92 TROIS AVENTURES DE LA CALYPSO
Angermeyer, qui a aujourd’hui une soixantaine d années et plusieurs
enfants, a résisté.
Je me devais de lui rendre visite. Très accueillant, il cherche à entrer
en contact avec tous ceux qui viennent aux Galapagos. Il a fui la civilisation, mais ce n’est pas un aigri. Il se tient très au courant de ce qui se
passe dans le monde. Et il va de temps en temps en Europe. Ce sont les
iguanes qui lui en donnent l’occasion.
Cari Angermeyer a réussi en effet à apprivoiser complètement les
iguanes marins. Il a construit sa maison à un endroit où ces animaux
s’étaient déjà installés. Il ne les a pas chassés, il ne les a pas effrayés. Il
était résolu à être pour eux un voisin amical. Le temps passant, les iguanes
ont fini par l’adopter et ils sont même venus habiter chez lui. Ils sont
maintenant plus de quarante-cinq à partager sa maison.
Lorsqu’on entre dans son salon, confortablement et même bourgeoisement meublé, le spectacle est extraordinaire. Il y a des iguanes partout,
sur le dessus de la cheminée aussi bien que sur le canapé. La douceur et
la tolérance d’Angermeyer sont certainement pour beaucoup dans cet apprivoisement.
Mais le fait le plus extraordinaire est qu’il ait réussi à leur faire accepter
une nourriture qu’ils avaient jusqu’alors refusée. Nous savions en effet que
les iguanes marins de l’île Hood aussi bien que ceux de Femandina se nourrissaient exclusivement d’algues. Angermeyer leur fait manger des pâtées
à base de riz ou du thon en boîte, mais de temps à autre ils retournent à la
mer manger leurs algues préférées.
Les rapports qu’il entretient avec ses iguanes sont mal définis. Angermeyer reconnaît plusieurs d’entre eux à des particularités : des taches sur
la peau, une crête plus ou moins développée. Mais il n’est pas certain qu’il
y ait entre ces animaux et l’homme un véritable attachement. Il s’agit plutôt
d’une collectivité qui tolère l’homme et que l’homme tolère. D’ailleurs
Angermeyer n’a pas donné à chacun de ses pensionnaires un nom, il les
appelle tous Annie parce que c’est ainsi que les a baptisés son petit-neveu.
Les iguanes qui partagent la vie de la famille, aiment tout ce qu’elle mange,
aussi bien le pain que le poisson. C’est ce qui a permis à Angermeyer
d’emmener certains d’entre eux en Europe.
L’expérience d’Angermeyer dans cet archipel des Galâpagos déjà si
étrange par tant d’autres côtés aurait mérité une longue étude. J’étais surtout
désireux de savoir s’il pensait que l’amitié exceptionnelle que les iguanes
avaient pour lui était une simple affaire de nourriture et s’ils venaient
surtout dans sa maison pour manger.
— Non, non, m’a-t-il répondu. La nourriture joue certainement un
Angermeyer, qui a aujourd’hui une soixantaine d années et plusieurs
enfants, a résisté.
Je me devais de lui rendre visite. Très accueillant, il cherche à entrer
en contact avec tous ceux qui viennent aux Galapagos. Il a fui la civilisation, mais ce n’est pas un aigri. Il se tient très au courant de ce qui se
passe dans le monde. Et il va de temps en temps en Europe. Ce sont les
iguanes qui lui en donnent l’occasion.
Cari Angermeyer a réussi en effet à apprivoiser complètement les
iguanes marins. Il a construit sa maison à un endroit où ces animaux
s’étaient déjà installés. Il ne les a pas chassés, il ne les a pas effrayés. Il
était résolu à être pour eux un voisin amical. Le temps passant, les iguanes
ont fini par l’adopter et ils sont même venus habiter chez lui. Ils sont
maintenant plus de quarante-cinq à partager sa maison.
Lorsqu’on entre dans son salon, confortablement et même bourgeoisement meublé, le spectacle est extraordinaire. Il y a des iguanes partout,
sur le dessus de la cheminée aussi bien que sur le canapé. La douceur et
la tolérance d’Angermeyer sont certainement pour beaucoup dans cet apprivoisement.
Mais le fait le plus extraordinaire est qu’il ait réussi à leur faire accepter
une nourriture qu’ils avaient jusqu’alors refusée. Nous savions en effet que
les iguanes marins de l’île Hood aussi bien que ceux de Femandina se nourrissaient exclusivement d’algues. Angermeyer leur fait manger des pâtées
à base de riz ou du thon en boîte, mais de temps à autre ils retournent à la
mer manger leurs algues préférées.
Les rapports qu’il entretient avec ses iguanes sont mal définis. Angermeyer reconnaît plusieurs d’entre eux à des particularités : des taches sur
la peau, une crête plus ou moins développée. Mais il n’est pas certain qu’il
y ait entre ces animaux et l’homme un véritable attachement. Il s’agit plutôt
d’une collectivité qui tolère l’homme et que l’homme tolère. D’ailleurs
Angermeyer n’a pas donné à chacun de ses pensionnaires un nom, il les
appelle tous Annie parce que c’est ainsi que les a baptisés son petit-neveu.
Les iguanes qui partagent la vie de la famille, aiment tout ce qu’elle mange,
aussi bien le pain que le poisson. C’est ce qui a permis à Angermeyer
d’emmener certains d’entre eux en Europe.
L’expérience d’Angermeyer dans cet archipel des Galâpagos déjà si
étrange par tant d’autres côtés aurait mérité une longue étude. J’étais surtout
désireux de savoir s’il pensait que l’amitié exceptionnelle que les iguanes
avaient pour lui était une simple affaire de nourriture et s’ils venaient
surtout dans sa maison pour manger.
— Non, non, m’a-t-il répondu. La nourriture joue certainement un
