance
d’hivers cléments et rigoureux se surimpose le
changement global du climat qui se traduit aujourd’hui par
un réchauffement. Ce qui veut dire que sera observée la
disparition d’espèces d’origine boréale, qui vivent dans
les systèmes tempérés froids, voire subarctiques, et, en
revanche, l’arrivée d’espèces d’origine tempérée chaude.
Tout ceci participe à l’évolution de la biodiversité des
espèces et des habitats (Dauvin, 2010).
3. Contraintes anthropiques
À côté des contraintes naturelles, les contraintes
anthropiques en estuaire de Seine sont nombreuses.
La première est représentée par les aménagements
destinés à privilégier la navigation : le barrage de Poses
empêchant la remontée dynamique de la marée au delà
plus en amont, s’il n’existait pas. Quant au chenal, c’est
un ‘tuyau’, c’est-à-dire une partie estuarienne endiguée
entre Rouen et la mer sur plus de 120 km (Figure 2). A
côté de ces aménagements anciens, des aménagements
comme la construction du Pont de Normandie en 1995
et celle de Port 2000 entre 2002 et 2005 sont récents.
L’entretien des chenaux pour la navigation et leur dragage
plus ou moins permanent est préjudiciable pour le benthos
(Dauvin, 2010). D’autres aménagements sont en projet ce
qui fait que l’estuaire a du mal à retrouver un équilibre
morpho-sédimentaire entre deux aménagements majeurs
(Cuvilliez et a/., 2009). Par exemple, le surcreusement des
points hauts du chenal d’accès au GPMR est prévu entre
2012-2015 afin d’augmenter l’accessibilité aux navires de
plus fort tirant d’eau à Rouen, alors que le système ne
s’est pas équilibré depuis la dernière grande modification
liée à Port 2000 en fosse nord (Figure 1).
La qualité des eaux s’est également dégradée. De faibles
teneurs en oxygène entraînent une anoxie défavorable
aux espèces, en particulier aux poissons. Cependant, il
est constaté, depuis 1955, au fil du temps, que la qualité
des eaux de la Seine s’est amendée, notamment grâce
à la construction de la station d’épuration d’Achères en
aval de Paris et de la station Émeraude en aval de Rouen.
L’amélioration de la qualité des eaux en ce qui concerne
l’oxygène est indéniable ; elle se traduit par une plus faible
occurrence des périodes d’anoxie estivale qui s’étendent
également sur de moindre portion de l’estuaire aujourd’hui
par rapport de celles observées dans les années 19601970 (Dauvin, 2009). D’autres pollutions sont chroniques ;
elles sont liées à des utilisations industrielles ou
domestiques, de lessives et de contaminants chimiques.
Malheureusement, en dépit des efforts de traitement
et malgré les améliorations constatées aujourd’hui, la
pollution dans l’estuaire de la Seine se caractérise encore
par des fortes contaminations métalliques, celles en PCB,
en HAP, en perturbateurs endocriniens, en antibiotiques...
(Dauvin, 2009).
La contamination du milieu se traduit par des concentrations
en contaminants dans un certain nombre d’organismes
dont deux espèces de poissons (le flet et le bar) étudiés
à la fin des années 1990 (Abarnou et al., 2000). Pour les
métaux, est enregistrée une absence de bioamplification
(accumulation) le long de la chaîne trophique, depuis le
phytoplancton jusqu’aux poissons, en passant par les
diverses proies dont ils se nourrissent. Il est même observé
une dilution et une décroissance de la contamination
depuis l’amont vers l’aval. Malheureusement, concernant
les contaminants organiques, le phénomène n’est pas
le même, notamment en ce qui concerne les PCB où il
a été mis en évidence leur accumulation le long de la
chaîne trophique, ce qui signifie une augmentation de
la contamination depuis le phytoplancton, en passant
par les espèces proies, vers les poissons ce qui pourrait
représenter un risque de santé publique dans le cas d’une
surconsommation de certaines espèces (Abarnou et al.,
2000).
Sous
l’effet des
produits
pharmaceutiques,
se
développent aussi des perturbations endocriniennes, qui
sont malheureusement en croissance. Plus de 60000
molécules sont détectées dans l’estuaire de la Seine, et
leurs effets peuvent se traduire par des modifications,
notamment du sexe, chez certaines espèces de poissons
comme le flet (Dauvin, 2009). La construction des canaux
fluviaux a abouti au fil du temps à une connexion entre
l’ensemble des faunes européennes notamment celles
Pontique et Caspienne et celle de l’Europe occidentale et
donc des introductions et des mélanges de faune et flore
aquatique à grande échelle. De même, les eaux de ballast
liées au transport maritime véhiculent des introductions
d’espèces étrangères dans les flores et faunes marines
côtières. Ces introductions seront discutées plus loin.
4. Dégradation de l’écosystème estuarien
Tout d’abord, la rupture de l’axe aval-amont a débuté dès le
milieu du 19ème siècle. Les barrages sont infranchissables,
notamment pour les poissons migrateurs. Avant 1850,
l’esturgeon remontait jusqu’à Auxerre ; le saumon
atlantique remontait également très en amont de Paris, au
début du I9ème siècle. Or, certains grands migrateurs ont
besoin d’avoir des frayères, très en amont, pour pouvoir
maintenir leurs populations ; ainsi est observée une forte
réduction de la grande alose, du saumon, mais également
la disparition de l’esturgeon. Cette disparition affecte
aussi les grands mammifères, le dauphin, le marsouin.
Certaines populations reliques comme celle des phoques
se maintiennent ; d2autres comme le saumon reviennent
dans l’estuaire depuis quelques années sans doute en
raison de l’amélioration des qualités de l’eau (Dauvin et
al., 2002).
Le dysfonctionnement biologique se traduit aussi par
l’écroulement de la pêcherie de la crevette au début
des années 1970 puis une réduction notable des
débarquements qui se traduit encore aujourd’hui par une
diminution, quoique la pêcherie reste quand même active
avec de fortes fluctuations pluriannuelles. (Dauvin et al.,
2002).
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