96 TROIS AVENTURES DE LA CALYPSO
animaux y connaissaient la paix et ignoraient la peur. C’était un des rares
endroits de la planète où l’homme n’avait fait que se poser, où il n’avait
pas débarqué en rangs serrés.
L’aventure extraordinaire de la Calypso aura été de découvrir sur
terre un monde animal demeuré intact comme l’est le monde marin luimême. Mais l’échéance est venue : les Galapagos sont menacées.
Une des plus graves contradictions de notre époque est qu’un public
de plus en plus nombreux se montre avide de dépaysement et veut visiter
les contrées « sauvages », mais il refuse de se passer de confort, de toutes les
facilités de la vie. Il refuse de souffrir et il est de moins en moins apte aux
efforts physiques. C’est ce qui explique que seuls les organismes commerciaux qui prévoient le transport, la satisfaction de toutes les exigences du
voyageur puissent répondre à cet appétit de dépaysement que l’homme ressent
tout en s’avérant incapable de le satisfaire à lui tout seul. C’est pourquoi
un jour, peut-être prochain hélas, nous verrons s’élever aux Galapagos
comme à Tahiti, à Bora-Bora ou à la Jamaïque, des hôtels géants et que sans
doute les derniers iguanes marins finiront captifs dans des bassins de ciment.
L’archipel sera alors un paradis deux fois perdu, perdu pour les
hommes et pour les animaux.
Ainsi le monde libre se rétrécit de jour en jour. Mais en même
temps l’espèce humaine se dégrade et déchoit. En voyant ces touristes des
Galapagos, je n’ai pu m’empêcher de penser qu’elle était en pleine dégénérescence. Si ces hommes et ces femmes n’étaient pas conduits par des
guides, accompagnés par une troupe à leur service chargée d’assurer leur
nourriture, de prendre soin de leur couchage, de leur distraction, de leur
santé, ils ne pourraient pas survivre. Notre espèce est physiquement décadente et dans cette décadence elle entraîne avec elle les autres espèces
encore libres et saines.
Je ne puis m’empêcher de m’enorgueillir du fait que l’équipe de la
Calypso a réussi à approcher des animaux avec lesquels elle a pu lier amitié
sans troubler leur équilibre, mais je m’enorgueillis aussi du fait que nos
camarades ont trouvé dans les camps de ces îles désertes un lieu où non
seulement ils ont su vivre, mais connaître aussi un âpre bonheur au voisinage des rochers noirs et de leurs habitants, les dragons monstrueux des
Galapagos.
Il était dit que nous ne quitterions pas ce paradis menacé sans qu’un
mauvais hasard ne nous mette assez gravement en danger. Il y avait plus
de trois mois que nous étions aux Galapagos et que la Calypso hantait
ces parages difficiles où les courants et les récifs rendent la navigation
dangereuse.
animaux y connaissaient la paix et ignoraient la peur. C’était un des rares
endroits de la planète où l’homme n’avait fait que se poser, où il n’avait
pas débarqué en rangs serrés.
L’aventure extraordinaire de la Calypso aura été de découvrir sur
terre un monde animal demeuré intact comme l’est le monde marin luimême. Mais l’échéance est venue : les Galapagos sont menacées.
Une des plus graves contradictions de notre époque est qu’un public
de plus en plus nombreux se montre avide de dépaysement et veut visiter
les contrées « sauvages », mais il refuse de se passer de confort, de toutes les
facilités de la vie. Il refuse de souffrir et il est de moins en moins apte aux
efforts physiques. C’est ce qui explique que seuls les organismes commerciaux qui prévoient le transport, la satisfaction de toutes les exigences du
voyageur puissent répondre à cet appétit de dépaysement que l’homme ressent
tout en s’avérant incapable de le satisfaire à lui tout seul. C’est pourquoi
un jour, peut-être prochain hélas, nous verrons s’élever aux Galapagos
comme à Tahiti, à Bora-Bora ou à la Jamaïque, des hôtels géants et que sans
doute les derniers iguanes marins finiront captifs dans des bassins de ciment.
L’archipel sera alors un paradis deux fois perdu, perdu pour les
hommes et pour les animaux.
Ainsi le monde libre se rétrécit de jour en jour. Mais en même
temps l’espèce humaine se dégrade et déchoit. En voyant ces touristes des
Galapagos, je n’ai pu m’empêcher de penser qu’elle était en pleine dégénérescence. Si ces hommes et ces femmes n’étaient pas conduits par des
guides, accompagnés par une troupe à leur service chargée d’assurer leur
nourriture, de prendre soin de leur couchage, de leur distraction, de leur
santé, ils ne pourraient pas survivre. Notre espèce est physiquement décadente et dans cette décadence elle entraîne avec elle les autres espèces
encore libres et saines.
Je ne puis m’empêcher de m’enorgueillir du fait que l’équipe de la
Calypso a réussi à approcher des animaux avec lesquels elle a pu lier amitié
sans troubler leur équilibre, mais je m’enorgueillis aussi du fait que nos
camarades ont trouvé dans les camps de ces îles désertes un lieu où non
seulement ils ont su vivre, mais connaître aussi un âpre bonheur au voisinage des rochers noirs et de leurs habitants, les dragons monstrueux des
Galapagos.
Il était dit que nous ne quitterions pas ce paradis menacé sans qu’un
mauvais hasard ne nous mette assez gravement en danger. Il y avait plus
de trois mois que nous étions aux Galapagos et que la Calypso hantait
ces parages difficiles où les courants et les récifs rendent la navigation
dangereuse.
