54 TROIS AVENTURES DE LA CALYPSO
une arche sous laquelle nous passons, aspirés par la houle. De l’autre côté,
nous arrivons sur un dédale de blocs touffus d’algues : une véritable prairie
couverte de 3 à 15 mètres d’eau.
Soudain, nous n’en croyons pas nos yeux, à 3 mètres devant nous, un
iguane descend vers le fond de sa nage nonchalante. Il se pose sur un bloc
et commence son déjeuner. Michel Deloire et moi sommes déjà dessus...
Michel tourne, follement balancé sur 5 à 6 mètres, mais à peine ai-je mis
la lampe en batterie que l’animal s’enfuit. Il se pose plus loin. La lumière
du projecteur le rattrape et déjà il s’affole et repart. Impossible de le
rejoindre.
En voici un autre, puis un autre, nos cœurs battent de joie, car il y a
quatre jours que nous les cherchons. S’ils sont mauvais nageurs, ce sont de
remarquables plongeurs. Ils peuvent s’ils le veulent descendre très vite et
au fond ils se déplacent très rapidement. Ils sont capables de distancer un
plongeur. Dès qu’ils se sont un peu éloignés, ils sont difficiles à discerner.
Pour résister à la houle, nous adoptons la technique suivante : je
m’assure une prise et je saisis Michel par la ceinture. Fini la plongée en
souplesse, ici, c’est des muscles qu’il faut. Il est 12 heures 45, nous sortons
rompus, mais heureux. Nous avons tourné 110 mètres à la caméra 16 mm
et 100 mètres à la 9 mm.
Il n’y a pas de grandes laminaires aux Galapagos. Ce que mangent les
iguanes est une algue rougeâtre ou violet pâle, assez courte, qui couvre la
surface de beaucoup de rochers. Elle évoque un peu une petite gorgone.
Nous avons essayé d’en manger. C’est assez dur, plutôt croquant, certainement très chargé en calcaire.
14 février. Tout le matériel a été vérifié très sérieusement.
La houle est grosse et la marée peu avancée. Nous patientons, secoués
par le ressac. Ail heures un iguane se met à l’eau. C’est pour nous le
signal du départ. Aujourd’hui l’eau est froide et des courants d’eau trouble
nous gênent. Enfin nous apercevons un iguane en surface. Une patiente
filature commence. Soudain, il plonge. Nous sommes très étonnés car le fond
est à environ 15 ou 16 mètres. Mais il contourne un rocher et atteint le fond
d’une nage en zigzag. Il rampe un peu sur les rocs entre les algues puis
s’arrête sur une touffe violette et commence aussitôt à les couper à pleine
bouche. Pendant au moins 15 minutes, nous le filmons à loisir, avec au
premier plan un plongeur en scaphandre caréné*. Puis tout aussi calmement
l’iguane regagne la surface avec des algues accrochées au coin de sa gueule.
Il replonge et nous pouvons finir la séquence.
Nous constatons que lorsqu’il est dans la mer, l’iguane ne reste pas
inactif un seul instant. Il mange continuellement. Il choisit uniquement les
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